L'HUITRE ET LES PLAIDEURS
KAMBAHIS DOTONOU, PIROGUIERS DES RAPIDES DE YAOUHIE.
gouvernement local au serki de Yelloua, avec défense expresse d'exercer aucun droit de passage et de circulation sur le fleuve; en fin de compte, les Anglais, toujours pratiques, perçoivent l'impôt, mangent l'huitre et laissent les coquilles aux deux chefs indigènes....
Séjour à Yelloua. — Le 26, à onze heures du matin, nous arrivons à Yelloua. Le fleuve est calme, nous suivons une échancrure de la rive, les chalands marchent en ordre parfait à 15 ou 20 mètres les uns des autres. C'est un spectacle fort intéressant que celui des deux cents bambous de nos pagayeurs qui, à intervalles réguliers tout le long du convoi, s'élèvent et plongent avec ensemble dans les eaux.
La population se presse au bord du fleuve, des indigènes reconnaissent François et lui demandent par quelle route on a bien pu faire passer ces grands bateaux. Yelloua (ou Yaourie)
Li: NIGER.
est sur la rive gauche. C'est un village formé de trois grands groupes de cases en amphilhéâtre sur le flanc d'une colline en pente douce. En arrirrc s'élèvent des montagnes arides et désolées; à l'ouest coule le Niger qui, d'une rive à l'autre, mesure 5 kilomètres de largeur, mais dont le lit est coupé par deux îles très longues, très étroites, que des marigots décomposent en vastes îlots très peuplés. Comme à Boussa, nous trouvons à Yelloua un village royal, aussi grand, mais plus laid et plus sale; c'est un pays assez riche, un centre de passage où convergent les routes du Aoussa, de Kantagora et du Dahomey, tandis que d'une part les produits du Sokoto et d'Ilo descendent le fleuve, d'autre part les denrées manufacturées en Europe remontent de Jebba.
Le capitaine Sword, qui commande ici le poste anglais, nous prépare une case auprès de lui, puis nous prenons connaissance du courrier que l'on nous apporte. Depuis trois mois et dix-sept jours, nous sommes sans nouvelles de ceux qui nous sont chers. Je laisse à penser avec quelle avidité nous lisons nos lettres!
Le poste de Yelloua domine le fleuve, dont il est éloigné d'environ 500 mètres; les cases sont assez confortables, mais trop grandes; les tornades ont beaucoup de prise sur des toitures volumineuses. Et c'est ainsi que quelques mois après notre passage, toutes les constructions du poste furent emportées, démolies, renversées, brisées. Les Anglais ne font pas le moindre effort pour améliorer leur bien-être. Ils ne cherchent pas à tirer du sol ce qu'il peut donner. La nourriture de leurs boîtes de conserves leur suffît. Il n'existe dans aucun de leurs postes, ni jardin, ni cultures; à Yelloua, un des prédécesseurs du capitaine Sword s'est contenté de tracer une route aboutissant à de gros boababs, au pied desquels il avait creusé sa tombe. Hormis les blocs de granit qui tracent l'alignement du chemin, c'est le seul travail personnel des Européens qui vécurent à Yelloua.
Le colon, le militaire ou le fonctionnaire français, dès qu'il