‹ Le Niger, voie ouverte à notre empire africainChapitre 59 sur 81 · LA MENTALITE DES TOUAREG · texte numérisé non relu

LA MENTALITE DES TOUAREG

le targui Kermadji qui campait sous la tente à 120 kilomètres de Dounzou. Celui-ci, monté sur un chameau de course, franchit en un jour la distance qui nous séparait. Je lui demandai six cent soixante-quinze chèvres et moutons, livrables à Say dans les dix-huit jours, moyennant un prix déterminé, d'après échantillons que nous lui montrâmes dans le troupeau du poste. Il réfléchit, discuta, montra les difficultés de l'entreprise, puis après maints pourparlers, nous exposa consciencieusement ce qu'il pouvait faire. Un noir eût accepté tout de suite nos propositions par obéissance, même sans être certain de tenir sa parole. 11 n'eu est pas de même des Touareg : ce sont des gens naïfs et d'une éducation primitive, mais ils sont intelligents et soucieux de tenir leur promesse. Il fut convenu que deux hommes des tentes de Kermadji conduiraient le bétail à Say en vingt et un jours. Je payai d'avance sans hésitation; d'ailleurs, à la date indiquée, je trouvai mon troupeau en parfait état; il s'était même accru d'une dizaine de petits chevreaux en cours de route. Nous avons dit au lecteur ce que nous pensons des diverses races riveraines du Niger; il ne nous semblait donc pas inutile de lui montrer que les Touareg, aujourd'hui soumis et pacifiés, ne sont pas des gens indignes de vivre à nos côtés ni incapables de se livrer à des transactions dont nous puissions un jour tirer profit.

Derniers rapides. — Nous quittons Dounzou le 27 décembre; le convoi remonte et dépasse les seuils de Firkou et fait 40 kilomètres dans sa journée. Le lendemain, vers huit heures du matin, nous atteignons le rapide de Labe/enga, le terrible gouffre dont les dangers firent couler des flots d'encre et dire tant de paroles inutiles. Les officiers et soldats européens de nos territoires du Niger le passent couramment en pirogue; le convoi l'a franchi en quarante-cinq minutes, bien qu'il ait 4 kilomètres de longueur.

A l'endroit où le rapide commence à se dessiner, le fleuve se partage en deux bras. Le brc.s de gauche est barré par deux lignes de roches formant des cascades entre lesquelles on

trouve un assez mauvais passage que les inviigènes n'utilisent jamais. Le bras de droite est traversé dans toute sa largeur par un alignement schisteux que le Niger ne tardera pas à

renverser. J'ai touché d ■ la main une roche sur laquelle mon chaland s'est accroché; c'est une grosse ardoise qui n'a pas 20 centimètres d'épaisseur; s'il y avait un peu plus de courant tout l'alignement disparaîtrait; il y a partout des brèches capables de livrer passage à des embarcations de la taille de nos grands chalands en acier. Le courant n'a pas 8 kilomètres de vitesse.

J'ai fait tirer le C 15 à sec pour examiner les traces du passage : le bois n'était même pas grntté.

Rapides cU Fafa; un coup d'œil sur In contrée. — Nous trouvons ensuite sur notre route les petits rapides de Fafa. La contrée devient tout à fait sauvage, elle est presque déserte. C'est dans ce pays que les Nomades pratiquaient leurs plus terribles déprédations. Il n'y a pas deux ans qu'ils ont été mis à la raison : avec le calme reviendront les hommes et les cultures.

Les races me paraissent ici plus complexes et plus variées. Les Foulbés pillards côtoient les Bellas et les Dagas. Les Bellas sont des croisements de Touareg et de Foulanis; ce ne sont pas

U.N illi.NAGK Ci;i.L.\ ET SON RE.tKTON (BliKGlîRS DU POSTE DE DOUNZOU).

r^OUS ARRIVONS AU BUT.

les captifs du Targui, mais plutôt des Nomades qui plantent leurs tentes à côté des siennes, remplissant l'office de régisseurs des troupeaux ou de métayers. En raison de sa noblesse ou de sa descendance, le Targui se contente de posséder, de surveiller et de débattre ses intérêts; il passe un contrat avec le Bella, qui moyennant redevance, s'engage à lui maintenir son bétail en bon état sur un effectif donné. Ce dernier dispose de l'excédent ou complète ce qui manque ; mais trop fier à son tour, il confie l'avilissante corvée des pâturages aux bergers dagas qu'il traine à sa suite.

Le l^"" janvior à midi, poursuivant notre route vers le nord, nous accostons devant l'ile de Bourra, dont le chef Idris nous comble de cadeaux. J'ai mis de côté quelques conserves fines qu'Adrien accommode avec soin. Il y a exactement quatre-vingt-cinq jours que nous sommes en route : raison de plus pour organiser un déjeuner confortable et boire à nos santés. Attablés en plein soleil, nous fêtons la nouvelle année et nous trinquons au succès de la mission. Le soir, à six .heures, nous étions devant l'ile d'Ansongo.

Au but! — Nous voici donc en eau calme, au terme de notre voyage, réconfortés par le succès du deuxième voyage, ayant prouvé par deux fois qu'il est possible de pénétrer au

BGRUEK DAOA QUI ACCO.MPAO.NAIT LA FLOTTILLIS

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