COMMENT ON TRAVERSE LE GRAND BRAS
LE CONVOI, QUI VIENT DE PASSER UNE NUIT SOUS LA TORNADE AU MILIEU DU RAPIDE DE GARAFIRI, SE DISPOSE A FRANCHIR LES DERNIERES CHUTES.
cile : cela dépend de l'intensité de la crue qui submerge ou découvre les rochers ^
Le point délicat de l'ascension est la double traversée du grand bras. En partant de Garafiri il faut monter en longeant les îles de la rive droite, puis, lorsqu'on arrive à proximité des chutes, s'abriter derrière les rochers pour donner aux équipages le temps de reprendre haleine. La largeur du fleuve à hauteur de cette poche est d'environ 700 mètres; la vitesse du courant forme de grosses vagues, le rapide est houleux comme la mer; en aval, des bancs de roches émergeantes sont recouverts d'écume. Il s'agit pourtant de traverser. Aussitôt, les piroguiers se mettent à leurs postes respectifs, les avirons sont armés, on pousse l'embarcation au large, le bec vers l'amont;
1. Nous avons fait une carte du rapide indiquant les routes à suivie aux diverses époques de l'année.
LE NIGhR.
le courant la saisit et la retourne de bout en bout en un clin d'œil. Elle part comme une flèche en plein courant, elle dérive d'un kilomètre, on pourrait croire qu'elle va se briser; mais, habilement conduite, elle est happée par un contre-courant qui lui fait remonter le rapide à une vitesse de 12 ou 15 kilomètres et la pousse vers la rive gauche.
Nous nous engageons ensuite dans un massif d'ilôts. Le convoi campe sur l'un d'eux; puis le lendemain il faut retraverser le grand bras dans un courant fou, qui fait pencher les embarcations d'une manière inquiétante. Nous rejoignons ainsi le marigot sinueux par lequel nous grimpons pour aboutir dans la cuvette granitique.
Nous sommes sauvés : nous avons franchi le rapide, sans perdre un homme, sans crever un chaland. Tout cela paraît fantastique la première fois qu'on le fait; mais la nature humaine s'habitue au danger, aux routes, aux rapides, aux chutes, aux cascades. Certes il n'y a rien de plus effrayant qu'une masse d'eau qui menace de vous engloutir; pourtant, on finit par s'aguerrir pour peu qu'on connaisse les passes et la manœuvre, et qu'on possède des cordelles solides avec des embarcations pontées. Aussi arrive-t-on bientôt à franchir un rapide avec le plus grand calme, quoique avec émotion; cela devient un exercice, dangereux c'est vrai, mais dont on peut, avec quelque habileté, se tirer sans accidents.
Les chalands du premier convoi sont donc arrivés au sommet du rapide, mais il n'en est pas de même des caisses qui restent en grand nombre à Garafiri; nous devons, en conséquence, retourner à notre campement sous l'orme nigérien pour surveiller les porteurs. La chaleur est étouffante depuis deux jours ; une violente tornade se déchaîne. Il nous faut, en toute hâte, recouvrir et sauver les objets qui craignent l'humidité.
C'est à Garafiri que j'ai reçu la visite de Kantama, ex-roi de Oua-Oua, détrôné par les Anglais. Ce prince fugitif est traqué de toutes parts ; il est sorti de la forêt pour me voir et m'exposer sa situation. C'est un homme jeune, à la figure énergique et
Echelle à looo iôoô 3000 Mètres
Gamfin
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