LA VOIE DU NIGER EST OUVERTE
tacle, ils l'ont examiné dans tous ses détails; il en est résulté que la navigation du Mékong est une chose acquise, un fait accompli. Nous l'avons mise en pratique avec les précautions qu'elle exigeait.
Que se passera-t-il pour le Niger? La même chose, à n'en pas douter. Pendant plusieurs mois de l'année, de fortes chaloupes animées d'une grande vitesse et mesurant un faible tirant d'eau, peuvent remonter depuis Jebba jusqu'au pied du village de Garafiri. La navigation est délicate : il faut savoir bien manœuvrer; l'hélice doit être de parfait métal, la chauclière robuste et en bon état, le pilote a besoin de connaître les passes et le fleuve avec tous ses secrets. Mais ces difficultés peuvent être vaincues, d'abord grâce au travail que nous venons de faire, ensuite au moyen du balisage des chenaux. Rien n'est plus facile que d'aller cimenter des bouées fixes aux basses eaux; les pilotes adroits et les bons bateaux ne manquent pas. Le véritable embarras se présente au rapide de Garafiri.
Nous l'avons passé cinq fois sans accident, mais nous ne le connaissons pas encore suffisamment. Il y a là plusieurs lignes de rochers qui barrent le fleuve, non pas en murs à crête horizontale, mais avec de larges brèches qui s'agrandissent de plus en plus. Malheureusement, ces brèches ne sont pas dans le prolongement l'une de l'autre, il faut, pour aller de l'une à l'autre, suivre une route sinueuse. Le courant gêne cette manœuvre, extrêmement dangereuse, surtout à la descente, parce qu'il porte les embarcations sur les rochers. De plus, les brèches sont invisibles et submergées. Le meilleur moyen de les indiquer est d'y placer des balises.
Il est évident que le voyageur muré dans ces gouffres, au milieu desquels un courant terrible, des trombes et des tourbillons tendent à l'envelopper, se trouvera peu rassuré. Mais peu à peu, là comme ailleurs, on arrivera à s'accoutumer au danger. Nos belles routes de France sont tous les jours, à toutes les minutes, sillonnées par des automobiles qui filent à des vitesses inouïes et qui se briseraient au moindre écart, au
moindre choc. Cependant le chauffeur s'habitue à ce genre de sport, jusqu'à devenir téméraire. Il en sera de même pour les navigateurs qui parcourront les rapides du Niger. N'oublions pas, d'ailleurs, que si l'on veut tenter le passage des rapides en pirogue Indigène, on s'exposera inutilement, tandis qu'avec des embarcations solides, longues, larges, de manœuvre facile, on n'aura en somme qu'à surmonter sa propre émotion.
Quant aux rapides du nord, Labezenga, Kendadji, etc., il suffira de quelques cartouches de dynamite, pour agrandir les nombreuses passes qu'on y rencontre, sans porter préjudice aux biefs supérieurs.
Ceci dit relativement à la praticabilité de la route fluviale, il reste maintenant à en démontrer l'utilité.
Le rail du Dahomey doit être prolongé jusqu'à Say ou Gaya. Il n'est pas de solution meilleure et plus rationnelle; mais il nous faut attendre encore quelques années, si ce n'est davantage, pour voir cette ligne en exploitation. Jusque là, c'est à la flottille du Bas-Niger que doivent être confiés les transports à destination de nos territoires du Soudan oriental, c'est elle qui doit effectuer les mouvements de matériel (ravitaillement et produits commerciaux).
A l'époque actuelle, une caisse de 25 kilos rendue par voie de terre, depuis Porto Novo jusqu'à Say, coûte environ 25 ou 26 francs de portage, non compris les pertes et la casse. Le noir déteste ces corvées qui l'abrutissent et qui font de nous son exploiteur, comme au temps de la traite des nègres.
Il préfère s'enfuir n'importe où, plutôt que d'être affecté à cette dure besogne, qui l'oblige à peiner de longs jours, courbé sous le fardeau, sans jamais de répit. Au Dahomey, les commandants de poste ont les plus grandes difficultés à recruter cent porteurs, et lorsqu'il leur en faut davantage, l'indigène s'agite, menace de se révolter ou s'enfuit dans la brousse. Au cours des deux dernières campagnes de 1901 à 1902, la flottille du Bas- Niger a transporté 10000 colis avec 58 laptots sédentaires et