‹ Le Niger, voie ouverte à notre empire africainChapitre 42 sur 81 · LES SALUTATIONS INDIGÈNES · texte numérisé non relu

LES SALUTATIONS INDIGÈNES

{urne soient pour eux la source d'une profonde humiliation. Je fis donc cadeau à chaque homme de plusieurs coudées de grosse toile bleue, très résistante, ce qui leur permit d'effacer des rochers le réparable outrage.

Les Goungaouas. — Le roi de Boussa exerce son influence, tout le long de la rive droite du fleuve, jusqu'à Ilo. Le type Nupé pur a disparu : nous sommes chez les Goungaouas, croisements de Kambaris, de Boussaouas et de Nupés, quelquefois même de Baribas. Ce sont de véritables brutes, excellents pirogiiers, il est vrai, mais d'une stupidité qui dépasse tout ce que l'on peut imaginer.

Ils ont une manière originale de se saluer. Quand deux individus de la même famille ou du même cercle de relations se rencontrent, ils se dépassent comme s'ils ne s'étaient jamais vus; puis, à 10 mètres l'un de l'autre, ils s'agenouillent le dos tourné, la face contre terre, dans le sens de leur route respective; c'est alors seulement que la conversation commence : « Bonjour, où vas-tu? comment va ton père? ta mère? ton frère? ta vache? ta brebis? etc. » Une fois renseignés, ils se relèvent, se disent au revoir en se frappant la poitrine du bout des doigts et reprennent leur marche, comme s'ils étaient étrangers l'un à l'autre. Lorsqu'un indigène vient saluer le roi ou le chef du village, il se prosterne la face contre terre en se saupoudrant les cheveux avec de la poussière, après quoi il sei-re la main inerte et molle que lui tend le personnage vénéré.

C'est à Gané-Kassaï que nous observons, pour la seconde fois, la petite mouche que les Anglais appellent « Sand-fly » ; elle n'a pas un demi-millimètre de longueur, pénètre les moustiquaires les plus serrées et dépose sous l'épiderme un venin qui produit des cloques et des démangeaisons très douloureuses.

Le 22 avril, nous quittons Gané-Kassaï. Un peu au-delà de ce point, le fleuve se divise en deux bras, qui contournent une île d'environ 80 kilomètres de longueur et dont la pointe nord est au village d'Ilékou. Le bras de droite est mauvais, le bras de gauche est facile; c'est par cette dernière route que le convoi s'engage,

LE MGhR.

Voici Ouarra qui se compose de sept ou huit villages; mon chaland stoppe pour embarquer des vivres et des moutons. Nous couchons, le soir, à 4 kilomètres en amont de Zoupaméni. Ce village est des plus curieux. Les cases sont construites en pisé; un enchevêtrement de morceaux de bois, recouverts de terre, forme le plancher de la maison, et tout l'ensemble repose sur des pierres plates et verticales faisant saillie, de 40 à 50 centimètres au-dessus du sol, dans lequel elles sont enfoncées à coups de masse. Une porte demi-circulaire de 75 centimètres de rayon permet aux habitants de se glisser dans leurs demeures. Toute la journée, quelle que soit la saison, l'indigène entretient constamment du feu dans sa case; puis le soir, à la nuit tombante, il retire les cendres et se couche, en tirant derrière lui un panneau de paille tressée. Toutes ces précautions-là sont nécessaires pour dormir à l'abri des moustiques et des mouches.

Rapides de Tsoulou. — Le 24 avril, nous retrouvons un fleuve difficile, des rochers et des courants vifs. Nous longeons le grand village d'Otonou, qui s'étend sur 2 kilomètres de la berge, dans une île étroite et marécageuse; c'est l'un des plus grands centres du pays; tous les mercredis, les Kambaris y tiennent un important marché de riz, de bétail, de kolas, d'oignons, etc., apportés de divers points du territoire.

Une tornade d'une violence inouïe, qui a éclaté sur nous la veille, est heureusement suivie d'un fraîcheur bienfaisante, et une brise agréable nous remet des ardeurs du soleil. Ali Arouna, mon ordonnance, est enchanté, parce qu'il pense bien dormir et réparer le sommeil agité de la nuit précédente. « Si y en a beaucoup ouane (vent), me dit-il, les moustiques fiche-moi le camp. »

Vers onze heures du matin, nous arrivons dans les rapides de Tsoulou. Il y a au moins vingt-cinq villages qui portent ce nom et qui, situés dans les iles innombrables que forme le Niger sur un parcours de 15 kilomètres, sont entourés des plus riches cultures. Il faut dire que nous sommes dans une région d'influence peule. Tous les chefs de village sont descendants de Peuls ou de Aoussas croisés de Foulanis. A deux heures, nous

RAPIDES DE YOUARIE.

franchissons deux petits rapides. Les bras du Niger sont fort étroits, mais le pays est charmant, les îles sont vertes, les rôniers^ (les palmiers du Soudan) font leur apparition. Sur les deux rives, la vallée s'arrête au pied de montagnes rouges dépourvues de toute végétation et qui ne montrent que des rochers grillés par le soleil. Ici le convoi n'avance plus qu'avec peine, nous sommes au confluent de trois bras qui se séparent et se rejoignent de nouveau en formant un système hydrographique des plus compliqués.

Les rapides de Yaourie ou plutôt de Tsoulou se composent uniquement d'une série de cascades. La plus forte est une chute de 80 centimètres environ, dont le franchissement nous demanda une journée complète d'efforts et de travail. Dans tous les autres bras du rapide, l'obstacle se compose d'une chute unique.

Les laptots commencent à se lasser des rapides, les Sénégalais surtout. Ces noirs, électeurs en heibe, sont beaucoup moins énergiques, résistants et courageux que les Somonos* du Niger. Leur patience fut, d'ailleurs, durement mise à l'épreuve, car le lendemain nous eûmes encore à franchir les rapides de Zamaré, sur lesquels Toutée s'était échoué lors de sa première descente du Niger. Les difficultés de la navigation se répètent sans interruption jusqu'à Yelloua. Et il n'y aurait rien

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