POUR AFFECTIONS MEDULLAIRES SPASMODIQUES
Obrervation I. — Marguerite B..., g 1/2 ans. Maladie de Little. L'enfant est une prématurée, née en état d'asphyxie à sept mois. Elle n'a commencé à parler que très tard et n'a essayé de marcher que vers 5 ans. Elle n'a jamais pu se tenir seule debout.
Lorsqu'elle entre à l'hôpital le 18 mai 1910, l'attention est attirée tout de suite par les membres inférieurs, dont tous les muscles sont contractures : les cuisses; accolées et en rotation interne, sont fléchies sur le bassin, les genoux en flexion se chevauchent, les pieds, dont les talons sont écartés, s'entrecroisent par leurs pointes ; l'ensemble donne aux membres inférieurs la forme en ciseaux. Quand l'enfant veut se mouvoir, ce qu'elle ne peut faire qu'à la condition d'être tenue sous les aisselles, elle déplace son bassin et traîne alternativement en arc de cercle l'un des pieds au-devant de l'autre, sans que jamais ceux-ci quittent le sol ; après quelques mètres, elle est prise de lassitude subite et refuse d'avancer. Comme elle ne peut se tenir seule dans la station verticale, elle tombe dès qu'on l'abandonne ; en outre, elle ne peut pas rester assise sur une chaise à dossier, parce que la demi- flexion spastique des cuisses sur le bassin fait glisser l'enfant du siège. Laissée à elle-même, elle demeure inerte ; on la trouve le plus souvent couchée, le tronc en travers du lit, les jambes pendantes et contracturées. La température des membres inférieurs est toujours au-dessous de la normale ; le pied et la partie inférieure de la jambe sont ordinairement violacés.
Les membres supérieurs sont presque indemnes ; la contracture n'y apparaît qu'à l'occasion des mouvements provoqués ; elle est très peu accentuée, rendant maladroits les mouvements délicats des doigts.
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La mimique faciale est légèrement grimaçante ; il n'y a pas de nystagmus ni de strabisme. Les muscles du cou ne sont pas contractures.
L'enfant est petite et maigre ; cette maigreur est surtout frappante aux membres inférieurs. L'intelligence paraît normale, mais la malade est colère, entêtée, extrêmement farouche. Tçus les réflexes tendineux sont exagérés ; on trouve le clonus du pied et le réflexe de Babinski. L'enfant est gâteuse et satisfait au lit tous ses besoins.
A la fin de mai, sous anesthésie chloroformique, après pétrissage des adducteurs, Tenfant fut immobilisée dans un grand plâtre de coxalgie double prenant depuis la ceinture jusqu'à la racine des orteils et corrigeant les attitudes vicieuses : les cuisses en abduction forcée, les genoux dans l'extension, les pieds à angle aigu sur la jambe (docteur O. Kaisin). Après six semaines, M. Kaisin remplaça ce grand appareil plâtré par deux plâtres plus courts laissant les hanches libres, mais maintenant les membres inférieurs dans Tentension. La nuit, on luttait contre l'adduction rebelle des cuisses en écartant les plâtres par une fourche métallique. Pendant la journée, la petite malade soutenue, s'accrochant aux lits ou s'appuyant à deux bâtons tenus très haut, pouvait péniblement avancer quelque peu dans la salle. A la levée des appareils plâtrés, le 20 août, les attitudes vicieuses étaient presque complètement corrigées, sans que Tenfant pût marcher ou se tenir debout seule ; après quelques jours, du reste, par suite de la persistance du spasme, les attitudes vicieuses réapparurent progressivement ; les contractures n'avaient pas cédé.
C'est contre celles-ci que je décidai de pratiquer l'opération de FoERSTER. M. Van Gehuchten, à qui je mpntrai la malade, me proposa de pratiquer l'intervention selon un plan conçu par lui et qui n'avait jamais été mis à exécution, à savoir : au lieu de porter sur les racines sensitives des nerfs de la queue de cheval, après dissociation d'avec la racine motrice avant la sortie de la dure mère au niveau des dernières vertèbres lombaires et des premières vertèbres sacrées, la section porterait sur les filets radiculaires postérieurs correspondants, contre la moelle épinière elle-même ; ce qui obligeait à pratiquer la laminectomie plus haut que dans l'opération de Foerster,