CHAPITRE III
l'ontée du Niger. — Les factoreries anglaises. — Onitcha. — Lokodja. — Le confluent du .Niger et de la Bénoué. — Eggan. — Rabba. — Le plateau nigéri-n. — Arrivée à Jebba. — Sir Frédérik Lugard. — Le camp des Anglaisa Jebba. — Débaniuenient. — Le Djou-Djou. — Le Niger en amont de Jebba. — Nous arrivons à l'enclave de Badjibo-Arenberg. — Le roi Madibo. — Oi-ganisation de l'enclave. — Départ pour les rapides. — Maladie de Suleyman. — Rapide de Léaba. — La mission arrive à Ourou.
LE Liberty ayant à bord la mission et traînant nos bateaux en remorque, quittait la rivière Forcados le 11 mars, à deux heures de l'après-midi. Nous commencions la montée du Niger. A peine sortis du delta, nous pénétrons dans le Kouarra; les rives sont bordées de grandes forêts touffues, enchevêtrées de lianes, qui leur donnent l'aspect d'une coiffure mal soignée. Nous rencontrons au débouché des clairières cinq grandes factoreries anglaises, allemandes et hollandaises; celle d'Akra surtout est merveilleusement tracée, on a planté là près de deux cent mille palmiers en quinconce qui ont un rendement considérable.
Le Niger est large. A chaque inflexion du fleuve, nous retrouvons des bancs de sable très fin qui se déplacent, s'allongent ou s'élargissent chaque année sous l'influence de la crue et de ses apports. Nous défilons devant des villages aux cases rectangulaires, entourées de murs en paille tressée recouverte de quelques poignées de boue, habitations misérables qui contrastent avec les cases si propres et si bien faites des Pouls du Moyen Niger que j'ai vues dans mes précédents voyages.
Le 14 mars, le caoitaine du Liberty, Master Priée, nous signale
LE NIGHR.
Aboutchi, factorerie de la Niger Company; mais les bancs de sable nous gênent à tel point que nous mettons plus d'une heure pour trouver le chenal et pour accoster. Les pavillons sont en berne : l'un des employés de la Niger Company vient de mourir d'une crise bilieuse hématurique; il est passé de vie à trépas seul, et sans secours, sur la pirogue avec laquelle il descendait de Lokodja. Nous descendons à terre pour porter notre courrier à la poste et pour visiter l'établissement.
Toutes les maisons sont, ainsi que les magasins, d'un type uniforme. Construction démontable en bois et fer recouverte en tôle zinguée; au rez-de-chaussée un hall très aéré qui sert au transit; à l'étage un appartement confortable entouré de larges vérandas complètement abritées du soleil : c'est évidemment ce qu'on peut faire de mieux comme installations provisoires; d'ailleurs les habitations du Gouvernement anglais sont en tous points semblables à celles des factoreries.
A quelques kilomètres en amont, nous stoppons à la factorerie d'Onitcha. Les rives sont à pic, une chaîne de petites collines que nous apercevons depuis l'aube se rapproche brusquement du Kouarra; des roches énormes, hautes de 30 à 40 mètres^ surplombent le fleuve qui coule vite à leur pied. Nous embarquons un pilote qui doit nous conduire à Lokodja; les indigènes, de son métier, connaissent la route à merveille et savent diriger les bateaux dans un dédale d'îlots et de bancs de sable en luttant contre un fort courant.
La mission arrive à Lokodja. — Sur environ 100 kilomètres de son parcours en aval de Lokodja, le Niger circule entre des collines rocheuses qui s'élèvent graduellement; des blocs de granitoïde rose commencent à saillir de tous côtés, leurs pointes émergent, la navigation devient difficile. L'aspect de toute la région est celui de la tristesse et de l'aridité. Les villages sont rares, les cultures nulles.
Le 16 mars nous arrivons à Lokodja. Le Liberly vient accoster en face des docks de la Niger Company, qui possède en ce point une installation confortable et prospère. Lokodja est un grand