‹ Le Niger, voie ouverte à notre empire africainChapitre 37 sur 81 · LE ROI DE BOUSSA · texte numérisé non relu

LE ROI DE BOUSSA

On m'a confié que les rites interdisaient au souverain de naviguer sur le fleuve. Je n'en crois rien. Je suppose plutôt que c'est une excellente histoire inventée par les indigènes, pour légitimer le refus persistant que Kissalé Dogo oppose aux demandes ininterrompues des officiers anglais qui l'appellent à Yelloua, afin d'y rendre compte de ses effectifs et de ses richesses en vue du recensement et de l'impôt.

Après une heure d'entretien, très cordial d'ailleurs, le roi de Boussa précédé de ses trompettes, abrité de son parasol, enfourchait un fort joli cheval caparaçonné de cuir écarlate, agrémenté de grelots en tôle de boîtes de conserves, et prenait congé de nous pour réintégrer ses pénates, nous invitant d'ailleurs à goûter les douceurs de son hospitalité. D'autre part, le convoi se remettait en route avec la perspective pour les laptots d'un repos de deux jours à Boussa.

Nous commencions tous à ressentir les effets de la fatigue; les effluves du soleil ardent qui nous accablait sans trêve du matin au soir, et la perte de nos vivres dans le rapide de Patassi, nécessitaient un moment de calme, de repos et de bienêtre. Mais la satisfaction du devoir accompli, la joie que nous éprouvions à !;• pensée de notrj :^éussite et des heureuses conséquences qui devaient en rcrfilier pour nos camarades du 3e territoire militaire, tout cela nous faisait oublier les privations et nous baissait hea: eux.

En dépassant l'ile de Mr.Idli, nous trouvâmes sur notre route le rapide de Lala qui nocs retint deux heures pour dégager un chaland pris par la pointe et l'arrière, entre deux roches, menaçant de se renverser sous l'influence du courant. Cependant, à six heures du soir, la petite flottille s'amarrait sur la berge à Boussa, et les équipages, exténués de fatigue, s'allongèrent sur des couvertures pour dormir sans interruption jusqu'au lendemain.

Bien que nous fussions annoncés depuis longtemps, les indigènes de Bonssa se tinrent cachés le premier jour de notre arrivée : les femmes restaient dans les cases, le marclié fut

désert. Ces braves gens sont habitués au va-et-vient fréquent des tirailleurs anglais, qui font leurs achats à coups de trique. Rien ne leur indianait en effet nue mes hommes n'eussent pas

recours au même procédé; mais, le second jour, les choses changèrent.

Nous avions tous fait plusieurs emplettes contre espèces sonnantes; les laptots qui se montraient disciplinés n'exercèrent pas la moindre violence, en sorte que commerçants et vendeuses finirent par s'accoutumer à nos façons.

Le marabout, accompagné de sa suite, vint en grande pompe nous rendre visite; je lui fis don de papier, d'encre et de plumes, afin qu'il lût en mesure de vendre et de propager le formulaire habituel de sa religion. En guise de remerciement, le brave homme nous débita des prières destinées à attirer la bénédiction d'Allah sur nos porte-monnaie dont les mécanismes lui semblaient d'un fonctionnement des plus curieux et dos plus favorables à ses désirs.

Les gens de Boussa commencent à se convertir à l'islam, ils sont beaucoup moins « marabout-cognac » que les nupés de Badjibo; mais cependant ils sont encore loin d'avoir le fanatisme et la soumission au rite tels qu'on les observe au S(vadan et sur le moyen Niger.

SILA (TVPE S.iRACOLlij ET SO.I tl'OLbK UOL'bS.\.

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