‹ Le Niger, voie ouverte à notre empire africainChapitre 6 sur 81 · LES EMBARCATIONS DE LA MISSION · texte numérisé non relu

LES EMBARCATIONS DE LA MISSION

vclle poussée. Lorsqu'il s'agit de contourner des roches et des troncs d'arbres, lorsqu'une embarcation doit exécuter une évolution brusque et se présenter constamment en pointe dans des courants tournants, il est facile de comprendre que l'avironbarro, énergiquement ramené plusieurs fois de suite très rapidement dans la direction voulue, replace l'étrave dans le courant et fait virer rcml)arcation du côté de la rive. Aussi arrivâmes-nous à l'employer sans cesse, de préférence au gouvernail.

L'outillage de la llultille était des plus complets : il comportait tous les instruments des ouvriers en fer, des charpentiers, des menuisiers, des calfats, puis une provision sérieuse de pitchpin, des bordages, de l'étoupe, du brai, des cordes, des rechanges, des avirons et des câbles d'une force de deux tonnes et demie à la traction.

Mes compagnons de route étaient : le lieutenant de Peyronuet de l'artillerie coloniale, aujourd'hui capitaine, qui sert sous mes ordres depuis quatre années. Ce jeune et brillant oillcier m'accompagnait autant en qualité d'ami que de collaborateur. Le lieutenant Anthoine, olTicier de cavalerie, tout jeune et plein d'avenir; puis trois sous-olficiers d'artillerie coloniale, Boury, Groisne et Messéant, sujets exceptionnels, véritables types du soldat modeste et résolu, que j'avais eus sous mes ordres au Soudan.

Nous formions un ensemble très uni, véritable lamillc dont j'avais l'honneur d'être le chef. Notre bonne entente était une chance de plus pour le succès de la mission. Hélas! nous avons subi de rudes épreuves, supporté de terribles fatigues, et la mort a fauché parmi nous!... Lorsqu'au départ de France, ma pensée se portait vers l'avenir probable, c'est avec un serrement de cœur que je me demandais combien parmi nous reviendraient sains et saufs réparer leurs forces à l'air vivifiant de la Patrie. Nous n'avons pas eu le bonheur de nous retrouver au complet : à son retour en France, Anthoine tomba épuisé par les fatigues de la route et nous eûmes la douleur de le perdre.

AjfréLemenl d'un vapeur. — Par suite de l'encombrement énorme de notre cargaison, le ministre des Colonies fit affréter un vapeur suffisamment vaste pour embarquer nos chalands et nos approvisionnements.

Des pourparlers, engagés avec diverses compagnies de navigation, échouèrent successivement. Les unes prétendaient avec raison que l'escale de Forcados retarderait leur service postal; les autres refusaient, alléguant que l'exiguité du pont de leurs navires ne permettait pas d'y placer les quinze embarcations en bois que nous emportions toutes montées.

Pendant ce temps, le Niger, qui baissait depuis le mois d'octobre, mettait de jour en jour ses roches à nu. Tout retard rendait donc notre tâche plus difficile.

Notre départ devait avoir lieu le 15 décembre, et j'appréhendais de le voir remis à une date indéterminée, lorsqu'un arran-

Page 1