‹ Le Niger, voie ouverte à notre empire africainChapitre 32 sur 81 · NOUS PERDONS NOS BAGAGES · texte numérisé non relu

NOUS PERDONS NOS BAGAGES

entre deux îlots, et c'est en vain que nous essayons de franchir la passe; chaque fois que nous atteignons le sommet de la cascade, il faut redescendre plus vite que nous ne le voulons; je donne donc l'ordre de stopper. La méthode qui consiste à marcher sans trêve de six heures du matin à six heures du soir et à ne prendre de nourriture qu'à ces heures extrêmes, ne donne pas les excellents résultats d'une forte étape avec repos de trois heures, et repas bien préparé et pris à l'ombre. Mes hommes débarquent donc les marmites sur le sable ; mais aussitôt restaurés, ils demandent à partir, afin d'arriver de bonne heure au campement de Patassi. Avec le repas, les forces leur sont revenues. En un clin d'œil, nous franchissons l'obstacle devant lequel nous avons échoué cinq ou six fois de suite. Ce petit marigot que l'on trouve sur la rive gauche, en aval de Patassi, n'étant pas très praticable pour de grosses embarcations comme les nôtres, nous dûmes chercher la route en nous aidant du câble. Malheureusement, celui-ci, coupé par les rochers, se rompit, et notre chaland partit à la renverse. Nous perdîmes là, non seulement une partie de nos effets, ce qui n'est pas extrêmement regrettable, mais aussi une ample quantité de vivres et de provisions qui nous firent défaut quelques jours plus tard. De Peyronnet, remis de son émotion, regarda de l'œil marri d'un chef de popote accompli la cage en vannerie qui roulait dans les flots, avec les misérables poulets que nous avions eu tant de mal à nous procurer.

A trois heures de l'après-midi, nous quittons ce petit marigot, pour déboucher dans le grand bras. Devant nous se dessine une île longue de 3 kilomètres, séparée de l'île de Patassi par un rapide extrêmement étroit et tourmenté; de l'autre côté, tout à fait sur la rive droite, le Niger franchit une série de barrières et de chutes. Nous atterrissons au débarcadère sud. Les chalands viennent accoster la rive, puis nous les déchargeons à nouveau de moitié parce qu'il est impossible de leur faire escalader tous ces obstacles à pleine charge. Pendant ce temps, nous allons au village prendre contact avec les indigènes qui

LE MGi:il.

se montrent d'une complaisance relative. Le vieux roi de Patassi, qui possède le nom gracieux de « Ténia », n'a plus sur eux la moindre influence, et, malgré son désir de nous être agréable, nous trouvons difficilement des guides, des porteurs et surtout des vivres; les indigènes prétendent qu'ils n'en ont pas, et cependant nous entendons très distinctement le bêlement des chèvres et des moutons que l'on vient d'enfermerdans les cases. Il nous faut beaucoup d'astuce pour nous procurer ce qui nous est nécessaire. Le noir est ami de la patience, mais il ne connaît pas la ténacité; de sorte qu'en s'armant de l'une et de l'autre, on obtient presque toujours de lui ce que l'on désire. Malheureusement, nous arrivons au milieu d'une affreuse disette qui règne tout le long du fleuve; la crue de l'année précédente (1900) ayant surpassé de 2 mètres l'étiage maximum annuel, le fleuve a tout arraché sur son passage, les récoltes ont été perdues, plusieurs villages ont été noyés et emportés; aussi éprouvons-nous des difficultés énormes pour le ravitaillement journalier de nos laptots; nous payons tout à des prix excessifs.

Le 10 avril, à six heures du matin, de Peyronnet et moi, nous nous embarquons pour aller à la découverte et chercher la route la moins difficile. Le rapide de Patassi diffère totalement de celui d'Ourou. Ici le Niger se divise en trois bras dont le plus grand a 200 mètres de largeur et n'est mauvais que sur environ 400 mètres de son parcours. A la descente, suivre le grand bras équivaudrait à un suicide; mais, à la montée, c'est encore celui qui nous paraît le meilleur.

Nous partons donc avec le C 15, à l'assaut du grand bras. La rive gauche est dénudée, ce qui pourrait permettre aux hommes de grimper sur la berge, pour haler les chalands à l'époque des hautes eaux. Nous longeons l'île qui nous sépare du bras central en la conservant toujours à notre gauche. Le fleuve ne paraît pas très mauvais; nous avançons donc rapidement et tournons sans difficulté, mais bientôt de vrais escaliers se dressent devant nous. C'est une série de grandes marches

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