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PAR LE

Docteur S. J. DE LANGE.

QUELQUES REMARQUES A PROPOS DE L'ARTICLE DU PROFESSEUR A. VAN GEHUCHTEN.

En lisant l'article du professeur Van Gehuchten sur la terminaison centrale du nerf cochléa ire (i), je me suis rappelé les résultats que j'ai obtenus moi-même avec la méthode de Marchi chez le chat et chez le lapin. Mes recherches avaient pour but d'étudier les dégénérescences ascendantes après la section partielle de la moelle épinière. C'étaient surtout les fibres longues qui m'intéressaient. Les résultats de ces expériences seront publiés ailleurs. Seulement il me semble remarquable que, chez tous mes animaux opérés, on trouve des grains de Marchi dans la plupart des nerfs cérébraux. Cette dégénération ne se trouve pas seulement dans l'hypoglosse et dans le huitième nerf cérébral, mais aussi dans le septième^ le sixième, même dans le quatrième et le troisième nerf cérébral.

Van Gehuchten dit à la fin de son article que, chez les cobayes qu'il a opérés, « toutes les fibres radiculaires du nerf cochléaire se trouvent en dégénérescence et cependant il y avait intégrité absolue des fibres du corps trapézoïde et des fibres des stries médullaires. Nous devons donc admettre que chez le cobaye du moins : i<» toutes les fibres radiculaires du nerf cochléaire se terminent dans le noyau ventral et le tubercule latéral, 2** aucune de ces fibres n'entre directement ni dans les stries acoustiques, ni dans le corps trapézoïde. »

Ce n'est pas du tout mon intention de tâcher d'altérer ces conclusions que nous donne Van Gehuchten avec la netteté et la clarté admirables, qu'on trouve partout dans ses travaux, seulement il me semble qu'il n'a pas tout à fait le droit de dire que la dégénérescence dans les fibres du nerf facial, comme Tricomi-Allegra l'a vu, ne peut pas avoir d'autre origine que la lésion du nerf pendant l'opération. Selon l'idée de Van Gehuchten la dégénérescence dans le corps trapézoïde et dans les stries médullaires serait le résultat d'une

(i) Van GfiUUCHTEN : Le Névraxe, Vol. VIII, 1906.

s. J. DE LANGE.

lésion d'une partie du tronc cérébral, lésion déterminée par Tarrachement du nerf facial lui-même.

Je crois bien que, dans le cas auquel sa description se rapporte, on peut voir une lésion, due à l'arrachement du nerf facial et aussi d'une partie du tronc cérébral, mais on ne peut pas dire, à priori, qu'une dégénération des fibres du nerf cochléaire ne peut pas donner des grains de Marchi dans les fibres du nerf facial.

Nous avons vu une dégénération nette dans le nerf facial après la section du huitième et aussi après celle du cinquième

nerf cérébral, mais dans ces cas on peut encore supposer une lésion concomitante du nerf de la septième paire. Dans mes expériences sur les dégénérescences consécutives à la section partielle de la moelle épinière, une lésion du nerf facial due à l'intervention opératoire est impossible et malgré cela on trouve la dite dégénérescence.

La figure reproduite ici provient d'un chat, que j'ai opéré au niveau du septième segment de la moelle cervicale et tué quatorze jours après l'opération. Après fixation pendant trois semaines dans le liquide de MtJLLER, le névraxe a été

s. J. DE LANGE, $7

placé pendant trois semaines dans le mélange osmio-bichromique. Une série de coupes est faite de 25 ja d'épaisseur.

On voit la dégénérescence dans le corps trapézoïde, surtout près du raphé, dans le faisceau de Gowers, dans le vermis înferior du cervelet, dans le corps restiforme et dans les fascicules longitudinaux postérieurs, mais en outre dans le nerf facial, dans le nerf acoustique et le nerf abducens.

Pour expliquer ces faits il n'y a que deux alternatives possibles :

1° Ou bien il faut admettre que chaque faisceau centripète renferme quelques fibres très longues, qui entrent dans les nerfs cérébraux et qui y donnent une dégénérescence wallérienne après une section très éloignée.

2** Ou bien on peut supposer que la méthode de Marchi donne des résultats variables selon les circonstances de Topération, lage de Tanimal (mes chats étaient très jeunes), la perte de sang durant l'opération et tutti quanti.

Pour m'assurer que ce n^était pas le traitement du névraxe après la mort de l'animal qui est la cause de ces dégénérescences, j^ai traité le tronc cérébral d'un lapin normal avec la méthode de Marchi. Les coupes ne montrent aucune trace de dégénérescence, pas un seul grain, ni dans la moelle épinière, ni dans le cerveau.

Contre la variabilité je ne connais pas d'autre remède que les grandes séries d'opérations, comme Ta fait Tricomi- Allegra. Mon opinion est, qu'il y a un rapport direct où indirect entre les difiérents nerfs centripètes et centrifuges, que la plupart de ces communications sont indirectes, mais qu'on trouve indiscutablement des communications directes comme dans mes expériences.

Amsterdam, février 1907.

Réponse à M. de Lange

PAR

A. VAN GEHUGHTEN

REPONSE A M. DE LANGE (i).

La méthode de Marchi met en évidence les fibres nerveuses en dégénérescence active, c'est-à-dire celles dont la gaine de myéline a subi des modifications chimiques telles que, malgré une fixation préalable dans le bichromate de potassium, Tacide osmique colore encore en noir les amas de myéline provenant de la fragmentation de la gaine primitive alors que la myéline des fibres normales reste incolore. L'expérience a démontré que ces modifications ne surviennent dans la fibre nerveuse qu'après la suppression brusque de l'influence trophique que, dans les conditions normales, la cellule nerveuse exerce sur la fibre nerveuse. L'expérience a démontré encore que ces modifications régressives, connues sous le nom de dégénérescence secondaire ou wallérienne, surviennent toujours et d'une façon précoce dans les fibres du bout périphérique. Nos recherches expérimentales ont cependant démontré que, dans certaines circonstances données, ces mêmes modifications peuvent survenir dans les fibres du bout central. Il y a donc lieu de distinguer une dégénérescence wallérienne directe et une dégénérescence wallériefine indirecte. Mais, chose importante à faire ressortir, ces deux types de la dégénérescence secondaire ne dépassent jamais les limites anatomiques des neurones intéressés.

Dans certaines circonstances données cependant — notamment quand on opère sur des animaux nouveau-nés (méthode de vanGudden) — l'interruption du cylindre-axe d'un neurone peut faire sentir ses effets, au-delà des limites du neurone lésé, sur les neurones de second ordre avec lesquels la fibre lésée entre en connexion. Mais dans ces conditions les fibres nerveuses de ces neurones de second ordre ne présentent jamais de la dégénérescence active, susceptible d'être mise en évidence par la méthode de Marchi. Ces neurones de second ordre subissent une atrophie lente et progressive pouvant conduire à leur

(i) DE Lange : Quelques remarques à propos de fariicle du Prof, A. Van Gehuchten Le Névraxe. Vol. IX, fasc. x, p. 53, 1907.

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disparition complète. Il résulte de là que par la dégénérescence secondaire directe nous pouvons étudier le trajet du bout périphérique de toutes les fibres sectionnées, depuis le niveau où s'est faite la lésion jusqu'à la masse grise où les fibres trouvent leur terminaison ; de même que par la dégénérescence secondaire indirecte nous pouvons mettre en relief le trajet du bout central de ces mêmes fibres, depuis le point lésé jusqu'à la masse grise où ces fibres ont leurs cellules d'origine.

Ces faits sont à la base de toute étude anatomique faite au moyen de la méthode des dégénérescences secondaires.

Cela étant admis, examinons les deux alternatives formulées par DE Lange.

La seconde de ces alternatives, d'après laquelle la méthode de Marchi donnerait des résultats variables selon les circonstances de Topération, l'âge de l'animal, la perte de sang subie durant l'opération, etc., ne nous paraît pas admissible, au moins pour ce qui concerne les circonstances de l'opération.

Nous avons fait, depuis environ dix ans, des recherches nombreuses sur les dégénérescences secondaires après des lésions ayant porté sur les régions les plus diverses du névraxe ; toujours nous avons vu les mêmes lésions engendrer les mêmes dégénérescences et cela dans des conditions d'intervention opératoire éminement variables d'un animal à l'autre.

Pour ce qui concerne 1 âge de l'animal, nous devons être plus prudentç. de Lange avoue que les chats opérés par lui étaient très jeunes. Nous nous rappelons avoir arraché, il y a quelques années, le nerf sciatique d'un côté chez des chats âgés de 12 à i5 jours pour étudier, au moyen de la méthode de la dégénérescence secondaire indirecte, les connexions de ce nerf avec les colonnes cellulaires de la corne grise antérieure de la moelle. Les pièces traitées par la méthode de Marchi montraient de la dégénérescence secondaire, ou plutôt des boules de myéline colorées en noir par l'acide osmique, le long du trajet intraméduUaire des filets radiculaires antérieurs des deux côtés de la moelle, bien qu'il est établi que toutes les fibres motrices renfermées dans le nerf sciatique sont des fibres directes. On sait d'ailleurs, de par les recherches de Zappert (i)

il) Zappert : Ueher WurzddegcneraUonen im Rûchenmarh da Kindes. Obersteiner's Arbeiten Heft V, 1897. — Heû VU 1899»

RÉPDl^E A M. t)E LANGUE. 63

Thiemich (r), KiRCHGAESSER (2)et VON TiLiNG 13), que chez les enfants, pendant les deux premières années de la vie, la méthode de Marchi montre très fréquemment l'existence de boules noires non seulement dans le trajet intramédullaire des racines antérieures et postérieures des nerfs spinaux, mais aussi dans le trajet intracérébral de tous les nerls moteurs crâniens et même dans les faisceaux radiculaires du nerf acoustique. Ces boules noires sont considérées par les auteurs, tantôt comme la preuve d'une altération pathologique, tantôt comme l'expression d'un état physiologique particulier. Dans l'étude des dégénérescences secondaires au moyen de la méthode de Marchi il est donc prudent de n'avoir recours qu'à des animaux adultes. Or, les animaux opérés par Tricomi-Allegra, aussi bien que ceux qui ont servi à nos recherches, étaient adultes. Les résultats difiéfenta obtenus par Tricomi-Allegra et par nous ne peu* vent donc être attribués à l'âge de l'animal.

Reste alors la première alternative formulée par de Lange, c'est-à-dire « admettre que chaque faisceau centripète renferme quelques fibres plus longues qui entrent dans les nerfs cérébraux et qui y donnent une dégénérescence wallérienne après une section très éloignée ». Mais cette hypothèse de de Lange n'est pas admissible, parce qu'elle n'est pas la traduction fidèle et exacte des faits.

Il y a un principe qui doit servir de base à toutes no» rechercher expérimentales, c'est que le système nerveux central d'un animal donné est construit, dans ses grandes lignes, d'après un type absolument invariable (abstraction faite bie» entendu des anomalies). Nous pouvons et nous devons donc admettre qu'une section partielle ou complète de la moelle épinière faite à un niveau donné, chez im lapin par exemple, doit donner des dégénérescences secondaires ascenclantes et descendantes toujours les mêmes, quelque soit le nombre de

(i) Thibmich: UeberRiUk^nm4U'ksdegener4itioMenbHkrankmSdHglmgenMona^ schrift fur Psychiatrie und Neurologie. Bd. III. 1898.

(2) KiRCHGAESSER : Uâber das Verhalten der Ncrvcnwurzcln des Rûckcnmarks bei HimgâsckwuhUn und kachekHschen Zustànden. Deutsche Zeitschr. fîir Nervenheilkunde, Bd, XUI.

(3) VON TuLiNG : Ueher die mi Hûlfc der Marchifàthung nackweisharen Verànr dtrungen im Rùc}enmark von SdugUngen- Deutsche Zeitschr. fiir Nervenheil» kunde. Bd. XX. 1901.

64 A. VAN GEHUCHTEN.

lapins opérés et quelque soit le laboratoire où les recherches sont faites. Cela étant admis, l'hypothèse de de Lange tombe devant ce fait que, parmi les nombreux expérimentateurs qui ont étudié les dégénérescences consécutives à des lésions expérimentales de la moelle cervicale, aucun n'a observé, au moins à ma connaissance, les dégénérescences secondaires dans le corps trapézoïde, dans le nerf facial, dans le nerf acoustique et dans le nerf abducens signalées par de Lange.

D'ailleurs pour qu'une dégénérescence mise en évidence par la méthode de Marchi puisse avoir quelque valeur au point de vue de l'étude du trajet des voies nerveuses, il ne suffit pas de signaler l'existence de cette dégénérescences sur l'une ou l'autre coupe prise à une distance parfois considérable du point lésé. Il faut encore, il faut surtout que cette dégénérescence ait été poursuivie coupe par coupe depuis le point lésé jusqu'à l'endroit où on la signale. C'est cette circonstance qui rend l'étude des voies nerveuses par la méthode de Marchi si laborieuse. Pour l'étude des dégénérescence ascendantes dans un tronc cérébral provenant d'un animal ayant subi une lésion expérimentale dans la région cervicale, il ne suffit donc pas de prendre deux ou trois petits morceaux de ce tronc pour les traiter par la méthode de Marchi. Il faut prendre tout le tronc. Il faut le débiter en une série ininterrompue de coupes transversales, monter toutes ces coupes dans le baume, y suivre coupe par coupe la marche de la dégénérescence et ne considérer comme fibres dégénérées consécutivement à la lésion expérimentale que les seules fibres en dégénérescence que l'on peut poursuivre sans interruption à partir du point lésé. En opérant ainsi, nous n'avons jamais vu des fibres ascendantes d'origine médullaire pénétrer, comme fibres radiculaires, dans n'importe quel nerf crânien.

Si, chez Tun ou l'autre de nos animaux, nous avons observé quelques boules noires dans le nerf facial à sa sortie du tronc cérébral ou dans la partie extra- ou intra-mésencéphalique du nerf oculo-moteur commun, nous nous sommes bien gardé de considérer ces fibres en dégénérescence comme provenant de la moelle cervicale et cela parce que, dans nos coupes, ces fibres dégénérées n'avaient aucune connexion directe avec la partie lésée.

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