LES RIVERAINS DE KOUARRA
PIROGUIERS DIS BOUSSA, AU MILIEU SE TROUVE CELUI QUE NOUS AVONS SURNOMME « LA PANTHÈRB ».
Le type vrai de ces indigènes est le Aor.ssa, au front large et bas, au crâne pointu, aux pommettes saillantes, à la physionomie farouche, énergique et cruelle à la fois. C'est un gaillard solidement musclé avec des mains et des pieds massifs.
Le Aoussa est commerçant, cultivateur et industrieux; il fait des étapes incroyables pour venir échanger ses produits sur le fleuve, pour s'en retourner avec des kolas et des perles qu'il revend dix fois ce qu'il les a payées; tous ceux que les Européens ont enrôlés comme tirailleurs se sont montrés d'excellents soldats ; c'est duac une race intéressante, qui dissimule de réelles qualités sous une laideur que les femmes possèdent au plus haut degré. Leurs mœurs sont généralement pacifiques; ils se marient de la même façon que les races du Soudan, en payant la dot de leur femme après entente avec le chef de famille. La femme est là, plus que partout ailleurs, un être passif, soumis
à la volonté des siens, pour devenir ensuite la bête de somme de la maison.
La langue aoussa constitue l'un des plus intéressants dialectes du Soudan; des règles invariables, des formules grammaticales en régissent le sens. Les officiers qui l'ont soigneusement apprise déclarent qu'ils ont puisé dans cette étude un intérêt spécial et des satisfactions réelles; la prononciation est en effet harmonieuse et douce, les voyelles prédominent comme dans la langue italienne; c'est une langue qui ne choque pas l'oreille et dont les tournures de phrases sont parfois gracieuses et poétiques.
L'Afrique est décidément un pays mystérieux. Plus nous y pénétrons, plus nous sentons le besoin de la mieux connaître : c'est par un contact intime avec les races africaines que nous arriverons à coloniser, et surtout à récolter le prix de nos efforts et de nos sacrifices.