CHAPITRE IL
Etude analytique des diverses formations du plancher ventriculaire.
§ I. Stries acoustiques (Striae medullares).
Si Ton compare entre elles les figures des anatomistes modernes qui représentent le plancher du quatrième ventricule dont Retzius a réuni un certain nombre (Das Menschenhirn page 40, fig. II), on. est frappé par la disposition éminemment variable des stries acoustiques dans les exemples proposés. — Cest qu'en effet, comme le remarque Retzius lui-même, rien n'échappe davantage à une description simple que les stries médullaires, dont les variations exercent une influence considérable sur la morphologie du plancher. Voici à cet égard les principales données de Retzius.
Les stries acoustiques varient comme nombre de o à 12. Elles sont symétriques ou non. Dans un certain nombre de cas les stries peuvent totalement faire défaut. Dans un autre groupes de faits, elles s'indiquent faiblement sur le plancher ventriculaire, d'un ou des deux côtés, qu'il s'agisse des stries obliques dirigées vers la fovea anterior ou des stries longitudinales, qui courent le long du sillon médian jusqu'au locus coeruleus. Il existe des cas où la disposition est la suivante : de la partie moyenne du sillon médian naît une racine triangulaire ou fourchue qui se continue avec des stries transversales. On trouve parfois à ce niveau des fibres qui passent à la manière d'un pont au-dessus du sillon médian.
Il est enfin une série de cas où des racines plus ou moins nombreuses et longues, diversement disposées, naissent des deux côtés du sillon moyen et se dirigent, les unes vers le plancher des recessus latéraux, les autres vers la fossette antérieure où elles échappent à la vue.
En règle générale, les stries émergent un peu en dehors du sillon médian. Les classiques indiquent du reste que l'épaisseur des stries et le relief qu'elles font à la surface du plancher sont des plus variables.
Nous n'avons qu'un petit nombre de détails à. ajouter à la description de Retzius.
Chez \e fœtus, à partir du 5« mois intra-utérin, les stries sont rarement apparentes. Nous en avons constaté l'existence deux fois sur 9 cas. Retzius en figure également quelques exemples.
Chez Vadulte, deux fois les stries manquent tout à fait sur nos 40 cas. Nous n'avons rien observé de nouveau en ce qui concerne le nombre, la symétrie, l'épaisseur, la direction de ces formations. A signaler toutefois que, dans un certain nombre de cas, elles sont seulement représentées sur le plancher par une série de petites saillies discontinues. Il s'agit de fibres qui cheminent un certain temps à la surface du plancher (sur une longueur de un, deux, trois mm.), disparaissent complètement à un moment donné pour reparaître plus loin. A remarquer aussi que les stries médullaires présentent diverses dispositions anastomotiques. Elles peuvent se croiser complètement ; deux stries voisines peuvent s'anastomoser, rarement l'anastomose intéresse trois ou quatre stries. Enfin, on observe des stries qui s'engagent les unes au-dessus des autres, en formant deux plans superposés (fig. 3et8). Comme Retzius l'a remarqué, les stries acoustiques ne commencent jamais au sillon médian (fig. 9). Les plus inférieures naissent en dehors de l'extrémité supérieure de l'area plumiformis, les autres apparaissent dans le prolongement idéal du bord externe de cette] surface.
§ n. Trigone de Thypoglosse. Aile blanche interne. (Trigonum nervi hypoglossi).
D'après Retzius (96), le trigone de l'hypoglosse, chez le fœtus, se continue nettement avec le bourrelet longitudinal médian placé au devant de lui. Cette continuité est çà et là faiblement interrompue par les stries médullaires. Chez l'adulte, elle ressort nettement aussi dans un certain nombre de cas, mais la plupart du temps, elle est masquée par le développement des stries médullaires. Examinée chez le fœtus, la région du trigone de l'hypoglosse se décompose en deux champs longitudinaux, dont l'interne, placé le long du sillon médian est le plus étroit. Cette subdivision est encore plus nette chez l'adulte sur les planchers de forme simple où les stries médullaires sont peu ou pas développées. La limite qui sépare les deux champs
120 MINEFF MICHAÊL
longitudinaux est ridée par des sillons et des replis obliques serrés et courts, du revêtement épendymaire. Ce plissement particulier existe aussi, cà et là, sur le côté externe du segment latéral, à la limite de Taile grise. Par suite cette surface acquiert souvent Taspect d'une plume d'oiseau, d*où le nom que lui a donné Retzius d' area plumiformis.
L'aspect de l'extrémité antérieure de Y area plumiformis varie du reste suivant que les stries médullaires sont plus ou moins développées. En dedans des deux aires plumiformes, on trouve deux surfaces étroites [area medialis trîgoni hypoglossi). Quand elles sont bien développées, elles présentent la forme de deux coins situés de part et d'autre du sillon médian, dont la pointe répond au beb du calamus et la base à la partie intermédiaire du plancher ventriculaire. Dans la plupart des cas, il existe à peu près au milieu de Tarea medialis un léger élargissement et une élevure (eminentia medialis trigoni).
Streeter (o3), Déjerine (o3) Van Gehuchten (o6) se bornent à résumer la description de Retzius sans y ajouter de détails nouveaux. La plupart des classiques modernes (Charpy (oi), Spalteholz (04),Testut (o5), ne signalent pas l'existence de Tarea plumiformis, probablement parce que leurs ouvrages ont un caractère élémentaire et s'adressent à des étudiants. Le travail de Wilson (o6) a surtout pour objet l'étude de Tarea postrema, de l'obex et du funiculus separans et ne contient aucune description delà région qui nous occupe.
Nous avons examiné soigneusement la région du trigone de l'hypoglosse chez g fœtus et 40 adultes et nous avons aisément retrouvé les détails signalés par l'auteur suédois. Nous n'avons que peu de choses à ajouter à sa description. Nous nous sommes cependant attachés à préciser un point, peu important à la vérité, laissé de côté par Retzius. La rédaction de son travail, en effet, (voir plus haut) est telle qu'il semble que le trigone de l'hypoglosse se divise schématiquement en deux aires secondaires, l'area medialis et Tarea plumiformis ; les replis épendymaires de la disposition penniforme s'étendant jusqu'à l'aile grise. Or nous avons constaté que, dans un grand nombre de cas, les plis en question sont loin d'intéresser toute la surface comprise entre l'area medialis et l'area cinerea. Dans soixante pour cent des cas environ, il existe en dehors de la
Le plancher dû quatrième ventricule Ï27
disposition penniforme, sur son côté externe par conséquent, une surface triangulaire à base supérieure parfaitement lisse qu'on distingue du reste très nettement sur la plupart des figures de Retzius. Il nous semble donc que la dénomination d'area plumiformis ne convient pas à toute cette partie du trigone de rhypoglosse comprise entre Varea médialis et Taile grise et que, dans un grand nombre de cas, on doit distinguer dans ce trigone trois régions : Varea médialis (aire médiale)^ Varea plumiformis (aire plumijorme) et une surface externe triangulaire à laquelle on peut réserver le nom à! aile blanche interne (fig. 6, 7 et 8).
L'area plumiformis (elle existe dans 77 ^U d^s cas environ j se présente sous deux modalités principales. Le plus fréquemment (3i cas sur 38 où elle est représentée), elle est formée par une tige des deux côtés de laquelle partent des stries (fig. 6 et 7). Cette tige n'est généralement pas cylindrique, elle a plutôt la forme d'un cordon aplati, légèrement creusé en gouttière suivant son axe, cordon qui s'étale encore à sa partie antérieure, laquelle peut mesurer i mm. à i 1/2 mm. de largeur. Des deux bords externe et interne de ce cordon partent des crêtes très fines, généralement plus marquées vers la base du trigone de l'hypoglosse. Les stries internes, mieux accentuées et plus longues dans tous les cas que les stries externes, ont une direction oblique en dedans et en haut vers le sillon médian qu'elles n'atteignent pas. Ces stries, simples dans l'immense majorité des cas, se bifurquent quelquefois. Elles s'effilent en dedans et se perdent insensiblement à la surface de l'area médialis. Les stries qui partent du sommet de la tige sont les plus longues et disposées dans leur ensemble comme les pennes de l'extrémité d'une plume de paon. Retzius a du reste décrit en détails comment elles se comportent à ce niveau. Les stries externes, les moins nombreuses et les plus courtes, figurent plutôt des épines que de véritables crêtes. Elles se perdent très rapidement, la plupart du temps avant d'atteindre le bord interne de l'aile grise.
Dans quelques cas (7 sur 38) la disposition penniforme ne présente pas de tige centrale. Elle consiste alors simplement (fig. 3 et 8) en une seule rangée de petites stries obliquement dirigées en dedans et en haut, et surtout marquées vers la moitié supérieure de la région de Varea plumiformis.
Nous avons dit que dans un certain nombre de cas (33 ^jo en-
Î2lè MÏNEFF MICHAEL
viron sur l'ensemble des bulbes) il n'y a pas de disposition penniforme. Si Ton fait le départ des bulbes appartenant à des fœtus et des bulbes appartenant à des adultes, on constate que Tabsence d*area plumifortnis est beaucoup plus fréquente chez les premiers (45 Vo environ, résultat de valeur très relative du reste vu le petit nombre de cas étudiés). Chez les fœtus où Tarea plumiformis fait défaut, le trigone de l'hypoglosse, parfaitement limité, ne présente absolument aucun détail notable à sa surface (fig. i et 2), sauf dans un cas où il existait une légère crête longitudinale. Chez les adultes de la même catégorie, au contraire, il existait toujours, sauf dans un cas, un léger sillon ou une crête peu accentuée occupant la situation de la tige de la formation penniforme.
Au sujet de Varea medialis^ nous n'avons rien à ajouter à la description de Retzius. On prendra une idée nette de cette formation et de Véminence médiale dans un certain nombre de nos photographies (fig. 3, 6, 7, et 8).
Nous avons observé un cas curieux (fig. 3 et 8) où deux aires médiales paraissent fusionnées sur la ligne médiane, suivant toute leur longueur. La disparition complète du sillon médian dans cette partie du calamus autoriserait l'hypothèse d'une coalescence intermédiale, analogue à la commissure qui réunit parfois les cordons séparants ou les ailes grises extrêmes, si l'examen de coupes pratiquées dans cette région ne venait démontrer qu'il s'agit en réalité d'un effacement du sillon médian dû à un étalement très prononcé de la partie inférieure du plancher.
§ m. Aile grise.
(Area, ala cinerea,
tri^ne du fflosso-pharjm^en et du pneumogastrique
fovea posterior ou fovea vagi).
Retzius n'ajoute que peu de détails à nos connaissances sur la morphologie de cette région du plancher ventriculaire. L'aile grise présente une configuration triangulaire, mais elle est suceptible de variations dans sa forme, ses dimensions, sa symétrie. Dans la plupart des cas, les bords latéraux du irigone du vague sont arqués, l'angle externe obtus, de sorte que l'ensemble de cette formation figure assez bien une cuiller oblique. L'extrémité postérieure de l'aile grise s'amincit et finit en pointe
Le plancher t)Ù QUAtRIÉME VENTRICULE 1219
dans le calamus scriptorius. On peut suivre cette extrémité postérieure avec celles du funiculus separans et celle de Tarea postrema, dans une certaine étendue en arrière sur le pourtour postérieur du canal central. En avant, à la partie antérieure de la pars inferior du plancher, l'aile grise se termine par une extrémité effilée qui s'insinue entre l'aire acoustique et l'aile blanche interne. C'est là que Taile grise, dont la surface est généralement déprimée, possède sa profondeur maxima, et c'est à cette dépression qu'on donne plus spécialement le nom de fossette postérieure (fovea posterior ^ inferior) (fig. 4 et 5).
Au sujet de Taile grise, Wilson a surtout attiré l'attention sur la façon dont se comporte son extrémité postérieure effilée à laquelle il donne le nom de funiculus cinereus. Deux cas doivent être examinés : ou bien l'extrémité caudale de la fosse rhomboïdale est de forme simple, c'est-à-dire que sa disposition n'est pas compliquée par la fusion sur la ligne médiane des funiculi cinerei. Dans ces cas, on trouve le long du canal central trois élévations columnaires à savoir : \e funiculus hypoglossi (prolongement caudal du trigone de l'hypoglosse), \e funiculus cinereus et Varea ou eminentia postrema. Ces trois élévations longitudinales sont séparées l'une de l'autre par des sillons plus ou moins bien marqués, elles décroissent rapidement d'étendue dans le sens dorso- ventral et finissent par se confondre le long de la paroi latérale du canal central. Ou bien on observe une fusion, sur le plan médian, du prolongement caudal des ailes grises, coalesence intercinéréale. Cette fusion, d'après Wilson, intéresse peu ou pas l'extrémité interne des funiculi séparantes. Il existe alors la disposition figurée à diverses reprises par Wilson et dont nous donnons des exemples personnels dans nos figures (fig. 6 et 9).
Dans les cas où existe la commissure intercinéréale en question, l'obex (vrai ou faux) surplombe deux cavités superposées, l'une dorsale et l'autre ventrale. La plus ventrale de ces deux cavités forme un véritable tunnel dans lequel se continue, en direction crànio-caudale, le sillon médian du plancher ventriculaire. La limite dorsale de l'ouverture ventriculaire de ce tunnel consiste en un pont soUde, bien défini, de tissu nerveux formé par la fusion sur lé plan médian, du prolongement caudal (funiculus cinereus) des ailes grises. L'ouverture en ques-
l30 MINÈFF MICHAÊL
tion est située dans un plan transversal passant à quelque distance en avant du bec du calamus. Ziehen et Van Gehuch- TEN ont faussement appelé obex ce pont de substance nerveuse qui est en réalité une coalescence intercinéréale, le véritable obex (plaque du toit primitive) étant situé au-dessus et en arrière du tunnel qui nous occupe. Du reste le quatrième ventricule s'étend caudalement, non seulement dans le tunnel ventral ci-dessus décrit, par l'intermédiaire duquel il se continue avec le canal central de la moelle, mais encore dorsalement par rapport à la commissure intercinéréale, dans l'espace situé immédiatement au dessous de Tobex. Les parois latérales de ce dernier espace sont formées par l'extrémité caudale des areae postremae, séparées par un sillon des funiculi cinerei. Par l'étude d'une série de coupes frontrales, WiLSON a définitivement établi la nature de la commissure intercinéréale et a montré qu'elle n'avait rien de commun avec lobex.
L'existence de la commissure intercinéréale, pour intéressante qu'elle soit, est loin de représenter un type constant : nous l'avons rencontré 6 fois sur 49 cas, soit dans une proportion de 12^0 environ. Elle répond de tous points à la description deWiLSON et nos figures 6 et 9 nous dispensent d'un commentaire détaillé. Le bord antérieur de la commissure intercinéréale est séparé du bec du calamus par une distance variable. Sur nos 6 cas cette distance était une fois de i m.m. 5 ; deux fois de 2 m.m. 5, et une fois de 4 mm. Les planchers de forme simple au contraire, dans lesquels le funiculus hypoglossi, le funiculus cinereus et l'area postrema se prolongent en pointe efiilée dans la paroi latérale du canal central élargi, sont beaucoup plus fréquents (88 ^o)- Nos figures 4 et 5 en donnent une idée suffisante. Au sujet de la morphologie de l'aile grise, nous n'avons rien à ajouter à la description des auteurs classiques complétée par celle de Retzius.
§ IV. Cordon séparant (Fnnicolus saparans).
Cette formation a été décrite pour la première fois par Retzius (96). Selon cet auteur, l'area postrema est séparée de l'aile grise par un cordon clair, en général bien accusé, en tous cas toujours indiqué, le funiculus separans. Ce cordon, peut être suivi depuis la pointe du calamus scriptorius jusqu'à
LE PLANCHER DU QUATRIÈME VENTRICULE l3l
rextrémité postérieure de Taire acoustique dans l'épaisseur de laquelle il disparait. Parfois très développé, on jle voit s'unir avec celui du côté opposé par un pont qui passe transversalement par le sillon médian. Parmi les auteurs qui ont repris depuis Retzius l'étude du plancher ventriculaire, les uns Charpy (oi), Déjerine (o3) n'ajoutent aucun commentaire à la description de RETZius,lles autres Streeter (3), Van gehuch- TEN (06), Wilson (06^ insistent à juste titre sur la valeur morphologique de cette formation.
Streeter en fait un épaississement de la névroglie épendymaire «thickening ofthe ependymal neuroglia forming atranslucent cord-like élévation. )>
« Dans nos observations, dit Van Gehuchten, nous avons vu le cordon séparant de Retzius se continuer en bas avec celui du côté opposé en formant une petite lamelle blanche recouvrant l'extrémité supérieure du canal central de la moelle épinière. C'est dans le voisinage immédiat de cette lamelle blanche surplombant l'extrémité inférieure ou bec du calamus que le funiculus separans se présente, sur des coupes transversales, comme un petit prolongement triangulaire connu sous le nom d'obex. Celui-ci est donc indépendant de l'area postrema. Le cordon séparant nous paraît être le reste de la partie inférieure du toit primitif du quatrième ventricule ».
Mais c'est Wilson (06) qui nous paraît avoir le mieux élucidé la question du funiculus separans. Pour cet auteur, comme pour Streeter, le funiculus separans est un épaississement local de la névroglie épendymaire dont l'importance a été quelque peu exagérée par Retzius. Plus ou moins saillant, ce cordon limite ordinairement le bord dorsal (externe) du funiculus cinereus. Pour Wilson, le pont qui unit parfois les deux funiculi à travers le sillon médian, pont qui a été décrit par Retzius (et qui est considéré à tort par Ziehen [99]) (i) comme un obex, est surtout une coalescence intercinéreale, c'est à dire une commissure réunissant sur la ligne médiane les deux funicîili cinerei. Quant au funiculus separans, il n'aurait pas d'autre valeur qu'une simple strie épendymaire superficielle : « The funiculus separans may be ignored as a more superficial ependymal stria. »
(i) et aussi par Van Gewucutjen C06).
l32 MINEFF MICHAÉL
Les remarques de Wilson au sujet de la faible participation des cordons séparants à la formation commissurale intercinéréale nous paraissent tout à fait justifiées. Nous avons rencontré dans 6 cas la commissure en question et nous avons constaté en efiet que les cordons séparants n'y prenaient qu'une faible part. Une lois même, nous avons observé une commissure intercinéréale sur un plancher où les funiculi faisaient totalement défaut. Disons encore en passant que la commissure intercinéréale quand elle existe ne doit pas être contondue avec Tobex, comme le pensent Ziehen et Van Gehuchten.
Nous aurons, du reste, l'occasion de revenir plus loin sur ce sujet.
Nous nous écartons d'autre part de Streeter et de Wilson au sujet de Timportance morphologique du luniculus separans. Que cette formation ne soit qu'un épaississement local de la névroglie épendymaire et n'ait pas d'importance structurale, nous n'y contredisons pas. Nous pensons toutefois qu'au point de vue macroscopique, il est utile de continuer à décrire le funiculus separans. Sur les 49 planchers que nous avons eu à notre disposition, le cordon en question n'était indistinct que 7 fois, c'est à dire dans une proportion de 14 % environ. Il était parfaitement développé dans 3i cas, c'est à dire étendu depuis la pointe du calamus jusqu'au voisinage de l'aire acoustique, soit donc une* proportion de 63 0/0 environ. Enfin 11 fois, il existait parfaitement développé à sa partie externe pour se perdre ensuite dans le trigone du vague (22 ^o).
La présence du funiculus separans n'est donc pas un détail négligeable dans la morphologie du plancher, d'autant plus qu'il se distingue nettement des régions qu'il sépare par sa coloration blanchâtre et que son épaisseur est parfois considérable (fig. 6, 7 et 9).
§ V. Aile grise extrême. (Area postrema).
Retzius a décrit pour la première fois en 1896, sous le nom diUrea postrema, aile grise extrême, une formation particulière, située de chaque côté de la ligne médiane, à l'extrémité caudale du calamus. Cette région dont l'existence est constante, que l'obex soit développé ou non, longe le bord postérieur du plancher ventriculaire, suivant une direction obUque en avant
LE PLANCHER DU QUATRIÈME VENTRICULE l33
et en dehors. Sa surface finement mamelonnée présente une coloration foncée, gris brun. Quand Tobex existe, il est situé au niveau du pourtour postérieur de ces deux formations paires entre lesquelles il réalise une sorte de pont. Au niveau du bord postérieur des areae postremae se fixe la pie-mère. L'extrémité interne des areae postremae peut être suivie en bas, dans le calamus scriptorius, jusqu'au commencement du canal central. Au niveau de leur extrémité latérale, arrondie, on voit nettement le liséré marginal postérieur de la fosse rhomboïdale se recourber en dehors pour se continuer en avant avec le taenia du ventricule (ligula, ponticulus). Il existe encore sur le pourtour externe de Tarea postrema, une petite dépression en fossette.
Retzius signale enfin brièvement un dernier détail : c'est Texistence à la surface de l'area postrema d'un petit cordon : « doch kommen auch Fàlle vor, in welchen noch ein besonderer kleiner Strang die area postrema der Lange nach kreuzt ».
L'existence de l'area postrema est rapidement mentionnée par Charpy (oi), Ziehen (o3). Déjerine (o3) résume la description de Retzius. Testut (o3) et Spalteholz (04) ne font pas allusion à la formation qui nous occupe. Streeter (o3) décrit l'area postrema comme une région constituée par une couche de tissu vasculaire se continuant avec l'obex. Quant à VanGehuchten, il donne les détails suivants : l'area postrema « nous paraît correspondre à la partie supérieure du noyau du faisceau de Goll. Elle est donc située en dehors du canal médullaire primitif. Chez l'adulte, elle fait cependant partie intégrante du plancher du quatrième ventricule. Ce qui le prouve, c'est que ces deux parties, funiculus separans et area postrema, sont visibles sur le plancher à travers le trou de Magendie ».
Nous avons étudié attentivement le petit cordon signalé par Retzius à la surface de l'area postrema. Sa présence s'observe très fréquemment (34 fois sur 49, soit dans 69 % des cas environ). Il commence en bas et en dedans dans le sillon médian du. plancher, et de là se dirige en haut et en dehors parallèlement au funiculus separans^ jusque vers le tiers supérieur de l'area postrema. Le cordon en question plus ou moins saillant tranche très nettement par sa coloration blanchâtre sur le fond
l34 MINEFF MICHAËL
plus sombre de Tarea postreraa. A son extrémité externe, il se comporte de deux façons différentes : ou bien il se perd dans la petite fossette qu'on trouve d'habitude à l'extrémité externe de Tarea postrema, ou bien il se recourbe en dedans en diminuant graduellement d'épaisseur et disparait aux environs du funiculus separans.
Le cordon en question divise Tarea postrema en deux surfaces, Tune interne et l'autre externe. Ces deux surfaces étant comprises entre des parties plus ou moins saillantes, funiculus separans et cordon de Tarea postrema pour la surface interne, cordon de Tarea postrema et bord externe du plancher pour la surface externe, semblent constituer deux gouttières parallèles. Ajoutons que la surface externe répond à peu près aux deux tiers inféro-externes de Tarea postrema, la surface interne au tiers supéro-interne.
Pour éviter toute confusion avec le cordon de Tarea postrema, Retzius a donné au cordon séparant Tarea postrema et Tarea cinerea, le nom àejnninilus separans et non celui de funiculus postremus (cordon extrême) auquel il avait d'abord songé. Nous proposons d'attribuer cette dernière dénomination au cordon de l'area postrema, dont nous venons de montrer la grande fréquence (fig. 5 et 8).
La fossette signalée par Retzius à l'extrémité externe de l'area postrema est assez fréquente. Beaucoup plus marquée sur les bulbes d'adultes que sur ceux de fœtus, elle existait chez les premiers 23 fois sur 40 cas (fig. 7).
Les dimensions absolues de l'area postrema sont assez variables et nous avons cherché vainement à les mettre en rapport avec telle ou telle forme du plancher. Les dimensions relatives sont plus intéressantes. Nous avons établi le rapport entre la longueur et la largeur de l'area postrema. Dans 42 cas, la longueur représentait deux à trois fois la valeur de la largeur. Dans 3 cas seulement, le rapport était un peu supérieur à 3. Dans 2 cas correspondant à des ailes grises extrêmes très allongées, il avait la valeur de 4. Enfin 2 fois, il était inférieur à 2 (1.71 à 1.75).
Chez le fœtus et chez l'enfant, le rapport entre la longueur et la largeur oscille toujours entre 2 et 2,5o.
Les détails que nous venons de donner, d'après la descrip-
LE PLANCHER DU QUATRIÈME VENTRICULE l35
tion des auteurs et nos observations personnelles, s'appliquent uniquement à la morphologie de Tarea postrema considérée en elle-même. Il nous faut maintenant aborder la question très délicate des rapports de cette formation avec Tobex, dont on ne peut, à propos de l'area postrema, se dispenser de parler, quoiqu'il soit une formation du toit ventriculaire. La question des rapports de l'obex et des areae postremae est encore compliquée par ce fait que les extrémités internes de ces dernières formations s'unissent parfois sur la ligne médiane pour constituer ce que WiLSON (06) a appelé une coalescence interpostremaie.
Retzius (96) définit l'obex une courte bande arquée de substance cérébrale étendue transversalement entre les deux clava. C'est une formation tout-à-fait inconstante, qui fait même défaut dans la plupart des cas. Quand l'obex existe, on le trouve au niveau du bord postérieur du trou de Magendie. Dans la majorité des cas, par contre, le bord postérieur de ce trou est formé par un repli pial bien limité en avant duquel commence l'épendyme ventriculaire. Dans la plupart des cas où il y a un obex évident, im examen précis montre par derrière un semblable repli pial que Retzius considère comme le véritable bord postérieur du trou de Magendie.
Blake (98), dans une étude embryologique et anatomo-comparative du toit et des recessus latéraux du quatrième ventricule, donne des renseignements intéressants sur la signification
de l'obex. Chez les mammifères et chez les oiseaux, il se pro- »
duit à une certaine époque de la vie embryonnaire une évagination caudale du toit du quatrième ventricule. Chez ITiomme, cette évagination disparait et donne naissance au trou de Magendie. Chez les mammifères inférieurs, au contraire, la substance de l'évagination sacculaire semble conserver son intégrité et persiste sur la face dorsale du segment caudal du bulbe. Dans la grande majorité des cas il n'existe plus, chez l'homme adulte, que des vestiges de l'évagination caudale primitive.
Quand l'obex existe, d'après Wilson, son bord antérieur libre ne représente pas la ligne d'insertion du toit ventriculaire. L'épendyme qui tapisse la surface de la cavité ventriculaire se réfléchit de la face inférieure de l'obex autour
l36 MINEFF MICHAÊL
de son bord antérieur, tapisse sa face dorsale entière, l'abandonne finalement par réflexion le long de la ligne du repli pial noté et figuré par Retzius comme siégeant derrière Tobex. C'est avec ce repli et non, comme cela a été souvent représenté, avec Tobex lui-même que se continue le toit épendymaire et pial plus ou moins imparfait du segment postérieur du rhombencéphale. Il existe donc au-dessous de Tobex im recessus supra-postrémal qui se continue ou non avec le canal central de la moelle selon que les areae postremae sont ou ne sont pas fusionnées sur la ligne médiane ; et au-dessus de l'obex un autre recessus fermé en cul-de-sac à sa partie caudale. Le repli pial de Retzius, situé en arrière de Tobex, doit être considéré non seulement comme pial, mais comme pial et épendymaire. Et si on le considère avec Retzius comme formant le véritable bord postérieur du trou de Magendie, on doit de plus reconnaître qu'il constitue la réflexion dorsale du toit pial et épendymaire du 4* ventricule dans les parois d'un espace irrégulier et largement extra-neural, qui che^ l'homme adulte représente l'évagination caudale de Blake. Il résulte de ce fait que le véritable obex, quand il existe, est dans un sens intraventriculaire, fait sur lequel Blake insiste et que Retzius décrit implicitement. Il constitue néanmoins, à Torigine et pendant le développement, une partie épaissie du toit du canal du myélencéphale qui, chez le jeune embryon, est située immédiatement en arrière du toit aminci et élargi du rhombencéphale,
WiLSON décrit deux types anatomiques d'obex. Le premier type (obex vrai de Wilson) est un obex intraventriculaire, siège d'un épaîssissement médullaire. La surface dorsale tout entière est recouverte par l'épithélium épend5maaire qui s'étend en dehors, de chaque côté, aussi loin que son bord adhérent, et en arrière dans le recessus angulaire dorsal, situé au-dessus de l'obex entre les deux clava divergentes. Le long de ces limites, l'épithélium épendymaire se réfléchit dans les minces parois de l'espace sous-arachnoïdien représentant l'évagination caudale de Blake.
Le second type (obex faux ou membraneux de Wilson) existe dans les cas où manque l'épaississement médullaire. Le repli uni en forme de croissant qui occupe la place de l'obex est une réflexion caudale abrupte du toit pial et épendymaire
LE PLANCHEF DU QUATRIÈME VENTRICULE l37
surplombant la région du cala:nus. La surface dorsale doit être considérée comme recouverte par une couche d'épithélium épendymaire formant une partie du revêtement du prolongement dorso-caudal de la cavité ventriculaire. Ce faux obex membraneux représente morphologiquement et Tobex abortif et le repli pial et épendymaire sur la présence duquel Retzius a attiré l'attention.
A l'aide de ces données, il est facile de comprendre la disposition qui est réalisée quand une coalescence interpostrémale se produit. A ce sujet Wilson critique tout d'abord certaines des vues de Retzius qui dit en parlant de l'obex : ce liegt an dem hinteren Umfang dieser beider paarigen Partien (areae postremae) und bildet gewissermassen eine Brûke zwischen ihnen ». Il n'est pas douteux que les areae postremae, suivies caudalement dans le vestibule du canal central, s'unissent tôt ou tard, mais ce n'est pas la fusion de ces areae qui constituent l'obex ; il n'est pas non plus correct de dire que l'obex forme .un pont entre les areae postremae. Toutefois, Retzius indique plus loin les véritables relations de l'obex qu'il rattache au bord du toit ventriculaire. Les areae postremae, fusionnées ou non, appartiennent non pas au liséré marginal du toit, mais à la portion dorsale de la paroi latérale du canal neural dans cette région. Puisque l'obex, qui représente la plaque du toit, est immédiatement contigu au bord dorsal des areae postremae, il s'en suit que la complète coalescence de ces dernières, à travers le plan médian, détruit l'individualité de l'obex. Ce dernier apparait alors comme la partie la plus dorsale d'une masse de tissu, comme la partie essentielle de ce qui résulte de la fusion des areae postremae.
Wilson a étudié macroscopiquement et à l'aide de coupes sériées, le bulbe d'un fœtus humain où une fusion médiane dorsale des deux areae postremae masquait largement l'individualité de l'obex qui apparaissait incorporé dans la commissure. La toile choroïdienne s'insérait sur le bord dorsal de l'éminentia postrema dans la dépression profonde qui séparait les deux clava très proéminentes. Immédiatement en arrière du plan suivant lequel la fusion des areae postremae s'était produite, la mince plaque du toit épendymaire de l'angle du calamus (obex) adhérait à la face dorsale de la commissure interpostré-
l38 MINEFF MICHAÉL
maie. De rincorporation à la masse interpostrémale de la membrane représentant Tobex résultait Toblitération du recessus supra-postrémal de la cavité ventriculaire.
WiLSON examine encore dans son travail Topinion de Sta- DERINI. Pour ce dernier auteur, il existe, normalement dans le bulbe, au point de passage du canal central dans le quatrième ventricule, deux cavités, Tune dorsale et l'autre ventrale. Caudalement, la cavité dorsale se termine en cul-de-sac, la cavité ventrale se continue dans le canal central de la moelle spinale. Cranialement, les deux confluent dans le quatrième ventricule. Les deux cavités sont séparées Tune de l'autre par une masse de névroglie notablement développée chez les mammifères et présentant en coupe une forme triangulaire. Cet épaississement névroglique n'est pas autre chose que Tobex des auteurs lequel se décompose en deux bandelettes courant le long des pédoncules cérébelleux inférieurs et correspondant chacune au ponticulus du même côté. Obex et ponticulus ne sont donc pas des épaississements de la voûte ventriculaire,mais des parties d'une même masse de névroglie, ce qui est démontré à l'évidence par ce fait que l'obex se continue peu à peu dorsalement avec la névroglie située autour du canal central (substance gélatineuse, S. gliosa centralis). Selon la manière de voir de Staderini, le ponticulus, de par ses caractères et sa position, ne serait pas autre chose que l'area postrema de Retzius. Il appuie son opinion sur le travail de Streeter, qui à la vérité considère l'area postrema comme constituée par un tissu vasculaire et non par un tissu névroglique. Mais, dit-il, comme l'obex est distalement en continuation directe avec la névroglie qui entoure le canal central, aucun doute ne peut subsister. Le ponticulus est constitué par le même tissu plus ou moins vascularisé selon les cas.
WiLSON pense au contraire que la substance gélatineuse à laquelle fait allusion l'auteur italien n'est pas autre chose que la produit de la coalescence interpostrémale. Pour lui également, Staderini ne semble pas avoir complètement évité la confusion entre le recessus supra- postrémal, qui est situé ventralement par rapport.au plan de l'obex, et le recessus épendymaire situé dorsalement par rapport au plan de l'obex. Ce dernier n'est pas autre chose qu'une portion de l'évagination caudale de Blake, tandis que le recessus supra-postrémal est la moitié
LE PLANCHER DU QUATRIÈME VENTRICULE iSq
dorsale du canal central primitif (en forme de fente) immédiatement au-dessus du point au niveau duquel il s'ouvre dans le quatrième ventricule.
Nous n'avons pas rencontré une seule fois, sur nos quaranteneuf cas, un obex véritable, au sens de Retzius et de Wilson, c'est-à-dire un épaississement médullaire de la plaque du toit siégeant entre les deux clava. L'obex vrai fait donc réellement défaut dans la plupart des cas. Nous avons toujours trouvé une membrane mince insérée sur le bord postérieur des areae postremae, un faux obex par conséquent au sens de Wilson, (fig, 3, 4, 5 et 6). Nous n'avons pas non plus observé, dans notre collection de bulbes, de cas de coalescence interpostrémale, quoique souvent les extrémités internes des aerae postremae soient très voisines et séparées par une simple fente. Autant que nous pouvons en juger personnellement, la coalescence interpostrémale est donc une disposition rare. Les rapports toutà-fait intimes du faux obex et des areae postremae, dans les exemples que nous avons eu sous les yeux, nous paraissent justifier complètement la description de Wilson au cas d'une coalescence interpostrémale.
§ VI. Irigone acoustique. (Area aonstica. Aile blanèhe externe).
Retzius a ajouté peu de détails à nos connaissances macroscopiques sur l'area acustica. Chez le fœtus cette région est un champ triangulaire situé en dehors de l'aile grise et limité en dehors par les taenia de la fosse rhomboïdale. Chez Tadulte la forme de cette surface reste souvent triangulaire, quelquefois elle est rectangulaire. Le funiculus separans disparaît dans l'angle postéro-interne de Taire acoustique : il semble donc dans une certaine mesure le pédicule épanoui de la partie inférieure de cette surface. Dans son ensemble, l'aire acoustique du fœtus forme une élévation mamelonnée située en dehors du sillon-limite du plancher ("formé par les fovea superior et inferior et par la gouttière qui réunit les deux fovea.) Elle présente un angle interne convexe et une surface lisse quand les stries médullaires n'existent pas. On observe le même aspect chez l'adulte, quand les stries médullaires manquent ou sont faiblement développées. La surface bombée de l'aire acoustique se continue sans interruption avec le plancher du récessus latéral : elle forme là le tubercule acoustique. La présence des stries
Ï40 MINEFF MICHAÉL
médullaires, soit chez le fœtus, soit chez Tadulte, modifie encore la surface de Taire acoustique où elles forment des crêtes de toutes sortes.
Les auteurs classiques actuels donnent de Tarea acustica une description qui est substantiellement la même dans tous les ouvrages, voici celle de Charpy (oi) : « Tout à fait en dehors du plancher se trouve un troisième triangle, disposé comme le triangle interne et blanc comme lui, c'est Vaile blanche externe, trigone acoustique (area acustica) qui correspond au nerf auditif. Cette aile blanche forme une saillie arrondie ; sa base que limitent uniquement les stries acoustiques, se continue sans démarcation avec une saillie plus renflée encore qu'on voit au dessous et en dehors de Teminentia teres, au-dessus des stries acoustiques, saillie connue sous le nom de tubercule acoustique. Elle empiète donc sur la partie supérieure du plancher et se prolonge en dehors dans le pédoncule cérébelleux inférieur. Ces trois parties, l'aile blanche externe, le tubercule acoustique et son prolongement latéral ne forment qu'une seule masse, un cordon arqué plus renflé à son coude, il est tout entier du domaine de l'acoustique ».
C'est chez le fœtus ou sur les bulbes où les stries acoustiques sont peu ou pas développées qu'on peut se faire une idée d'ensemble de la région acoustique. Les deux surfaces qui apparaissent bien distinctes sur certains planchers où les stries acoustiques transversales sont bien développées, aile blanche externe, tubercule acoustique, sont ici fusionnées et comme on sait d'autre part qu'elles appartiennent toutes deux histologiquement et physiologiquement au domaine du nerf de laVIII« paire, il est logique de les réunir sous la dénomination commune, soit d'area acustica (Retzius), soit encore de trigone acoustique (fig. i et 2).
Le côté interne de ce trigone est formé par le sillon-Umite (Retzius — voir plus haut). Ce sillon plus ou moins accentué est d'abord à peu près parallèle au sillon médian, dans la partie inférieure et la partie intermédiaire du plancher, puis il se recourbe en dehors^ dans la partie supérieure pour aller rejoindre la fossette supérieure dans laquelle il se perd. La région acoustique est donc limitée en dedans par un bord concave. Son côté inféro-externe répond d'abord à l'extrémité externe du funiculus
separans puis au bord interne du corps restiforme et son côté supéro-externe au bord interne du pédoncule cérébelleux supérieur. Le sommet de l'angle supérieur du trigone acoustique répond à la fovea superior. Son angle inférieur s'allonge entre l'aile grise et le corps restiforme et constitue Vaile blanche externe des auteurs, région vestibulaire de Van Gehuchten. Enfin l'angle externe se prolonge dans le plancher du recessus latéral. Une ligne horizontale passant par l'extrémité supérieure de l'aile grise et répondant à la direction générale des stries acoustiques, divise le trigone acoustique en deux régions : l'une supérieure et externe, le tubercule acoustique^ l'autre inférieure, Vaile blanche externe (fig. 8 et 9).
Le plancher des recessus latéraux est constitué par l'angle externe du trigone acoustique enroulé autour du pédoncule cérébelleux inférieur. Dans la majorité des cas, ce plancher est sillonné transversalement par les stries acoustiques qui se réunissent en un seul cordon vers son extrémité externe. Quelquefois les stries disparaissent dans la substance du recessus pour ressortir à son extrémité sous la forme d'un cordon.
§ TH. Partie supérieure da plancher.
On trouve à ce niveau d'après Retzius une saillie arrondie et constante, Veminentia teres (fig. 1). A l'extrémité supérieure de ces éminences le sillon médian et la partie la plus voisine du plancher ventriculaire subissent souvent im enfoncement. Il se forme ainsi une/ow^/temc>y^«»^ allongée (fig. i). Ldifovea superior du sillon Umite est placée sur le côté de l'eminentia teres. Elle a une configuration semi-lunaire et son fond est caractérisé par un système remarquable de sillons et de replis {Rugae fovei superioris) disposés parallèlement au bord externe et formant en outre souvent un tourbillon (vertex rugarum) La baguette d^harmonie, quand elle existe, va se perdre dans ce tourbillon. Le locus coeruleus qui se trouve en avant présente toujours aussi un système typique de sillons et de replis (Rugae loci coerulei) ordinairement parallèles au bord latéral qui peuvent être suivis en avant et en arrière. En fait, on^ trouve en règle générale sur le bord externe ou sur la zone de passage entre le plancher et la paroi latérale, un système de replis et de sillons qui montent depuis l'entrée du recessus jusque dans Tisthme et
142 MINEFF MICHAÉL
présentent leur plus fort développement dans Idijovea superior et le locus coeruleus.
Voici comment Van Gehuchten décrit le triangle supérieur du plancher ventriculaire : « De chaque côté de cette fissure (sillon médian), on trouve une saillie oblongue, à grand diamètre vertical : Véminence ronde ou éminence médiane (eminentia medialis), large dans sa partie inférieure et rétrécie dans sa partie supérieure. Sa partie élargie est formée de deux tubercules : un externe et un interne. Le tubercule externe correspond au noyau d'origine du nerf moteur oculaire externe contourné par les branches radiculaires du nerf facial, on pourrait le désigner avec Streeter sous le nom â! éminence faciale ou Véminence de l'abducteur. Le tubercule interne se continue avec le reste de l'éminence ronde ; elle correspond à une masse grise inconnue autant dans ses connexions anatomiques que dans ses fonctions. Streeter l'appelle pour ce motif nucleus incertus, »
L'aspect de Téminentia teres nous a paru assez variable. Cette saillie est plus ou moins prononcée suivant que la fovea anterior et le sillon médian sont plus ou moins déprimés. La disposition signalée par Streeter et Van Gehuchten, subdision de Teminentia tercs en deux tubercules externe et interne et dont nos figures (i et 2) fournissent des exemples, n'est pas constante. L'eminentia teres se prolonge en avant sous la forme d'un cordon arrondi, ininterrompu chez l'adulte. Chez le fœtus au contraire, on voit partir du sillon médian, un, deux ou trois sillons secondaires, peu profonds, dirigés en dehors et en bas, qui subdivisent le cordon rond en un nombre variable de petits mamelons placés l'un derrière l'autre. Il est possible que le changement dans la direction de la partie antérieure du plancher signalé plus haut soit une des causes de l'efiacement des sillons secondaires du funiculus teres.
Nous n'avons rien à ajouter à la description de Retzius en ce qui concerne la fossette supérieure, le locus coeruleus et les systèmes de replis, sillons et stries qu'on observe au niveau de ces formations.
§ Vm. Sillon médian.
Le sillon médian du plancher ventriculaire ne présente en règle générale que des variations de détails. Sa partie la plus
profonde apparaît toujours comme ime dépression linéaire vers laquelle s'inclinent deux versants plus ou moins abrupts. Les deux versants de ce sillon médian sont généralement plus étalés dans la partie supérieure du plancher que dans sa partie inférieure, fait qui semble être en relation avec la disposition des surfaces du plancher dans la pars superior et dans la pars inferior. On sait en eflfet que les deux parties latérales du calamus forment un angle dièdre plus aigu que les deux parties latérales de la pars superior. Nous avons dit d'autre part que l'extrémité caudale du calamus se relève plus ou moins sur le plan tangent à la partie moyenne du plancher. Il suit de là que le sillon médian apparait élargi au niveau du triangle supérieur du plancher, étroit au contraire au niveau du triangle inférieur et très profond au niveau du bec du calamus, surplombé qu'il est par les cordons séparants et l'extrémité interne des ailes grises extrêmes, et plus en arrière par l'obex et les deux clava. C'est vers la pars intermedia du plancher que le sillon médian est d'habitude le moins profond.
Dans un certain nombre de cas, on observe de véritables ponts de fibres blanches qui traversent le sillon médian. Ils sont la plupart du temps grêles et profondément situés et s'observent dans la région des stries acoustiques. Ils appartiennent vraisem- ' blablement à la voieacoustique dorsale dont les fibres subissent une décussation totale à ce niveau. Dans deux cas, nous avons observé un pont plus large et plus superficiellement placé, ime sorte de bandelette transversale répondant à la partie supérieure du calamus (fig. 3 et 8). Dans l'un de ces cas, auquel nous avons fait allusion page 16, le sillon médian semblait s'arrêter au niveau du bord supérieur de la bandelette transversale qui pouvait être suivie latéralement jusque dans les stries de l'area plumiformis. Dans l'autre cas, la bandelette présentait les mêmes rapports avec l'area pliuniformis, le sillon médian n'était pas interrompu à son niveau, de plus deux incisures transversales, situées de part et d'autre de la Ugne médiane et qui le traversaient complètement, lui donnaient l'apparence d'un X. Ces derniers ponts, plus importants et plus superficiels, nous ont paru égale* ment être en rapport avec des stries acoustiques.
Nous avons dit avoir observé un cas où le sillon médian était totalement effacé au niveau de l'area medialis. Dans quel-
144 MÏNEFF MICHAÉL
ques cas, nous avons vu de pareils effacements très limités du reste et siégeant soit au niveau de Tarea medialis, soit au niveau de Feminentia teres, soit à la fois au niveau de ces deux formations.
§ IX. Sillon limite.
En ce qui concerne le sillon limite, nous pouvons donner les détails suivants. Il existe toujours nettement accentué à ses deux extrémités, la fovea superior et la fovea inferior. Quant à sa partie moyenne, comprise entre les deux fossettes, elle est souvent effacée par suite de la saillie des stries médullaires et de l'étalement en largeur du plancher.
Il est toujours net chez le fœtus parce que les surfaces acoustiques sont très saillantes et les stries médullaires peu ou f>as prononcées (fig. i et 2|.
On ne peut pas le suivre au delà de la fossette supérieure ni chez le fœtus ni chez l'adulte quoi qu'en disent certains auteurs classiques qui le prolongent jusqu'à l'aqueduc de Sylvius.
Le sillon limite est à peu près parallèle à la ligne médiane jusqu'au niveau du point où il rencontre l'extrémité caudale de la fovea superior, laquelle est située plus loin du sillon médian que la fovea inferior ; il s'écarte donc à ce moment assez brusquement de la ligne médiane pour embrasser l'eminentia teres dans la concavité de la fovea superior.
§ X. Homendatore et synonymie dee régions du plancher ventrionlaire.
Quatrième ventricule (ventricule du cervelet de Galien ; sinus rhomboïdal ; ventriculus quartus ; fossa rhomboïdea ; fovea rhomboidalis ; sinus rhomboïdeus medullae oblongatae ; premier ventricule de Tiedemann ; Rautengrube des auteurs allemands ; fourth ventricle des Anglais).
Sillon médian (tige du calamus scriptorius ; partie inférieure ou bulbaire du sillon médian décrit par Hérophile ; sulcus medianus fossae rhomboidae ; sillon longitudinal médian).
Stries acoustiques (barbes du calamus ; stries médullaires ; striae meduUares ; striae acusticae).
Sillon latéral (sillon limitant, sulcus limitans de His.
Aile grise extrême (area postrema).
Cordon séparant (funiculus separans).
Aile grise (aile cendrée ; fossette postérieure, fovea posterior, trigone des nerfs mixtes ; trigone du vague ; ala cinerea ; fovea vagi ; cuneus cinereus ; eminentia cinerea).
Aile blanche interne (trigone de Thypoglosse ; trigonum nervi hypoglossi).
Aire plumiforme (area plumiformis).
Aire médiate (area médialis trigoni hypoglossi ; eminentia hypoglossi).
Aile blanche externe (région acoustique, area acustica ; area vestibularis ; trigone acoustique ; zone acoustique).
Fossette inférieure (fossette postérieure ; fovea inferior ; fovea posterior ; fovea vagi).
Fossette supérieure (fossette antérieure ; fovea superior ; fovea anterior ; fovea trigemini).
Eminentia teres (colliculus facialis ; eminentia abducentis ; eminentia facialis).
Cordon rond (funiculus teres, eminentia médialis, eminence médiane ; funiculi teretes ; faisceau arrondi ; eminentia hypoglossi).
Locus caeruleus (substance ferrugineuse ; substantia ferruginea).
Fossette médiane (fovea médiana).
Cordon extrême (Funiculus postremus).
Tubercule acoustique (tuberculum acusticum).
Recessus latéraux (recessus lateralis fossae).
Explication des Figures.
Planche IV.
FiG. I. Fœtus de 6 mois. Poids de Tencéphale i3o gr. (X 2 diamètres). Remarquer le relèvement très accentué de la partie protubérantielle du plancher. Ce relèvement existe aussi, quoique moins visible, au niveau du calamus. L'eminentia teres est formée de mamelons placés les uns derrière les, autres. Trigone acoustique saillant. Sillon limite très prononcé. Absence de stries acoustiques. Fossette médiane bien développée. Pas de subdivision de Taile blanche interne en plusieurs territoires.
FiG» 2. Fœtus de 7 mois. Poids de l'encéphale 140 gr. (X 2 diamètres). Mêmes détails que dans la fig. i.
FiG. 3. Homme de 5i ans. Poids de l'encéphale 1480 gr. (X 2 diamètres).
Plancher large. Pour les détails se reporter à la figure 8 (Planche VI) qui est représentée à un plus fort grossiss i ment.
Planche V.
FiG. 4. Homme de 47 ans. Poids de l'encéphale 1450 gr. (X 2 diamètres).
Plancher allongé. Sillon limite bien développé. Stries acoustiques peu accen tuées, trigone acoustique saillant. Eminence faciale et noyau incertain reconnaissables à la base de l'eminentia teres. Pour les autres détails, se reporter à la FIG. 5, même planche.
Fig. 5. Même objet que fig. 4. (X 3 1/2 diamètres).
Pas de subdivisions dans l'aile blanche interne qui se continue nettement en avant avec l'eminentia teres. Le cordon extrême est bien développé. Faux obex membraneux.
Fig. 6. Homme de 55 ans. Poids de l'encéphale 1460 gr. (X 3 diamètres).
Area plumiformis très développée avec tige centrale, barbes internes et externes. Area medialis apparente avec eminence médiane, aile blanche interne. Cordons séparants fusionnés à leur extrémité interne (coalescence intercinéréale). Aile grise extrême (area postrema) très développée ; faux obex membraneux.
Planche VI .
Fig. 7. Homme de 75 ans. Poids de l'encéphale i6i5 gr. (X 3 1/2 diamètres).
148 MINEFF MICHAËL
Remarquer les ponts, surtout celui en X, qui réunissent les deux lèvres du sillon médian; Taire médiale (area medialis), Taire plumiforme (area plumiformis), Taile blanche interne très développées. Une strie acoustique fourchue ; le sillon limite ; la fossette de Taile grise extrême.
FiG. .8. Homme de 5i ans. Poids de Tencéphale 1480 gr. (X 3 1/2 diamètres).
Etalement considérable du calamus ayant effacé le sillon médian. Bandelette commissurale au-dessous de la strie acoustique la plus inférieure. Aires médiales très visibles par suite de Tétalement du isillon médian. Aire plumiforme sans tige centrale. Ailes blanches interne et externe très développées. Cordon extrême et area postrema bien visibles.
FiG. 9. Femme de 46 ans. Poids de Tencéphale 1190 gr. (X 3 1/2 diamètres).
Les stries acoustiques commencent nettement en dehors du sillon médian. La coalescence intercinéréale existe et {(xme une espèce de tunnel au-dessous duquel s'engage le sillon médian. L'aile grise extrême et le cordon séparant sont bien marqués. Aile blanche externe saillante. L'aire médiale, Taire plumiforme et Taile blanche interne sont réunies en une seule surface.
Index bibliographique.
1896 Retzius, g. Dos Menschenhirn, Stockholm.
1900 BLAKE,].A.TheRoqfand latéral RecessusofthâFourth VeniricUf^Taf.
Journal of Comparative Neurology. Vol. 10, No i. S. 79-108.
1901 Charpy, a. SysUffu nerveux. Traité d'Anatomie humaine par P. Poi-
rier-Charpy. t. III. Paris.
1901 Obersteiner. Nervâse Ceniralorgane, p. 74. 1903 Dejerine, I. Anatomie des centres nerveux. T. II. Paris. 1903 ZiEHEN, Th. Makroskopische und microskopische Anatomie des Gehirns
in von Bardeleben*s Handhuch der Anatomie. lena. 1903 Streeter, g. Anatomy ofthe Floor ofthefourth veniricle, 4 Taf.Qpig.
The American Journal of Anatomy. Vol. 2, No 3. S. 299-3i3. 1904. Spalteholz, W. Handatlas der Anatomie des Menschen von Wilhelm
His. lena.
1905 Testut, L. Traité iC Anatomie humaine. Paris.
1906 Van GB.HXiCHTn^jA. Anatomie du système nerveux de F homme, Louvain. 1906 Stader^i, R. Nucleo intercalato. Pars inferior fossae rhomboideae,
A proposito délia nuova edizione del Van Gehuchten, Anatomischer Anzeiger. Band. XXIX. No 13/14. S. 329-334.
1906 Van Gehuchten, A. Noyau intercalé et fosse rhomboïdale. Réponse à M. Staderini. Anatomischer Anzeiger.Bd. 29, No 18/20.S.539-543.
1906 Staderini, R. Sopra alcune particolarita afiatomiche délia midolla allungata. Risponsa al Signor A. Van Gehuchten. Anatomischer Anzeiger. Bd. 3o, No 11/12. S. 363-368.
1906 WiLSON, T. J. On the Anatomy ofthe Calamus Région in the Human Bulb : tvith an account of a hitherto undescribed « Nucleus Postremus ». Journal of Anatomy and Physiology. Vol. XL ; Third séries. Volume I. Part. III, p. 210-241. Part. IV, p. 357-386 avec 39 figures.
LE NEVRAXE, Vol. IX