‹ Le Niger, voie ouverte à notre empire africainChapitre 66 sur 81 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Le Djoliba (suite). — Koulikoro. — Le Rocher fétiche. — Saison des pluies. — Crue générale du Niger. — Hypothèse sur la formation de sa vallée. — Résumé. — Conclusions.

LE fleuve est calme jusqu'à Koulikoro, mais, à partir de Toulimandio (22 kilomètres en amont), les roches émergeantes forment des rapides assez difficiles, en face des villages de Manambougou et de Sotouba. La navigation redevient sans écueils, dans le bief Bamako-Kouroussa.

Nous avons laissé, à Kendadji, le plateau Nigérien et sa falaise dominant le fleuve de 180 mètres. Celle-ci disparait presque des rives de l'Issa-Ber. Nous la retrouvons sur le Djoliba, élevée de 130 à 135 mètres. Elle suit le contour du golfe ou plutôt de la mer disparue, dont nous avons parlé précédemment. A Bamako, le plateau Nigérien domine encore le fleuve de 126 à 130 mètres. D'après les renseignements qui nous ont été fournis, son allure générale serait plutôt descendante, à mesure que l'on s'approche du Tchad ou du Bornou.

Le port de Koulikoro. — Ce que l'on appelle au Soudan le rocher de Koulikoro se compose de trois blocs de grès rose, séparés par des crevasses, sillonnés par des cannelures, et mesurant 80 mètres de hauteur. C'est l'ossature de la falaise nigérienne. La masse en est mystérieuse et sauvage; des cavernes profondes s'enfoncent entre ses assises de pierre. C'est le repaire des hyènes, des chacals, des panthères et des singes qui, la nuit, descendent boire au fleuve, au milieu d'un concert infernal. Ces animaux poussaient leurs investigations

nocturnes jusqu'à l'intérieur de ma case, dont je lai^^sais la porte ouverte. Il me fallut en tuer plusieurs pour leur faire perdre cette mauvaise habitude; ceux qui restaient se consolèrent en égorgeant nos moutons.

Comme le Djou-Djou de Jebba, le rocher de Koulikoro jouit d'une renommée diabolique; il est fétiche. L'esclave fugitif qui parvient à le toucher avant d'avoir été rejoint par son maître, devient, de ce fait, un homme libre; les Somonos portent leurs filets dans ses cavernes, pour attirer les faveurs de l'Esprit qui peut rendre les pèches fructueuses; le Bambara qui cherche la réalisation d'un vœu, s'y confond en prières, y prodigue les offrandes.

C'est le sorcier du rocher qui prescrit les dons, détermine les prières et la durée des mortifications. Fort intrigué, j'eusse payé fort cher pour connaître le personnage qui tirait bénéfice de tous ces sortilèges. Un soir, à la nuit tombante, muni d'une baguette, je grimpai sur la corniche et me dissimulai derrière un euphorbe, à proximité de calebasses garnies de victuailles récemment apportées là. Mon attente ne fut pas de longue durée. Un être humain s'avançait, dune allure dégagée, marmottant entre ses mâchoires des paroles dont le sens m'échappait. Il s'approcha de la caverne, tira les filets; mais, au moment où sa main s'allongeait voluptueusement vers les calebasses, je lui allongeai un coup de baguette sec et nerveux qui lui fit pousser un cri de frayeur. Sa stupéfaction ne fut pas moindre lorsqu'il me vit, debout, en face de lui. Se croyant en présence du diable, auquel il adressait ses fidèles, il se confondit en lamentations et tomba la face contre terre. Rien n'est plus difficile à reconnaître que le visage d'un nègre dans les ténèbres, et je ne distinguais pas les traits du visiteur nocturne. Ce n'est qu'à la lueur d'une allumette que je reconnus le chef d'un village voisin, un vieux farceur qui n'en était pas à son coup d'essai. Il promit de ne plus recommencer, et je lui pardonnai.

Transactions fluviales. — Lorsque je commandais, durant les années 1898 et 1899, le poste de Koulikoro, j'assistais aux tran-

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