‹ Le Niger, voie ouverte à notre empire africainChapitre 53 sur 81 · SEJOUR ET REPOS A SAY · texte numérisé non relu

SEJOUR ET REPOS A SAY

Llî FOSrii Dli SAV.

nouveau stock de marchandises et de matériel destiné à ravitailler les postes situés en amont de Say. li nous fallait donc maintenant descendre d'abord le fleuve, puis le remonter une seconde fois, mais dans d'autres conditions.

Le départ de Niamé commença aussitôt après que nous eûmes débarqué le chargement, et, le 2 juin, nous étions de retour à Say.

Là, bloqués par la baisse des eaux, qui donnait au fleuve l'aspect d'un chapelet de lacs séparés par des seuils rocheux, nous dûmes patienter deux mois.

Séjour à Say. — Le lieutenant Tilho nous offrit la plus aimable hospitalité, et, pendant que, pour nous remettre de nos fatigues, nous préparions nos rapports et nos travaux de comptabilité, les laptots se dispersaient dans le village pour s'y livrer aux délices réservées à tout bon navigateur après une longue traversée....

D'après les nouvelles que j'avais reçues, le lieutenant Anthoine se trouvant fréquemment malade dans son poste, je lui envoyai l'ordre de quitter Badjibo et de se rendre à Forcados pour y prendre tout le matériel que nous avions déposé sur

l'enclave; ce voyage le remettrait de ses fatigues, l'air de la mer lui ferait du bien. Il en fut effectivement ainsi. Pendant ce temps, Groisne et Messéant poursuivraient à Badjibo les travaux que j'avais décidés. Quant à Boury, je dus l'envoyer au Dahomey pour y recevoir des fonds; je restai onze mois sans le voir et sans être en mesure de le féliciter de vive voix pour l'énergie et l'habileté avec lesquelles il s'était acquitté de sa dure besogne.

Le 4 août, le Niger avait remonté à Say de 80 centimètres au-dessus de son minimum; nous avions assez d'eau pour opérer notre descente.

Descente du Niger. — Je donnai l'ordre du départ et, le 19, nous accostions devant les cases de Boussa. Kissalé Dogo me donna deux guides qui montaient une petite pirogue, mais, à l'entrée de Garafiri, ceux-ci prétendirent que leur embarcation ne pouvait franchir le rapide. Je me passai d'eux, puis j'engageai sur l'obstacle le convoi que le courant entraînait fortement.

Le G 15 franchit la grande volute et passe en un clin d'œil de l'autre côté du couloir. C'est là que Tonié est précipité dans le fleuve et blessé par son gouvernail; mon chaland, privé de sa direction et livré à lui-même, va donner sur une roche; mais fort heureusement, resté debout sur le pont, je pus réagir de toutes mes forces avec la jambe gauche présentée pour atténuer le choc; cinq minutes après nous sommes sur les chutes. La crue orientale atteignait, ce jour-là, 3^65 d'altitude (le maximum fut de 6°i95 en 1901), de sorte que nous passons sur les formidables Dents noires du démon, fort au-dessous de l'étiage des hautes eaux. Le vacarme est impressionnant; cette masse d'eau qui se réduit en écume fait penser de loin aux crinières flottantes d'une charge de blanche cavalerie; le C 15 talonne sans se briser en longeant la rive gauche.

Lanciné, Baniessé et Ousman, nous voyant dans une passe difficile, font des signaux aux autres pilotes et se dirigent vers la rive droite où le rapide est plus violent, mais plus profond. Amadi Diara, gêné par la poussière d'eau, ne les voit pas, des-

Page 1