ENCLAVE DE FORÇA DOS
Le Delta nigérien est un pays récent, c'est un amas de vase et de boue liquide sillonné de rigoles. Tous les bras du Niger, rivières de Brass, de Forcados, d'Escravos, etc., peuvent être considérés comme les rayons d'un secteur, et les criques comme
.MAGASINS UM. L E.NCLAVl': Dli iLlUCADOS CO.NSTliUlTS SUR PILOTIS AVEC DES PALÉTUVIERS.
des cercles concentriques, faisant communiquer les rayons entre eux. L'une de ces rigoles longe ia côte d'une manière continue, les navires à vapeur la suivent à partir d'Akassa jusqu'à la rivière Bénin.
La rade de Forcados est bordée d'une verdure épaisse, rideau impénétrable d'arbres qui poussent dans la vase. Ce sont des palétuviers d'une essence spéciale, qui portent le nom de « mangroves ». De leurs hautes branches tombent des lianes droites et verticales qui peu à peu descendent dans l'eau, prennent racine et donnent alors naissance à un nouveau mangrove; celui-ci s'élève et croît sur un échafaudage de racines tordues, mais sa tige monte verticalement cylindrique et régulière, des lianes tombent encore de son feuillage et reproduisent un autre spécimen, de sorte qu'en raison de cette reproduction incessante les cimes de ces arbres se trouvent sur
un plan incliné. Chaque année, le Niger vient déposer des terres sur ce delta, parmi les racines des mangroves qui les retiennent pour s'y développer. Il est probable que dans plusieurs siècles, le fleuve aura comblé ces vastes territoires pour les transformer en terrain résistant. La crue du Niger se fait sentir dans le rio Forcados; mais à proximité de la rade, elle surélève à peine le niveau de 50 centimètres.
La vase du Delta dégage une odeur particulière qu'on perçoit à 4 ou 5 milles au large; les caïmans, les serpents d'eau, des êtres immondes, des myriades de moustiques, des nuages de « sand-flies », petites mouches qui pénètrent les moustiquaires les plus serrées, grouillent et volent à proximité de nous.
Le 10 mars, le Liberty portant et remorquant la mission appareille définitivement, tout en circulant d'abord dans un dédale d'îlots et de criques. A mesure que nous avançons, la rive se relève, la terre habitable se dessine. Voici les premiers villages absolument semblables à ceux du bas Dahomey, cases rectangulaires et magasins où l'indigène travaille les amandes de palme pour en extraire l'huile.
M. Price nous apprend que sur la rive droite les indigènes sont de race Sobo, tandis que sur la rive gauche ce sont des Idjos, lisez idios, ce nom est sans doute une onomatopée. Ces naturels portent sur le corps des incisions nombreuses, qui simulent des dessins complets, colliers, ceintures, parfois môme des animaux ou des fleurs. Ces incisions sont faites à coups de canif, assez profonds pour atteindre le derme et pour provoquer de véritables larmes de chair. Les Anglais détestent les Sobos qu'ils considèrent comme paresseux, ivrognes, voleurs, menteurs et vindicatifs. Toutes les qualités, toute la lyre des vertus!
Voici les premières factoreries, Bagamba, Gana-Gana, Opocola, Egibiri, Patani, Abo. Toutes sont des comptoirs de la Niger Company, à l'exception de Gana-Gana qui comporte également une maison allemande en pleine prospérité. La rivière Forcados est très pittoresque, une végétation superbe l'enserre de tous côtés et lui donne un aspect uniforme et triste