‹ Le Niger, voie ouverte à notre empire africainChapitre 39 sur 81 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Séjour à Boussa: départ. — Les Goungaouas. ^ Rapides de Tsoulou et Sakassi. — En fleuve calme. — Séjour à (juiris. — Nous rencontrons le capitaine Keyes. — Gaya. — Cruelle désillusion. — En route pour Niamé.

L'agglomération que l'on désigne sous le nom de Boussa, se compose en réalité de sept villages, dont un, le village royal, est presque uniquement occupé par Kissalé Dogo, sa famille, ses nobles et ses domestiques. En ce point, le fleuve est divisé en trois bras, par de longues rangées d'ilôts rocheux entre lesquels règne un courant très rapide; en face, sur la rive gauche, les montagnes ravinées sont rapprochées de la berge sur laquelle il n'existe ni cultures, ni productions naturelles. Les hauteurs de la rive droite, au contraire, s'éloignent du Niger et permettent certains travaux aux indigènes de Boussa.

Le palais du roi se compose d'une trentaine de grandes cases entourées d'une enceinte en terre; la porte d'entrée donne accès dans une vaste cour ronde; l'huis est sculpté; des caïmans et des rosaces ornent les panneaux des portes. Ces bas-reliefs qui dénotent quelque velléité artistique sont l'œuvre des sculpteurs aoussas.

Le roi nous reçoit dans une courette ombragée, située entre les cases de ses femmes. Il est accroupi sur des peaux de chèvre, accoudé sur des coussins en cuir; de vieilles femmes, très laides, aux mamelles plates et tombantes, au chef rasé, lui tiennent compagnie ; des notables crasseux se tiennent de chaque côté de la cour.

Le griot du roi pousse des cris; je distingue à peine ce qu'il

LES ORIOTS DU ROI DE BOUSSA, CELUI DE GAVCHE ETAIT U.N KMISSAIIiL DU SULTAN

DE KANEM.

veut dire; seuls les mots : « Serki N'Boussa » et « Ba-Touré » (le roi de Boussa et le chef blanc) frappent mon oreille. François m'apprend qu'il annonce à l'entourage que nous sommes en bonnes relations.

Les riverains, depuis Badjibo jusqu'à Ilo, me connaissent sous le nom de Ba-Touré. Les noirs sont très forts pour donner des sobriquets. Mais comme, dans la mission, nos physionomies et nos allures n'ont rien de bien particulier en eKes-mêmes nous n'avons pas mérité de dénominations spéciales. Je suis simplement le chef blanc. Et quand je dis blanc, je me vante, car nous étions tous tellement grillés et rôtis par le soleil, qu'il m'est arrivé, certain jour, ayant endossé le costume indigène, de passer à côté de plusieurs noirs qui ne me dévisageaient même pas, me prenant pour un des leurs.

Kissalé Dogo nous demande de lui faire entendre les chants

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