‹ Le Niger, voie ouverte à notre empire africainChapitre 36 sur 81 · VILLAGE DE MALALI AU SOMMET DU RAPIDE DE OARAFIRI · texte numérisé non relu

VILLAGE DE MALALI AU SOMMET DU RAPIDE DE OARAFIRI

fière, un bariba guerrier qui combattit autrefois sous nos ordres et que Vermeersch avait intronisé. Malheureusement mes attributions ne m'autorisent pas à autre chose qu'à lui donner quelque argent et des étoffes. J'ai conservé un touchant souvenir de cette physionomie sympathique, sur laquelle le malheur et les privations ont laissé des traces ineffaçables.

Avec beaucoup de bonne volonté, les braves gens de Garafiri s'acquittent de leur besogne. Toutefois, les hommes adultes ne se dérangent pas pour nous aider; chaque matin, nous les voyons partir pour la chasse, armés de flèches et suivis de lévriers d'assez forte taille. Ce sont les femmes qui transportent nos caisses; elles s'en vont en file indienne avec un enfant à cheval sur les reins et enveloppé dans leur pagne, tout en ayant sur la tête une grande calebasse dans laquelle se trouve le fardeau.

LE NIGlill.

Le 18 avril à midi, nous rassemblons nos dernières caisses à Malali. Le dernier grand rapide est franchi.

Le roi de Boussa. — Kissalé Dogo, roi de Boussa, qui vient de recevoir une caisse pleine de cadeaux en échange de ses bœufs et de ses moutons, ainsi que deux tonnelets que je lui envoie de la part de son ami Toutée, me fait avertir qu'il vient au-devant de moi par la route; mais Sa Majesté, prise d'un mal subit, est restée à l'ombre d'un grand arbre, incapable de faire un pas de plus. Nous allons à sa rencontre, et le trouvons étendu sur des nattes, sous un vaste parasol que l'un de nos devanciers lui donna pour s'abriter. Ses griots l'éventent, la cour est consternée. Nous cherchons en vain le moyen de le secourir, ne sachant aucunement le mal dont il souffre. François interroge les intimes, tous baissent la tête et restent muets, les lèvres figées, sans manifester néanmoins une très grande émotion ; bientôt cependant Kissalé Dogo recouvre ses sens, il déclare que ses forces l'ont trahi. Nous ne tardons pas à deviner quel est le remède nécessaire : Sa Majesté vient tout simplement de s'enivrer abominablement en absorbant quelque gin plus ou moins frelaté. Le soleil aidant, le pauvre homme s'est trouvé indisposé, ce qui se conçoit aisément. Nous lui donnons d'abord un verre d'eau additionné de quelques gouttes d'ammoniaque, pour lui permettre de remonter à cheval et de venir palabrer avec nous sous de grands arbres au bord du Niger.

Kissalé Dogo a soixante-dix ans; c'est un grand vieillard très onctueux, sa physionomie ne respire ni franchise, ni bonté. Elle est plutôt empreinte d'une énergie farouche et le poids des ans s'est imprimé dans ses traits fatigués. Sa famille meurt avec lui, car malgré ses trois cents femmes et ses quatre-vingts enfants, il n'a pu se réserver un héritier capable de porter le sceptre, de sorte que la couronne de Boussa va passer sur la tète de son neveu. Les rois et la plupart des gens de Boussa sont de race aoussa. Ils descendent d'aventuriers et d'écumeurs de fleuve, qui vinrent un jour se fixer sur la rive droite du Niger.

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