‹ Le Niger, voie ouverte à notre empire africainChapitre 54 sur 81 · PREMIÈRE DESCENTE DES RAPIDES · texte numérisé non relu

PREMIÈRE DESCENTE DES RAPIDES

cend en plein milieu du fleuve et vient planter son chaland sur une roche. En deux minutes nous sommes tous entraînés à 1 500 mètres en aval, tandis que nous voyons l'embarcation d'Amadi Diara figée sur place; puis tout à coup nous virons et des îles viennent à la masquer. Ce fut un moment d'indicible angoisse.

Sans retard, nous armons le G 15 et pour porter secours à Amadi Diara nous remontons, par les marigots, jusqu'en amont des chutes.

L'équipage d'Amadi Diara se démène à bord, mais en vain, pour se dégager.

Nous voyons les laptots qui, poussant sur le rocher, brisent leurs bambous en d'inutiles efforts; les vagues sautent pardessus le chaland arrachant tout ce qui se trouve sur leur passage. Baniessé prend la barre du G 15, Lanciné le tient à bras le corps, parce qu'en essayant de dégager l'embarcation échouée nous pouvons éprouver une réaction capable de renverser le pilote; Tonié, Oumarou Kané et Sibry se portent sur la pointe de mon chaland avec des cordages et nous gagnons le large.

Le G 15 bien dirigé passe à côté de l'épave, les amarres sont lancées, saisies au vol, fixées aux taquets, l'embarcation pivote sur la roche et se dégage. Elle n'avait pas été percée : sous l'influence du choc, le bordage de pitchpin s'était réduit en filaments spongieux et le trou s'était fermé de lui-même.

Nous descendons Patassi (2 250 mètres) en 3 minutes 20 secondes

LAXCINli: CLIRli, SOUS-CIIEF l'ILOTE DE LA FLOTTILI E.

LE MGER.

(vitesse : 36 kilomètres) par le bras central; 40 minutes après nous sommes en eau calme, au pied du petit bras d'Ourou. Les tourbillons que l'on franchit en aval de ces deux rapides nous ont fait valser à leur aise; mais avec de pareilles embarcations il n'y a pas le moindre danger; notre accident de Garafiri le prouve d'ailleurs abondamment. En quelques heures (dont six dans les rapides), nous avons fait une route qui nous avait demandé 20 jours d'un travail surhumain en sens inverse. Le 20 août, le convoi s'abritait dans le Doko et nous débarquions sur l'enclave d'Arenberg.

J'avais écrit à M. Watts, pendant notre séjour à Say, pour qu'il utilisât notre carte du chenal entre Jebba et Badjibo afin de faire pousser jusqu'à l'enclave d'Arenberg les vapeurs qui devaient, dans le principe, apporter à Jebba le matériel déposé à Forcados.

Cette tentative n'avait jamais été faite avec de grands navires. M. Watts ne me répondit pas immédiatement; mais il ne perdit pas son temps en phrases dilatoires. Quelques jours après, je reçus tout simplement une lettre me disant que cela coûterait un supplément de 12 fr. 50 par tonne (pour 70 kilomètres); puis le lendemain, le vapeur « Sudan » de 200 tonneaux accostait la berge et débarquait son matériel dans le port d'Arenberg.

Anthoine revint de l'enclave Toutée complètement remis de ses malaises. II était même mieux portant que nous, n'ayant pas éprouvé tous nos tourments. Je fis remettre à neuf tous les bateaux de la flottille; et vers la fin de septembre, je me rendis à Jebba pour affaire grave. Trois Français, arrivant d'Argoungou, venaient d'être incarcérés sous le coup d'une accusation terrible : on leur imputait le meurtre du capitaine Keycs. M. Wallace, qui remplaçait le général Lugard, me pria de les voir, de les entendre et de présenter leur défense devant le tribunal qui devait se réunir à la fin d'octobre. Il voulait que ces hommes fussent traités avec humanité, et il s'y employa de tout son pouvoir; mais je ne pus accepter sa proposition pour diverses raisons. D'abord le Gouvernement français ne m'avait pas donné

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