‹ Le NévraxeChapitre 25 sur 57 · LES CELLULES DU GANGLION DE SCARPA CHEZ L'HOMME ADULTE · texte numérisé non relu

LES CELLULES DU GANGLION DE SCARPA CHEZ L'HOMME ADULTE

Les recherches faites au moyen de la méthode de Golgi sur des animaux nouveau-nés ou âgés de quelques jours, par Retzius, nous même, v, Lenhossek et Cajal, ont montré V) que les fibres du nerf vestibulaire ont leurs cellules d'origine dans le ganglion de Scarpa situé au fond du conduit auditif interne ; 2^) que les cellules constitutives de ce ganglion sont des cellules opposito-bipolaires dont un des prolongements est généralement plus grêle que l'autre.

Forme. D'après Retzius, qui a étudié des embryons de poulet et des souris âgées de quelques jours, toutes les cellules du ganglion de Scarpa sont à la fois bipolaires et oppositobipolaires. Cette forme persisterait chez l'adulte. « Dièse Zellen, dit-il (i), sind als die wahre Gehôrzellen also zu betrachten, obwohl sie merkwûrdiger Weise in Betrefï ihrer Form auf einem « niedrigeren » Standpunkt geblieben sind. Sie haben sich ja nicht, wie die Zellen der Cerebrospinal-ganglien der hôheren Thiere, zum unipolaren Typus entwickelt, sondern, sogar bei den hôchsten Thieren und beim Menschen, den ursprunglichen, embryonalen, oppositipol-bipolaren Typus beibehalten, den Typus, den die cerebrospinalen Ganglienzellen der Fische grôsstentheils noch im erwachsenen Zustande aufweisen ».

Cette forme bipolaire des cellules du ganglion de Scarpa a été retrouvée par nous (2) sur des souris nouveau-nées et par Cajal (3) sur des fœtus de rat.

Chez la souris âgée de quelques jours,v. Lenhossek (4) a tou-

(i) Retzius : DU Endigungsweise der Gehôrnerven. Biolog. Unters., Neue Folge. Bd. III, 1892, p. 35.

(2) Van Gehuchten : Nouvelles recherches sur les ganglions cérébro-spinaux, La Cellule. T. VIII, p. 245. 1892. '

(3) Cajal : Nuevo concepto de la histologia de los centras nerviosos, p. 56. 1893.

(4) V. Lenhossek : Die Nervenendigungen in den Maculae und Cristae acusiicae. Anatom. Heften, 1893. p, 247.

28o A. VAN GEHUCHTEN.

jours trouvé des cellules bipolaires, le plus souvent oppositobipolaires, « doch traf ich manchmal auch, dit-il, namentlich in den seitlichen Theilen der Ganglien, etwas unsymmetrisch gestaltete Exemplare an, wo der ZellKôrper aus der Richtung der Fortsâtze etwas seitlich abwich » (p. 247). Cette forme bipolaire des cellules du ganglion du nerf vestibulaire n'est pas, d'après v. Lenhossek, une forme transitoire, mais une forme permanente. La transformation en cellules unipolaires fait défaut, de sorte que Ton peut dire, avec Retzius, « dass hier eine niedere Form d. h. eine Form, die in den anderen cerebrospinal Ganglien nur als Entwickelungsstufe von den Zellen durchlaufen wird, dauerend festgehalten erscheint ».

Cajal (i) a trouvé, chez la souris, le lapin et le cobaye, deux ganglions sur le trajet du nerf vestibulaire : Tun situé au fond du conduit auditif interne : le ganglion de Scarpa ; l'autre péribulbaire ou intracranien, situé dans l'épaisseur du nert vestibulaire entre le conduit auditif intehie et le noyau ventral de l'acoustique. Les cellules de ce dernier ganglion ont été étudiées par lui au moyen de sa nouvelle méthode au nitrate d'argent réduit. Il observe que, dans quelques cas, les deux expansions naissent très près l'une de l'autre, l'externe décrivant une courbe pour se rendre à la périphérie. Il signale également l'existence, dans le ganglion, de quelques grosses fibres se bifurquant en un rameau interne et un rameau externe. Il ignore si ces fibres appartiennent à des cellules monopolaires non imprégnées, ou bien si elles représentent les bifurcations des fibres afférentes venant du ganglion de Scarpa. En tout cas, dit-il (p. 160), si des corpuscules monopolaires existent, ils doivent être très rares, vu que, sur des centaines de cellules bien imprégnées, je n'en ai pas rencontré une seule dont on pouvait affirmer avec certitude la monopolarité.

Prolongements, Dans son travail publié en 1893, Cajal fait remarquer incidemment que le prolongement externe des cellules bipolaires acoustiques est plus épais que l'interne et peut être considéré comme un prolongement protoplasmatique, tandis que le prolongement interne, beaucoup plus fin, est le véritable prolongement cylindraxile. v. Lenhossek a repris

(i) Cajal : Un sencillo Metodo de coloracion seUctiva del reiicolo protoplasmico, IVavaux du labor. de Madrid. T. II. igo3.

Les CELLUtÉS DU GANGLION DE SCARPA. 281

cette question. Il trouve^que les deux prolongements diffèrent par leur épaisseur et par la façon dont ils proviennent de la cellule : L'un est généralement plus fin « und entspringt dabei scharf abgesetzt von der Konvexitàt der Zelle ; wàhrend der àndere, der breitere, daraus mehr mit kegelfôrmigen Anschluss hervorgeht. Dabei làsst der letztere in seinen Anfangsstuck, bis zu einer gewissen Entfernung von der Zelle, bis zur Stelle offenbar wo die Markscheide auftritt, etwas enregelmàssige, zackige Rànder erkennen ; wâhrend der zartere Auslàufer von Anfang an glatt erscheint » (p. 248). Ces particularités s'observent aussi pour les cellules des autres ganglions cérébro-spinaux, dit-il, avec cette différence toutefois que, pour les cellules du nerf acoustique, le prolongement interne est le plus gros ^ tandis que dans les ganglions spinaux le prolongement interne est le plus grêle. Cette différence dans le volume des deux -prolongements serait uniquement en rapport avec la longueur de ces mêmes prolongements : « der langere Achsencylinder muss immer der kràftigere sein, sei es nun der zentrale oder der peripherische » (p. 249). L'opposition qui existe entre les observations de Cajal et les siennes propres a vivement intrigué V. Lenhossek. L'examen réitéré de ses préparations l'oblige cependant à croire qu'il y a eu ici, de la part de Cajal, une erreur d'observation.

Dans son traité publié en 1904, Cajal (i) décrit encore la forme bipolaire des cellules du ganglion de Scarpa, mais, influencé par les observations de v. Lenhossek, il ne considère plus le prolongement interne comme étant toujours le prolongement le plus fin. « Las celulas no son monopolares, siuo bipolares, y de las duos expansiones, la interna, non siempre la mas delgada, segun ha demostrado v. Lenhossek, marcha hacia adentro.... » (p. 90).

Dans les cellules du ganglion péribulbaire du nerf vestibulaire, chez le lapin âgé de quelques jours et étudiées avec la méthode de nitrate d'argent réduit (2), il accepte l'opinion de V. Lenhossek, puisqu'il décrit le prolongement périphérique comme étant d'ordinaire le plus fin et le prolongement central comme étant généralement le plus gros. Dans le ganglion de

(') Cajal : Tôxtura dd sistema nervioso. Tome IL Prim. P., 1904. (t) Cajal : Un sendUometodo... Travaux du labor. Tome II. i^.

2282 A. VAN GÊHUCHtEN.

Scarpa d embryons de poulet, traité par la méthode au nitrate d'argent réduit après fixation préalable à l'alcool ammoniacal (i), il décrit le prolongement interne comme étant plus épais que le prolongemant externe.

Orgamsation interne, La structure interne des cellules du ganglion de Scarpa a été mise en lumière par Cajal. Ces cellules sont logées (chez le lapin) dans une véritable capsule endothéliale, semblable à celle des cellules des ganglions cérébro-spinaux. Le protoplasme contient un réticulum dense à mailles polygonales et à trabécules épaisses. Les prolongements sont formés de fibrilles centrales se continuant avec le réticulum périnucléaire et de fibrilles périphériques se perdant dans le reste du réseau. Chez l'embryon de poulet il signale l'existence d'un plexus dense périnucléaire et la position excentrique du noyau.

Deux faits ressortent de cette revue bibliographique.

Le premier, c'est que les cellules du ganglion de Scarpa ont conservé, chez l'adulte, la forme bipolaire qui caractérise le stade embryonnaire des cellules de tous les ganglions cérébrospinaux. Retzius la considère comme une forme inférieure. C'est à peine si v. Lenhossek et Cajal ont observé quelques rares cellules gemmipolaires.

Le second, c'est que les auteurs ne sont pas d'accord sur le volume relatif des deux prolongements qui dépendent de ces cellules unipolaires

Jusqu'ici aucune observation n'a été faite sur les cellules du ganglion de Scarpa chez l'homme adulte. De plus, toutes les recherches entreprises chez les vertébrés (oiseaux et mammifères) ont eu pour objet d'étude soit des embryons, soit des animaux nouveau-nés ou âgés de quelques jours. Rien ne prouve donc que la forme bipolaire, observée jusqu'ici pour les cellules du ganglion de Scarpa, est bien la forme définitive de ces cellules nerveuses.

Pour résoudre cette question nous avons étudié, par la méthode au nitrate d'argent réduit de Cajal après fiixation préalable dans l'alcool ammoniacal, le ganglion de Scarpa de

(i) Cajal : Asociadon del mctodo àcl nitraio de plata con d embricmario... Trabajos... Tome III, 1904.

Page 1