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Le capitaine Lerichc, commandant du Conseil, nous avait offert, avant le départ du Havre, une hospitalité si parfaite que les soucis s'étaient envolés. M. Salles, armateur du navire, s'était ingénié à nous rendre la traversée agréable ; aussi l'avenir nous apparaissait-il plein d'heureuses promesses.
Cependant, au large, les vagues faisaient rage et s'abattaient lourdement sur le pont; le vapeur était tellement chargé que nous étions constamment au niveau de l'eau; lorsque le mauvais temps redoublait d'intensité, nous entendions distinctement le craquement des saisines qui retenaient nos chalands. Fort heureusement, nous doublâmes Ouessant entre deux tempêtes. Nous longeâmes ensuite les côtes de Portugal par un grand vent de nord-ouest; la mer grossit de nouveau, et ne se r-xlma que deux jours après.
Le 6 février, le Conseil, faisant escale à Ténérife, remplissait ses water-ballast et prenait des vivres frais pour continuer sa route. Nous étions enfin dans la région des eaux calmes. A partir de ce moment notre voyage devint plein de charme et d'agrément, sur un navire où nous étions tranquilles, où nous jouissions de toutes les commodités désirables. En raison du beau temps, la table était dressée sur la dunette, à côté de la chambre de veille du capitaine. Parfois un coup de roulis renversait le potage sur nos effets; M. Leriche n'y comprenait rien, jamais son navire n'avait manifesté de pareils instincts d'indiscipline. Aussi l'invectivait-il sévèrement comme un vieux serviteur que l'on a depuis dix-huit ans sous ses ordres. Le maître d'hôtel était un brave matelot, gauche, honnête et complaisant; il avait conservé pour nous nommer, ayant oublié les noms, les anciennes appellations de la marine; il appelait de Peyronnet le grand capitaine, pour le distinguer d'Anthoine qui devenait le petit capitaine, à cause de son apparence moins robuste. Ce brave homme avait des expressions typiques. Le soir, il s'empressait de « gréer » la lampe, et lorsque ses jambes se trouvaient prises dans les cordages du pont, il était « engagé » avec le bitord. Il avait beaucoup d'admiration pour