‹ Le Niger, voie ouverte à notre empire africainChapitre 17 sur 81 · LES TROIS BASSINS DU NIGER · texte numérisé non relu

LES TROIS BASSINS DU NIGER

la berge, l'atmosphère est plus étouffante, les collines se rapprochent du fleuve et l'enserrent, projetant dans son lit les roches de leur infrastructure, les rapides se dessinent. A mesure qu'on descend vers Boussa, les écueils deviennent plus menaçants, les cascades plus nombreuses, les tourbillons plus dangereux. L'homme qui franchit ces obstacles s'inquiète et se défend. Ses regards, sans cesse tendus comme sa pensée vers les difficultés qui le menacent, cherchent à distinguer les passes. D'une main vigoureuse il réagit de la pagaie ou de la perche pour éviter les roches, sa marche n'est plus rythmée parce que les fonds changent et que les courants varient; il ne chante plus comme sur le Dioliba, sa chanson meurt, sa gorge s'étreint : le Niger seul élève la voix et remplit ces solitudes de ses mugissements et de son vacarme.

Voilà le Niger difficile : la rude vallée du Kouarra des Aoussas forme ainsi un contraste saisissant avec la paisible vallée du Djoliba. Là-bas du soleil, de la lumière, une onde limpide et calme, des campagnes larges à perte de vue ; ici des horizons bornés par une verdure épaisse qui rend la berge inaccessible, des courants violents, des ondes agitées, des cascades qui bruissent, des trombes qui rugissent, et partout des rochers et des collines qui surplombent.

Sur le Djoliba, c'est le travail facile avec un fleuve sans embûches; sur le Kouarra jusqu'à Jcbba, c'est la lutte opiniâtre contre les rapides.

Mais plus bas, à faible distance de ces passages si difficiles et si rudes, le Niger s'étale et s'élargit. Ce beau fleuve redevient calme pendant 1200 kilomètres jusqu'à la mer, la navigation reprend avec intensité, des vapeurs grands et petits circulent à toute vitesse. La civilisation européenne a pénétré ces rivages, son activité se manil'este avec énergie : des factoreries, des camps et des cités embryonnaires s'élèvent en maints endroits. L'indigène stupéfait et rebelle à tout travail se voit entraîné dans cette lutte pour la vie. Il a compris enfin le lien intime qui relie les produits du sol à son bien-être personnel, et lui-même,

il cultive et récolte pour déverser ses produits dans les maisons de commerce.

Tel est le Niger, tels sont les trois fleuves qui le composent.

Le lecteur nous a suivis jusqu'à notre sortie de la rivière Forcados, il a pu se rendre compte de la route qu'il nous reste à faire; nous allons maintenant étudier avec lui cette belle artère fluviale, en lui faisant part de toutes nos difficultés, de toutes nos péripéties, en lui montrant sous tous leurs aspects» ces trois fragments de l'immense vallée qui s'appellent : I\ouarra, Issa, Dioliba.

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