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LES MANDES ET LEURS COLLATERAUX

ZAJLIHNAS DU MItTACIII.

est très original et sa coiffure, faite de nattes et de tire-bouchons, lui donne un cachet très particulier.

Somonos et Bambaras vivent côte à côte; chaque village du Djoliba se compose de deux parties, qui sont toujours en parfaite harmonie; d'ailleurs, le piroguier se rapproche tellement de la race mandé, qu'il serait difficile de l'en distinguer, s'il n'avait les cheveux rasés, tandis que le Bambara de la campagne porte sur chaque tempe une grosse natte, dans hiquelle il glisse des faux cheveux ou du coton bleu pour la rendre plus épaisse.

La physionomie des Mandés n'est pas désagréable. Le crâne est pointu, aplati vers les tempes, le prognathisme n'est pas excessif. Les pommettes larges, le nez souvent droit et bien accentué, de jolis yeux, très doux et très grands, le menton rond, les maxillaires puissants, la bouche fine, éclairée par des dents merveilleuses, l'oreille bien faite et bien placée. L'homme

Lh NIGLR.

du fleuve surtout est admirableinont construit, rcxcrcice du bambou et de la pagaie développe ses muscles, affine sa taille. Il est d'une force extraordinaire. J'ai vu des laptots qui portaient sur le bras replié des sacs de blé de 100 à 120 kilos. Dans les rapides, mes pilotes réagissaient de la barre contre la poussée des tourbillons et supportaient des pressions énormes sans être renversés.

Les Bambaras s'attribuent des descendances ancestrales qui constituent un cas de totémisme extrêmement curieux. Leurs noms de famille sont au nombre de douze, répartis suivant une échelle de noblesse. Les voici par ordre de prioriié décroissante avec leurs significations respectives et les descendances de chaque famille : Couloubaly descend de l'irax; Tavaoré, du lièvre; Diava, du lion; Kamara, du lion également; Kané, Koiié, Kaiité, du léopard; Fofaïui, de la panthère; Doumbia, de l'antilope; Guiré, du sanglier; SamaLè., de l'éléphant; Kéita, de l'hippopotame; Mariko, du caïman; Touré, du musulman.

Les Bambaras étant fétichistes et n'adoptant qu'avec des corrections nombreuses la doctrine de l'islam, la famille du musulman est reléguée au dernier plan. Ces noms génériques sont toujours accompagnés de prénoms qui distinguent les individus de chaque tribu. Ainsi, mes pilotes s'appelaient : Tonié Taraoré, Baniessé Couloubaly, Lanciné Guiré, Amadi Diara, Oumarou Kané, etc. ; tous ces prénoms sont d'origine arabe, mais les noirs les ont défigurés en les prononçant à leur façon.

Ce qu'il y a de plus original, c'est que le Bambara Mariko croit être le petit-fils du caïman, Samaké, le descendant de l'éléphant, Kéita, le parent de l'hippopotame, en sorte qu'ils ne sauraient attaquer ou chasser leurs grands-pères. Ainsi, l'on voit couramment un piroguier, nommé Mariko, se baigner dans le fleuve à côté d'un caïman, persuadé que celui-ci ne saurait lui vouloir du mal, et s'il devient la proie d'un crocodile, les noirs sont persuadés que ses aïeux le rappplaippt vers eux.

Les villages bambaras du Bélédougou sont riches, bien cous-

LE ROI DES SOMO.yOS.

fruits et très peuplés. L'indigène habite des cases en terre, recouvertes de terrasses; il réserve la case recouverte de paillotte pour ses bestiaux, ses grains et ses provisions. Les cultures sont belles et variées; riz, mil, maïs, patates, manioc, arachides, piments, tabac, coton, indigo, etc.; le pays produit du karité en quantités considérables; il y a de belles forêts avec les essences de bois que nous avons précédemment indiquées; les bestiaux sont bien soignés; le miel abonde. Plus au sud, dans les pays Sénofos, le caoutchouc, l'ivoire, se joignent à ces produits, tout cela dépend des latitudes sous lesquelles on opère.

Le Bambara de la campagne extrait des minerais, qu'il grille dans ses hauts fourneaux, le fer pour ses instruments de culture, pour sa lance et pour ses armes. C'est un guerrier très brave et vigoureux, c'est un cultivateur patient qui sait se défendre. Cette race nous a fourni tous les travailleurs, depuis ceux qui manient la pelle et la pioche sur nos chantiers, jusqu'à celui qui dirige nos machines. C'est avec elle que nous avons formé ces beaux régiments de tirailleurs, dont la bravoure et l'entrain nous ont assuré la conquête de vastes territoires, et nous ont permis d'imposer au Soudan nos idées pacifiques et notre civilisation.

La légende de Mourouho. — Le Somono n'a jamais pris part aux guerres que soutenaient ses collatéraux avec les Toucouleurs. Navigateur, transporteur fluvial et commerçant avant tout, le piroguier s'est toujours maintenu dans la plus stricte neutralité. Les luttes intestines n'ont jamais interrompu ses chants; c'est lui qui, dans le calme des nuits, fait ralentir les airs des belles mélopées dont nous avons dit le charme pénétrant.

La légende des Somonos est des plus anciennes; Mourouho, le héros de la caste, vécut à l'époque de l'invasion sonraï; ses exploits sont actuellement célébrés dans un langage bizarre, formé de mots bambaras et de paroles étranges dont les Somonos ne comprennent plus le sens.

Li- nigi:r.

Mourouho, roi des piroguiers du Djoliba, naviguait dans une pirogue de diala (caïlcédrat), que des lamentins^ traînaient et dirigeaient sur le fleuve. Il était partout, connaissait tous les hommes et leurs actes, tous les villages et leurs richesses. Aucun obstacle, aucun être vivant n'aurait su dompter la vaillante énergie du chef somono. Il terrassait le lion aux abords des forêts; d'un geste il écartait les caïmans. Les rapides ne l'intimidaient pas, son œil exercé distinguait toutes les passes, il dressait les jeunes hommes à les franchir. Un jour, la pirogue de diala disparut, les lamentins s'enfuirent, une violente tempête souleva les eaux du Niger, et Ion vit le roi des Bozos s'envoler sur les flots.

Lorsque les guerres survinrent entre Toucouleurs et Bambaras, Alakaïdou, nouveau chef des Bozos, vit se dresser sur la rive l'ombre de Mourouho qui lui donnait du geste l'ordre impératif de déposer les armes. Depuis ce jour, Somonos et Bozos sont restés neutres dans toutes ces luttes de races à tribu; mais ils ont continué leur commerce, leurs transports et leurs transactions sur le fleuve, mettant à contribution chacun des partis opposés pour les faire passer d'une rive à l'autre. Les Somonos sont presque toujours influents, riches et d'un caractère pacifique. Ils chantent sans cesse l'éloge de leur chef, ils exaltent ses vertus guerrières, sa bravoure, ses qualités et le bon exemple qu'il leur donnait à tous. « Maudit soit celui qui méconnaît notre vieux roi Mourouho m' disent-ils.

1. Les lamentins sont des mammifères que les noirs appellent « hommes du fleuve » ; ils sont très grands et nagent avec une extrême rapidité.

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