‹ Le Niger, voie ouverte à notre empire africainChapitre 11 sur 81 · NOS PILOTES · texte numérisé non relu

NOS PILOTES

pour sauver les embarcations, et si nous nous trouvions en péril, tous venaient à notre aide. Ces hommes modèles ne méritèrent jamais la moindre observation, le moindre reproche.

J'éprouvai un serrement de cœur en les quittant. Nous leur devions notre existence. Ils étaient venus à nous, désintéressés : en gens simples ne connaissant pas les satisfactions qui, chez nous, exaltent l'amour-propre et servent de récompense morale à nos actions.

Durant le cours de cette campagne toute pacifique, j'ai comparé leur bravoure avec celle de nos tirailleurs qui se distinguent au feu, et j'ai dû convenir qu'il y avait autant de courage chez les uns que chez les autres. Il faut de la crànerie pour affronter les balles ennemies; mais il faut aussi du calme et du sang-froid pour diriger une pirogue au milieu des eaux tumultueuses prêtes à vous engloutir.

Les indigènes qui prennent part à des missions comme la nôtre n'ont pas leurs noms inscrits à côté de ceux qu'exaltent les combats, aucun Livre d'Or n'existe pour eux. C'est pourquoi je suis heureux de pouvoir les citer ici et d'exprimer l'affectueuse sympathie que je leur ai gardée.

ciiapitim: ii

Ucbarijucment en racle de Fuicados. — Vo\age à I.agns et au Dahomey. — A la recherche d'un remoniueur. — Le porl de la Xiger Cuinpany à Lîouroutou. — La rivière Forcados et ses méandres. — En roule. — Nous arrivons sur le Niger. — Les trois bassins du Niger : le Konarra, lissa, le Djoliba.

LE 22 février de bon matin, sur la rade de Forcados, le travail de débarquement de tout notre matériel commençait à bord du Conseil, et nous procédions à la mise à l'eau de nos chalands en bois, qui étaient solidement arrimés sur le pont.

Dus l'aube, je partis en canot pour Bouroutou, le port que la Niger Company possède et qui est construit au fond de la rade. L'une de nos plus importantes préoccupations était de chercher un vapeur dont le tirant d'eau ne dépassât pas l^oO et qui fût capable de nous remorquer jusqu'à .Jcbba. Nous étions très vaguement fixés à ce sujet, je ne savais où m'adresscr. La Niger Company en possédait plusieurs, mais ses prix et ses tarifs ne seraient-ils pas excessifs? D'autre part, le département des Colonies devait faire à Lagos les recherches nécessaires; mais nous étions sans communications et sans courrier depuis notre départ de France, nous ne pouvions posséder aucun renseignement précis, à moins d'aller à Lagos.

M. Watts, agent général de la Niger Company, se trouvait alors en tournée sur le fleuve, ce qui ne simplifiait pas notre besogne, puisque, seul, il pouvait traiter avec nous. Je résolus donc d'aller à Lagos par le premier navire en partance, à la recherche de nouvelles. De Peyronnet m'accompagna. Pendant ce temps, suivant les ordres immédiatement donnés, le débar-

DEBARQUEMEyr EN RADE

quement continuait sous la diiection du lieutenant Anthoine.

Voyuge à Lagos. — Les navires qui font le service entre Forcados et Lagos s'appellent des brauch-boats autrement dit : bateaux de petite ligne. Ils calent environ S^ôo, portent 1 000 à 1 200 tonnes et prennent des passagers.

Les courriers, les navires de fort tonnage calant plus de douze pieds,

ne peuvent franchir la barre de Lagos, de sorte que toutes les marchandises à destination de cette colonie sont déchargées en rade de Forcados, sur des branch-boats, qui viennent en eau calme s'accoler aux flancs du paquebot. Forcados est donc en réalité le port commercial de Lagos, capitale du Yoruba.

Nous voici embarqués, le 25 février, sur le Dodo, l'un des sept ou huit branch-boats qui font le service Forcados-Lagos, irrégulièrement, mais fréquemment. Le Dodo nous porta au large de la barre de Forcados et vint mouiller à 200 mètres de YOron, un courrier de la compagnie Elder Dempster, qui rentrait en Europe en faisant escale à Lagos. Nous débarquons en surf-boat et grimpons sur YOron. La baleinière qui nous portait avait servi au transit de l'huile de palme; les ponchons (énormes barriques d'huile), s'étaient probablement ouverts, en sorte que le roulis, jetant les passagers les uns sur les autres, à la façon dont on triture une salade, nos vêtements et nos bagages n'attendaient plus que le vinaigre pour être tout à fait assaisonnés.

PONT SLR LA LAOL.NP:. A LAGOS.

LE .MGtn.

Le londnmoin de très bonne heure, nous étions en vue de Lagos : un branch-boat, VEko, sortit du port, franchit la barre et vint mouiller à faible distance du grand navire, puis nous

dûmes subir un nouveau transbordement aussi peu agréable que le premier.

La barre de Lagos est un canal peu profond, très variable, qui se déplace et se modifie tous les jours et qui forme un Z entre de longs bancs de sable; elle est une des plus dangereuses de la côte. Autrefois, on la franchissait en surf-boat, mais les sinistres furent tellement nombreux, que c'est un sport maintenant interdit. Le moindre coup de vent, la grosse houle de l'hivernage et les tornades empêchent le franchissement de la barre, retardent les courriers et déterminent ceux-ci à débarquer leur matériel eu rade de P'orcados.

Le 26 février, vers midi, nous entrions en rivière de Lagos. Le coup d'œil est joli. La ville, qui compte près de cent mille habitants, s'étend en longueur sur la rive gauche de l'estuaire de la rivière Ogoun, masquée très légèrement par la végétation dont se parent les quais de cette colonie. Flamboyants, cocotiers, palmiers, bananiers, laissent apparaître à travers leur feuillage des maisons assez coquettes, aux couleurs orientales, du sein desquelles émergent les tours des églises protestante.'?

AGI. s. I.A MOSQUllK,

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