CHAPITRE VI
Reconnaissance du Bahr-el-Abiad par une expédition francoégyptienne. — Résultats généraux, par M. Arnaud. — Relation particulière de M. Werne.
Si le voyage du vice-roi d’Ëgypte n’eut pas pour effet immédiat de mettre un terme à la traite ofcielle, et de satisfaire sur ce point les vœux des philanthropes, il éveilla au moins en lui le désir de connaître le cours supérieur et les origines du grand fleuve qui arrosait son vaste empire. Peu après son retour, une expédition fut organisée dans ce but et se réunit à Khartoum , ville nouvellement fondée au point où le Bahr-el-Abiad reçoit le Nil d’Abyssinie. Deux ingénieurs français, WM. Arnaud et Sabatier, furent chargés de la direction scientifique de l’entreprise. Leur relation
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n’ayant jamais été publiée en corps d’ouvrage, nous nous bornerons à faire connaître les résultats de leurs travaux, tels qu’ils ressortent de leur correspondance, avec les Sociétés savantes de France. Nous empruntons au journal d’un savant allemand, M. Werne, qui avait obtenu de les accompagner en qualité de naturaliste, les détails complémentaires du voyage.
Le Bahr-el-Abiad, depuis sa jonction avec le Bahr-el-Azraq, à la pointe de l’ile du Sennâr, par 15° 33' de latitude nord et 29° 51' de longitude orientale, jusqu’au point le plus reculé atteint par l’expédition (4° 42' 42" de latitude nord et 29° 18' de longitude est), présente un développement de 518 lieues de 25 au degré ou plus de 2 00 kilomètres. Entre ces deux limites , on compte environ deux cents îles, en majeure partie submergées pendant l’inondation périodique; trois d’entre elles ont environ cinquante kilomètres de longueur chacune. Par 9° 1 1' de latitude nord et 28° 14 de longitude est, se trouve l’embouchure du Saubat qui a encore deux dérivations assez considérables plus au Nord; il vient de l’Est, et porte au Nil Blanc près de la moitié des eaux que fournit ce fleuve. Jusqu’ici nous avions marché dans une direction générale S. S. 0. ; à partir de ce point, on ht voile vers l’Ouest quelques minutes Nord, et l’on arriva dans un grand lac très-poissonneux (le lac
Nu), situé par 9° 17' de latitude nord et 26° 47' de - longitude est, et renfermant des îles nombreuses; sa surface augmente considérablement lors du maximum de la crue périodique du fleuve.
Dans ce grand lac, une autre rivière, venant de l’Ouest, vient verser ses eaux. C’est le Bahr-el- Gazal, qui reçoit lui-même le Keilah, — peutêtre le Misselad de Browne ?
Cette rivière, le Saubat, et ses dérivés, sont les seuls affluents découverts jusqu’ici qui joignent leurs eaux à celles venant du Sud ou du vrai Nil. Enfin, à partir de ce point, le lit du fleuve devient plein de sinuosités, et il prend une direction générale sud-est jusqu’au terme de notre voyage.
La division naturelle des divers peuples qui habitent les rives du fleuve Blanc, d’après leurs idiomes, nous offre quatre groupes bien distincts : les Arabes nomades, les Schelouks , les Dinkas et les Barrys, dont trois d’entre eux se subdivisent encore en tribus qui ont leurs intérêts à part, ainsi qu’il suit :
Mahamoudiés
Cababiches . .
Hassanats. . .
Hassanyas. . .
Djemelyés. . .
Ba garas
Schelouks. . .
Udiome arabe.
Idiome schelouk.
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Dinkas
Nouerrs. .. .
Kyks
Bendouryals
Thutui
Bhorr
Heliabs
Chirs \
Elliens j
Bambar ; Idiome barry.
Boko i
Barry /
Les tribus comprises dans la première division
de ce tableau habitent les deux rives du fleuve ; ce sont des pasteurs nomades ayant des troupeaux de chameaux, bœufs, moutons, etc.; ils ont aussi quelques mauvais chevaux qu’ils tirent du Kordofan. Ils ensemencent un peu de dourah dans l’intérieur, à la faveur des pluies tropicales, et ce grain, avec le lait de leurs troupeaux, compose leur nourriture. Ils changent leurs parcs suivant la saison, et s’évitent ainsi des contrariétés inévitables qu’ils éprouveraient sans cette précaution. D’après cela, comme on le devine, leurs demeures ne peuvent être que des tentes, et leur commerce un échange de bestiaux et d’esclaves contre quelques toiles grossières de coton servant à faire des chemises à larges manches, leur unique vêtement. Leurs usages domestiques offrent des particularités fort curieuses.
Les Schelouks. — Ce peuple nombreux et plein
» Idiome dinka.
EXPÉDITION FRxXNCO-ÉGYPTIENNE.
d’astuce habite la rive gauche sur un développement de cent milles environ. Sa population peut être évaluée sans crainte d’exagération à un million. lis sont pasteurs aussi; quoique favorisés d’un beau territoire, ils ensemencent très-peu de grain de dourah, préfèrent vivre des graines des plantes qui croissent naturellement dans les terrains marécageux qui les avoisinent, de la pèche, leur plus grande occupation, enfin de rapines exercées sur les tribus des environs. Ils descendent, à cet effet, le fleuve avec leurs pirogues (qu’ils manient avec beaucoup d’habileté), jusque sous le 14 ° de latitude, et naguère jusqu’à la pointe de l’ile de Sennâr;les grandes îles boisées qui se trouvent dans ces parages leur servent de repaires. La réputation qu’ils ont d’être cruels et de mauvaise foi a empêché jusqu’ici toute relation suivie avec eux. Ils ne connaissent encore le luxe d’aucun vêtement. Ce peuple reconnaît comme son souverain un mek , nommé actuellement Niedok, qui jouit d’une grande autorité. L'objet de leur vénération est Niécama, qui se présente à eux sous la forme d’un arbre. Ils habitent de jolis villages, chacun de 300 à 400 toucouls, habitations de forme cylindrique, en terre, recouvertes en paille, très-peu espacées les unes des autres, et étalées le long de la rive, sur une, deux, et même (rois rangées.
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Les Dinkas et les diverses autres tribus qui parlent à peu près le même langage sont essentiellement pasteurs de troupeaux de bœufs, ou de moutons et chèvres seulement. Ils ne s’approchent des rives du fleuve que lorsque l’ardeur du soleil a desséché toute l’herbe de l’intérieur. Ils sèment très-peu de dourah, et vivent, ainsi que les Schelouks, de graines qu’ils récoltent en faisant paître leurs troupeaux au milieu des troupes d’éléphants dans les pâturages où vivent ces derniers. Une partie se livre aussi à la pêche fluviale et à la pêche des marais. L'influence du milieu qu’ils habitent se fait sentir dans leur organisme : ils ont un aspect maladif, et leur nudité est laide à faire peur. La plupart de ces tribus sont néanmoins guerrières. Leurs bœufs ont de très-grandes cornes; ils rappellent le bœuf des anciens Égyptiens. Chaque troupeau en a un qui est fêté et honoré de tous les habitants de la contrée.
Ils habitent aussi des cabanes en terre et paille, de diverses formes, et isolées en général; mais la majeure partie des habitants vivent au milieu de leurs troupeaux dans les parcs ; ils y dorment tous pêle-mêle, dans les cendres chaudes provenant de la combustion du fumier de leurs bestiaux ; ce qui a, entre autres buts, celui de produire de la fumée pour les garantir des moustiques qui sont nombreux et inquiétants. Ils nous
ont présenté , à notre passage , des bœufs à satiété et des dents d’éléphants en échange contre des verroteries ; ils le font surtout depuis qu’ils savent que nous désirons ces défenses qui n’étaient employées auparavant qu’à faire des bracelets et des piquets où ils attachaient leurs animaux.
Les dernières tribus, désignées par l’idiome Barry , sont, comme les autres riverains, pasteurs; ils s’occupent de la pèche ; ils sont agriculteurs et guerriers; aussi remarque-t-on avec plaisir, en entrant dans leur pays, de belles moissons pendantes sur tout le terrain qui les environne* et qu’entrecoupent en tous sens des canaux naturels. Les bienfaits de l’agriculture et le petit trafic qu’ils font avec leurs voisins de l’Est, leur procurent une vie plus douce et cette fierté libre qui semble inséparable de leur haute et belle stature de deux mètres et plus. Ils exploitent au pied de toutes les montagnes un très-bon minerai de fer, très-abondant; avec le fer, ils fabriquent des instruments agricoles, des lances et des flèches pour leur usage et pour échange ; ils se servent de flèches empoisonnées. Ils habitent encore des villages formés de toucouls, établis sur les rives, dans l'intérieur des terres et sur les montagnes. Excepté leur grand chef Lacono, qui était vêtu d’une chemise en toile de coton bleue, tous les
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autres sont nus, le corps oint (l’une pommade rouge à l’oxyde de fer. Le sexe, plus décent ici qu’ailleurs, porte à la chute des reins une ceinture à filets en coton, parfaitement travaillée et d’un joli effet. Comme on le voit, l’intérêt du voyage allait croissant: mais à peine avions-nous atteint l’entrée d’une vallée formée par de grandes chaînes de montagnes, que le lit du fleuve devint tout à coup hérissé de rochers et d’ilots syénitiques, qui nous empêchèrent (vu les basses eaux de la saison) d’aller plus avant. Un séjour dans ces pays, afin d’attendre la saison convenable et de continuer à la faveur des hautes eaux, était indispensable ; mais, n’étant pas organisés à cet effet et ayant des ordres contraires, nous dûmes effectuer notre retour.
Relation de M. Weme'.
« A Khartoum, les eaux étaient hautes, le vent favorable. Le 23 novembre 1840, on se mit en route. L’expédition était ainsi composée : quatre dahabiés du Caire, ou bâtiments à deux mâts
1. Le texte original de M. Wcrne, — un fort volume in-8° en allemand, — n’a jamais été publié en français . Pour le résumé que nous en donnons nous nous sommes aidé surtout d’une élégante analyse publiée il y a une vingtaine d'années dans la Revue Britannique, par notre savant et obligeant ami Xavier Marinier.
EXPÉDITION FRANCO-ÉGYPTIENNE. 151 avec des cabines, de cent pieds de long sur douze à quinze de large, armés chacun de deux canons; trois dahabiésde Khartoum, dont une portait aussi deux canons; deux kaïas, bâtiments à un mât, destinés à porter les bagages, et une chaloupe. Cette flottille portait deux cent cinquante soldats : nègres , égyptiens , syriens, et cent cinquante matelots d’Alexandrie, de Nubie et du Soudan. Les soldats étaient commandés par Soliman Kasehef, Circassien très-énergique, protégé d’Achmet-Pacha. Le commandement des navires était confié au capitaine Sélim , qui était chargé d’une sorte de surveillance générale sur l’expédition dont Soliman était en réalité le vrai chef. Le capitaine en second était Feizulla-Effendi, de Constantinople. 11 y avait en outre deux officiers kourdes, un Russe, un Albanais, un Persan. Le contingent européen, dans cet assemblage de tant de races diverses, se composait des deux ingénieurs que nous avons déjà cités, et d’un troisième nommé Thibaut. Je voyageais à mes frais comme passager.
« Les bâtiments devaient se suivre sur deux lignes, l’une sous les ordres de Sélim, l’autre sous ceux de Soliman ; mais , dès le premier jour, cet ordre de marche fut abandonné, et il en fut à peu près de même de toute autre mesure d’ordre. Chacun gouverna son embarcation selon son bon plaisir, sans habileté nautique, sans unité de
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mouvement, sans s’inquiéter de l’ensemble de la flottille.
« Je ne pus dès lors que faire de tristes réflexions sur les résultats probables d’une entreprise où il y avait si peu de zèle et de discipline sans pourtant trop me préoccuper des dangers qui me menaçaient peut-être dans cet étrange voyage, et dont le moindre n’était pas de se trouver côte à côte avec des hommes féroces, des mahométans fanatiques, toujours prêts à jouer du couteau et qui ne se seraient pas fait un grand cas de conscience de verser le sang d’un chrétien. Je comptais sur mon sang-froid et la connaissance que j’avais du caractère perfide des gens avec lesquels je me trouvais. Je ne tolérais pas la plus légère impertinence , donnais des coups sans hésiter, et ne craignais pas d’intervenir dans toutes les occasions où je remarquais un açte de cruauté ou d’oppression. J’en vins ainsi à me faire, sinon craindre, au moins respecter, d’autant plus que Feizulla, capitaine du bâtiment, qui passait son temps à boire des liqueurs spiritueuses et à raccommoder ses vêtements, finit par me choisir pour son remplaçant durant ses fréquentes absences.
« Trois jours après notre départ, l’expiration du Rhamadan ou mois de jeûne et le commencement de la fête du petit Beïram, donnèrent lieu à une
scène singulière. La flottille passait dans une contrée gouvernée par un certain Achmet-Pacha pour lequel Soliman était un important personnage. Il fit amener sur le rivage un troupeau de bœufs et , de moutons pour l usage de l’expédition. Le mouton était l’animal préféré. Dans ces pays, où l’on ne trouve point l’herbe tendre de nos pâturages, la chair de bœuf est dure et coriace et les Turcs la dédaignent. Nos gens tombèrent précipitamment sur la proie qui leur était offerte, de peur qu’elle ne leur fût enlevée , et se hâtèrent de l’égorger. Pendant qu’on faisait cet holocauste, chaque homme cherchait à en voler quelques lambeaux. Les morceaux ainsi enlevés étaient enfilés à des brochettes, rôtis à la première occasion et dévorés avec avidité. On ne se donnait pas la peine de cuire le foie des animaux; on le coupait par tranches dans un vase en bois et on le mangeait cru avec du sel et du poivre. Le Beïram fut célébré par des actes de débauche et de gloutonnerie; au lieu de la ration ordinaire de café, on servit de l’arack , et plus d’un musulman but au delà de ses forces et oublia complètement les ' prescriptions du prophète. Dans la nuit, Feizulla tomba de son lit; comme j’occupais la même cabine , je reconnus une attaque d’épilepsie et j’appris, non sans une vive contrariété, que l’insatiable buveur était fréquemment sujet à des
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accidents semblables. Avec de tels compagnons de route , sur une embarcation étroite , le voyage devenait fort peu agréable; mais l’intérêt toujours croissant des lieux parcourus me faisait passer sur d’autres considérations.
« Tout alla bien tant que les provisions durèrent et qu’il y eut peu de besogne. Une fois que les vivres commencèrent à s’épuiser, la plupart des membres de l’expédition aspirèrent au retour. Je ne pouvais m’habituer à l’indolence de mes compagnons, indolence dont les chefs eux-mêmes donnaient l’exemple. Soliman-Kaschef restait au lit une heure après le lever du soleil , et l'on ne donnait pas le signal du départ avant qu’il s’éveillât. Feizulla, après avoir vidé sa dernière bouteille d’eau-de-vie, passait une partie de son temps à distiller une liqueur spiritueuse d’une corbeille de dattes, et le reste à s’enivrer avec cette boisson. Les officiers avaient à bord des femmes esclaves ; un bouffon , nommé Abou Haschis, amusait l’expédition par toutes sortes de plaisanteries grotesques, licencieuses, et l'équipage se livrait aux plus honteuses habitudes.
« Jamais, peut-être, on ne vit une expédition si étrangement composée et si peu propre à remplir la mission dont elle était chargée. Les soins les plus vulgaires de la propreté et de la sobriété , si essentielles à observer dans un équipage resserré
sur un étroit espace et sous un climat qui engendre si aisément la peste et la vermine, étaient entièrement négligés. On ne se souciait pas davantage des principes de subordination et de vigilance si importants dans une navigation sur des eaux inconnues, le long de plages occupées par des hordes hostiles. Hors d'état de pouvoir remédier à un tel état de choses, j’en étais réduit à répéter la sentence de fatalisme de mes compagnons : Allah kerirn ( Dieu est compatissant) , et , lorsque les moustiques le permettaient , je m'endormais à la garde de la Providence.
« Le 24 novembre, la flottille franchit la limite des domaines égyptiens, et entra dans une région qui ne payait point de tribut au vice-roi. Quand je demandai quels étaient les habitants de cette contrée : « Tous esclaves, » me répondit -on. Je ne pus m’empêcher de rire et de démontrer que ces hommes auxquels on appliquait l’épithète d’esclaves, de même que les Grecs appelaient les étrangers barbares, étaient libres, et qu’avant de les rendre esclaves il fallait les faire prisonniers, ce qui ne me semblait pas chose facile.
« Je me fis descendre sur le rivage , pour examiner la contrée et tirer quelques coups de fusil. Mais je ne vis que de gros singes gris à longue queue, sur lesquels je ne me sentais pas le courage de faire feu, car j’en avais tué un précé-
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demment, et j’avais été tristement frappé de sa ressemblance avec l’homme et de ses gestes douloureux.
« Ces singes vivent en famille, par centaines, sur un territoire très-circonscrit. Quoiqu’ils craignent l’eau et ne nagent qu’à regret, ils grimpent cependant sans cesse sur les branches d’arbres suspendues sur les rivières, et souvent tombent dans les flots. Leur premier soin alors est de s’essuyer le visage et les oreilles. Malgré le danger qui les menace, ils ne remontent sur les arbres que lorsque cette opération est accomplie.
« Cette république de singes, tour à tour se battant, se caressant, se pillant l’un l’autre, et, au milieu de ces importantes occupations, s’en allant à tout instant boire, mais buvant à la hâte, de peur de tomber dans la gueule des crocodiles, offrait une étude intéressante. Les singes apprivoisés qui se trouvaient à bord, s’agitaient perpétuellement à la vue de leurs congénères libres et vagabonds. Le lieutenant Hussein du Kourdistan regardait avec des transports de joie son singe qui grimpait le long des agrès, se suspendait aux câbles, et de là contemplait la forêt. Après ces diverses évolutions, il finit par se jeter sur les épaules d’un matelot qui se rendait sur la plage, puis s’élança dans les bois pour aller rendre visite à ces frères libres à côté desquels
il ressemblait à un nain. Hussein prit son fusil pour punir cette désertion; mais probablement que le fugitif avait été fort mal accueilli dans la république étrangère, car, dès qu’il vit descendre à terre son maître, il lui sauta sur la tète. Hussein vint me le montrer, et me répéta ce que j’a.vais plusieurs fois entendu dire ailleurs, que les singes étaient jadis des hommes maudits de Dieu. Le Coran rapporte que Dieu et le prophète David changèrent en singes les Juifs qui n’observaient pas le sabbat. De là vient qu’un bon musulman craint de maltraiter ou de tuer un singe. On cite comme exception ce qui arriva à Émir-Bey un jour qu’il se trouvait à table avec un étranger : son singe lui arracha des doigts un morceau de rôti qu il allait porter à sa bouche. Le bey ordonna de couper la main du larron, ce qui fut fait aussitôt. Le pauvre singe s’approcha de son maître cruel en gémissant et en lui montrant sa patte mutilée. Le bey ordonna de le tuer; mais son hôte le pria de lui en faire présent. Quelque temps après , je devins propriétaire de ce singe, qui me tint longtemps fidèle et joyeuse compagnie pendant tous mes voyages en Égypte et en Nubie.
« Mes domestiques étaient convaincus que mon singe avait été, dans une existence antérieure, un gabir ou guide de caravane; car, dans le désert, il était toujours en tête de la troupe.
sur le droit chemin, profitant de chaque roc et de chaque monticule pour observer le terrain autour de lui, jusqu’à ce que les oiseaux de proie l’obligeassent à chercher un refuge sur les chameaux, où il exhalait son cri plaintif : Ohem! Ohem! comme lorsqu’il avait été battu par les domestiques dont il dérobait et buvait la boisson
« Dans une de mes excursions sur la plage, en recueillant des moules et en suivant la trace d’un hippopotame, je faillis tomber sous les pattes du plus énorme crocodile que j’aie jamais vu. Sale, mon domestique turc, qui ordinairement m’accompagnait avec un fusil, n’était pas là, et je dus m’estimer heureux de pouvoir battre en retraite, en déchargeant sur le monstre mon fusil, chargé seulement de petit plomb. Quand je reprochai à Sale son absence, celui-ci me répondit froidement qu’il n’osait s’approcher si près du rivage; que plusieurs fois, en errant parmi les arbres, il s’était trouvé face à face avec un crocodile qu’il regardait comme un esprit ( scheïtan ), et sur lequel il ne pouvait tirer, de peur de tuer son propre père. C’est une croyance généralement répandue parmi les superstitieux mahométans, que les sorciers changent les hommes en bêtes, surtout en crocodiles et en hippopotames.
« Le soir, on nous donnait des cartouches et l’on chargeait les mousquets, car nous nous trou-
vions dans une contrée ennemie. Le magasin à poudre était ouvert, et l’on passait tranquillement devant ce dangereux arsenal avec des pipes allumées : Allah Kerim 1 Je faisais tous mes efforts pour arracher le capitaine à son indolence, en lui citant les précautions employées dans la marine anglaise. Puis je m’endormais moi-même pendant qu’on distribuait la poudre. Le lendemain matin, je trouvais le magasin ouvert, et la sentinelle endormie avec sa pipe à la main et son mousquet sur ses genoux. Avec une telle discipline, n'est-il pas étonnant que nous ayons pu revenir sains et saufs.
« Un jour le capitaine Feizulla, ayant mis pied à terre dans une île, s’enivra et entra dans un tel état de fureur qu’il fallut le ramener de vive force à bord. Le sabre et le pistolet à la main, il menaçait de tout massacrer. Je parvins à le saisir par le cou, par les pieds, le jetai sur son lit, et le tins là jusqu’à ce qu’il fût endormi. Tout l’équipage admira cet acte d’énergie, mais je n’étais pourtant pas sans quelque inquiétude sur ses résultats. Je ne tardai pas à éprouver un effet de la haine d’un de nos farouches matelots égyptiens. Il était assis à côté d’un de ses compagnons, et répétait plusieurs fois, avec une intention injurieuse, le mot de nassani (chrétien). A ce mot l’équipage se rassembla et vint en riant me regarder dans ma cabine. Le capitaine n’était pas à bord. Je perdis
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patience, je m’élançai vers celui qui attirait ainsi sur moi les regards, et lui appliquai un vigoureux coup de poing. Dans l’horreur qu’il ressentit en se voyant frappé par un chrétien, il menaça de se jeter à l’eau, puis jura de se venger. Mais sa vengeance s’est bornée à venir me remercier de n’avoir pas porté plainte contre lui au commandant, et à me baiser la main .
« Les dangers, les querelles, les incommodités de toute sorte ne m’empêchaient pas de noter sur mon journal les choses intéressantes qui m’entouraient. Le paysage présentait à tout instant un nouvel aspect. A des plages couvertes de bois succédait un océan de gazon dont nul arbuste ne variait la monotonie. Puis l’on voyait des groupes d’îles formées par des plantes aquatiques liées l’une à l’autre par des rameaux de lianes, et arrêtées sur le rivage ou flottant à la surface de l’eau. Je remarquai avec une admiration enthousiaste la fraîcheur extraordinaire et l’abondance de cette végétation. Quelquefois nous étions entourés d’un tapis de fleurs qui s’étendait à plusieurs milles de distance. Sur la terre s’élevaient des collines fleuries, des massifs de mimosas et de tamarins brillants ; sur les eaux, dans les marais, s épanouissaient des quantités de convolvulus, de lis aquatiques aux fleurs rouges, de lotus rouges, bleus et blancs. Plus haut apparaissait l’ambak, aux larges fleurs
jaunes, aux feuilles composées rappelant celle de l’acacia. Cette plante singulière, qui forme comme la transition entre l’arbre des forêts et le roseau des étangs, a ses racines dans le lit du Nil, monte chaque année avec l’eau du fleuve, et le surpasse par la rapidité de sa croissance. Sa tige, spbngieuse, renferme une moelle d’une nature toute particulière.
Au milieu de cette exubérance de plantes, le regard du voyageur s’arrête surtout sur le lotus, dont la blanche corolle s’ouvre aux rayons de l'aurore et se ferme au coucher du soleil. Je remarquai en outre que cette belle fleur, que rien n’abrite, se referme lorsque le soleil approche de son zénith, comme si elle ne pouvait supporter la trop grande ardeur de la lumière qui l’a fait éclore.»
Au commencement de l’expédition, la flottille avait peu de rapports avec les indigènes du pays, soit qu’ils se tinssent cachés, qu’ils se montrassent avec un caractère hostile, ou qu’ils offrissent peu d’intérêt. L’équipage ne se souciait pas, d’ailleurs, de passer la nuit à terre, sachant qu'il y serait assailli par des nuées de cousins et d'autres insectes, au milieu desquels il était à peu près impossible non-seulement de dormir, mais de boire et de manger. Pour échapper à ce fléau, pire qu’une des plaies de l’Égypte, les bâtiments se tenaient au milieu du fleuve qui , quelque
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temps après leur départ, se déroulait sur un espace de trois à quatre milles de largeur. La brise, en fraîchissant, dissipait ces myriades d’animalcules ; mais au moindre calme ils devenaient insupportables, et notre voyageur allemand n’en parle qu’avec des malédictions.
« 10 décembre. Calme mortel toute la nuit et les cousins ! On n’échappe point à leur dard aigu en se plongeant dans son lit au risque d’étouffer. Il faut bien se ménager une étroite ouverture pour respirer, et ils se précipitent sur vos lèvres, sur votre nez, sur vos oreilles, et chaque fois que vous ouvrez la bouche, ils vous entrent dans le gosier. Ils se glissent comme des fourmis par le passage le plus étroit, et arrivent jusqu’aux parties du corps les plus sensibles. Le matin, mon lit renfermait des millions de ces insectes diaboliques, que j’avais écrasés en me tournant et me retournant dans mon perpétuel martyre.
Gomme j’avais oublié d’apporter de Khartoum une moustiquière, force était de me soumettre. J’avais aussi négligé de prendre des gants en peau qui, sous ce chaud climat, sont insupportables, mais qui cependant m’eussent été très-utiles. Pendant mon souper, il fallait que mon domestique agitât devant moi un grand éventail et que je choisisse le moment opportun pour porter la nourriture à ma bouche. On ne pouvait fumer sa pipe en paix.
même en tenant ses mains dans un burnous en laine, car les moustiques pénétraient à travers le tissu. Les noirs elles hommes de couleur étaient également maltraités. Toute la nuit on entendait résonner sur le navire le mot de banda, avec un accompagnement de malédictions. Le banda ressemble à nos moustiques à longues jambes, mais il a une trompe beaucoup plus développée, avec laquelle il perce trois épais tissus de lin ou de coton. Il a la tète bleue, le dos basané, et les jambes couvertes de taches blanches comme de petites perles. Il en est d’une autre espèce , qui ont les jambes grosses, le corps brun, la tête rouge.
« Les matelots étaient tellement privés de sommeil et épuisés par ces suceurs de sang, qu’à peine pouvaient-ils remplir leur tâche. Je trouvai enfin un étrange secours pour mon supplice Pendant les deux dernières nuits qui précédèrent celle de Noël, nous avions été plus que jamais tourmentés par les moustiques ; mais un petit chat, que je n'avais pas vu durant le jour, se mit à me lécher la figure, à fouiller dans ma barbe, et à prendre les insectes. En général, les chats du Soudan sont d’une nature sauvage. Ils pénètrent dans les poulaillers, enlèvent parfois de grosses volailles et se soucient peu des souris. Les Barabras mangent le chat; mais les Arabes le protègent en mémoire de Mahomet, dont c’était l’animal favori.
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Il n’y a sans doute dans le monde aucun fleuve dont les bords soient sur un aussi long trajet aussi peuplés que ceux du Nil. Chaque jour l’expédition passait devant une telle quantité de villages, que je ne comprenais pas où tant de gens pouvaient trouver leur subsistance, et un officier du Kourdistan me dit que les Schelouks formaient une plus grande nation que les Français. Mais quelle nation ! et quelles demeures ! Ces hommes s’élèvent à peine d’un degré au-dessus de la brute, et leurs habitations ressemblent à des chenils ou à des ruches en chaume avec un trou rond sur le côté, par lequel ils entrent en se courbant jusqu’à terre. Couchés tout nus dans l’herbe, dont les graines forment une partie de leur nourriture, ils appelaient en les voyant passer les marins de la flottille, qui le plus souvent ne s’arrêtaient ni à leurs cris ni à leurs gestes, se défiant de leurs intentions. Les Schelouks, les Dinkas et autres tribus se nourrissent de riz sauvage, de fruits, de diverses graines. Ils ont aussi des troupeaux de bœufs, de moutons, de chèvres, et ne dédaignent pas la chair du crocodile ou de l'hippopotame. Ceux qui occupent un sol improductif ont recours au poisson. Ils ne possèdent ni chevaux, ni chameaux. Lorsqu’ils enlèvent aux Turcs quelques-uns de ces animaux, ils ne les tuent pas, sans doute parce qu’ils ne voudraient pas manger leur chair,
mais ils leur arrachent les yeux, comme pour les punir d’avoir apporté l’ennemi dans leur contrée.
«Dans l’espace d’une journée, je comptai soixantedix villages, grands et petits. Soliman-Kaschef prétendait que la tribu des Schelouks se composait d’au moins deux millions d’âmes. Leur Bando ou roi, qui habitait à deux ou trois milles de la plage, ne se montra pas. Il se défiait des Turcs, et toute la nuit on entendit résonner son grand tambour de guerre. Sa sauvage majesté était sur ses gardes. Je suis bien convaincu que si Soliman-Kaschef avait tenu le Bando des Schelouks sur son navire, il ne l’aurait pas relâché. Ce bando n’avait nulle raison de se montrer favorable aux musulmans, ennemis jurés de son peuple.
Quelque temps avant notre départ, il avait envoyé trois ambassadeurs à Khartoun pour se mettre en bonnes relations avec les Turcs, et empêcher les maraudages de ses voisins les Arabes. Ces trois Schelouks, qui ne parlaient pas l’arabe, furent traités avec le dédain qu’on montre pour les abits (esclaves), et remis aux soins du scheik El-Bellet. Le scheik, qui ne reçoit aucun salaire, qui exerce ses fonctions plutôt par un sentiment de crainte que par un principe d'honneur, les traita de telle sorte qu’ils vinrent nous demander quelques piastres pour acheter du vin et des spiritueux. Sur
mes représentations, l’effendi de Khartoum fit préparer pour eux des vêtements d’honneur; mais dans la nuit ils s’enfuirent à la dérobée, et leur maître Bando fut indigné de la manière dont ils avaient été reçus.
« Une vaste plaine verte, une sorte de pacage d’éléphants, sépare les Schelouks de leurs voisins les Jengahs, sur lesquels j’obtins quelques renseignements d’un de nos sergents nommé Marian, fils d’un roi des montagnes de Nouba. Son père avait été tué par les Turcs, et lui était devenu esclave. Ce sergent de race royale avait la figure tatouée en noir et les oreilles percées de dix trous, d’où ses ennemis avaient enlevé les anneaux qui les décoraient. C’était un homme de cœur, qui avait passé trente ans au service, et qui, n’ayant point de protection, n’avait plus aucun espoir d’avancement. Il y avait encore à bord du navire un Jengah et deux Dinkas, mais il ne me fut pas possible d’obtenir d’eux la moindre notion sur les usages de leurs tribus. Il leur semblait qu’en révélant ces détails ils commettraient une trahison. Comme une partie des hommes de l’équipage appartenaient au pays que traversait l’expédition, on craignait, et à juste titre, les désertions. Le 30 décembre, en passant devant la terre des Kyks, seize hommes s’enfuirent pendant la nuit. Us étaient de la contrée lointaine de Nouba,
et il paraissait presque impossible qu’ils pussent y arriver, avec leurs faibles provisions, à travers tous les obstacles qu’ils avaient à surmonter. Hussein-Aga se mit à leur poursuite avec cinquante féroces Égyptiens, et ne put les atteindre. Au même instant, le tambour donna l’alarme, le bruit se répandit que tous les nègres allaient prendre la fuite. Je profitai de cette halte, pour déterminer l’espèce d’une certaine classe d’oiseaux blancs, qui se posaient tranquillement sur la croupe des éléphants, et en enlevaient la vermine. Parfois les éléphants, importunés de cette chasse, repoussent avec leurs trompes ces petits hérons, qui s’éloignent un instant, puis reviennent se mettre à l’œuvre. Dans le même temps, on tua un pélican, et l’on trouva dans son corps vingt-quatre poissons frais de la grosseur des harengs. Sa gloutonnerie avait causé sa mort. Le poids dont il était chargé l’empêchait de fuir. Des myriades d’oiseaux apparaissent sur le fleuve Blanc et sur ses rives marécageuses. En quelques endroits leurs excréments recouvrent la surface des arbres, et paralysent la végétation. Ces oiseaux trouvent une abondante provende dans les fouillis des bords du fleuve. Dans les joncs, brillent des nuées de vers luisants ; l’air résonne du cri des sauterelles et du croassement des grenouilles. Sans l’immense quantité d’oiseaux qui détruisent
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la vermine, ces plages seraient inhanitables, car les eaux croupissantes, échauffées par un soleil ardent, enfantent une quantité d’insectes et de reptiles. On y voit des poissons monstrueux et des serpents de toute sorte. Les Arabes ont, à l égard des serpents, de singulières superstitions. Ils les considèrent comme des êtres surnaturels qui ont un roi appelé Schach-Maran, lequel réside dans le Kourdistan, non loin d’Adana, où deux villages sont exempts de tribut à la condition de donner du lait aux serpents. Abdul-Elliab, officier kourde, qui faisait partie de l’expédition, leur avait fait lui-même cette offrande de lait. Il jurait qu’il avait vu leur roi, ou tout au moins un de leurs, vokils ou vice-régents. Il avait à peine déposé son offrande dans un des bassins de marbre formés en ce lieu par la nature, qu’un grand serpent, portant sur la tête une longue chevelure, sortit de sa grotte de roc, et vint boire le lait. Puis il se retira, sans adresser, selon sa coutume, quelques paroles à celui qui lui avait versé cette boisson ; « sans doute, ajoutait l’officier, parce qu’il voulait me punir de n’avoir pu renoncer à l’usage des liqueurs spiritueuses. » Deux autres Kourdes attestèrent la véracité de ce fait, ajoutant que le Alaran avait une face humaine, sans quoi il ne pourrait parler, mais que jamais il ne se laissait voir qu’à un sultan ou à un saint
homme. Abdul-Elliab avait de grandes prétentions à ce dernier titre, sa bigoterie, son hypocrisie, ses citations perpétuelles du Coran lui firent donner par l’équipage le surnom d'assaillant du Paradis, car il semblait évident qu’il qu’il voulait prendre d’assaut le lieu de délices promis par Mahomet à ses fidèles. En attendant qu’il fût appelé à jouir de la société des houris, il s’était procuré celle d’une jeune esclave, à laquelle, de sa sainte main , il infligeait parfois de cruels traitements. Un jour qu’elle avait commis la faute de préparer, pour une partie de l’équipage, une liqueur de graines appelée Merissa , il la frappa avec une courroie au moment où elle se trouvait à moitié nue sur le pont. De ma cabine, je lui criai de s’arrêter, et comme il continuait à la frapper avec tant de fureur qu’il lui déchirait le corps, je m’élançai sur lui et le jetai à la renverse. Il se releva, tira son sabre et le brandit de mon côté en m’appelant : Effendi, au lieu de Karsagi ou marchand, titre qu’on donne généralement aux Francs. A peine étais-je rentré dans ma cabine, qu’il saisit de nouveau son esclave pour la jeter par-dessus le bord. Je pris mon pistolet, et le menaçai de tirer sur lui : il lâcha sa proie , et me dit en pâlissant que , cette fille étant à lui, il pouvait en user comme bon lui semblait. Puis il alla se plaindre de moi au
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commandant qui, connaissant son mauvais caractère, l’envoya sur une autre embarcation. A notre retour à Khartoum, comme il vit que le pacha me traitait avec distinction, il vint solliciter son pardon, et demanda à me baiser la main.
« Quelques jours avant la scène que je viens de raconter, j’avais gagné l’affection et la confiance de nos soldats noirs. L’un d’eux, ayant eu une querelle avec un Arabe, l’avait blessé d’un coup de couteau et s’était jeté à l’eau pour se noyer. On courut à son secours et on le hissa à bord de notre bâtiment. Je le fis coucher sur le pont, et je me mis à lui frotter le corps avec de la laine ; lorsque j’eus continué pendant un assez long espace de temps cette opération, il se ranima et on le releva. Mais sa tète tombait encore sur sa poitrine. Un des soldats, qui prétendait avoir la science de faire revivre les morts, le saisit par derrière, sous les bras, l’éleva en l’air, et le fit, trois fois de suite, tomber violemment sur son dos, en même temps qu’il lui murmurait des passages du Coran, auxquels le pauvre homme finit par répondre. La superstition de ces Arabes est telle, qu’ils croient qu’un individu qui s’est noyé conserve cependant le pouvoir d’aborder sur la plage qui lui plaît, et qu’une fois arrivé à terre il renaît à la vie.
« Après un mois de navigation, la flottille était
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arrivée dans le pays des Kyks, tribu nombreuse mais pauvre. Les huttes sont tout entières construites en chaume. Les hommes, complètement nus, s’enduisent le corps avec le limon du Nil pour se préserver de la piqûre des moustiques. Il y avait une expression mélancolique dans la manière dont ces malheureux plaçaient leurs mains sur leurs têtes, et les laissaient retomber comme lorsqu’on pleure. Ils portaient des bracelets d’ivoire aux bras. Un d’eux nous montra sa hutte, comme pour nous engager à y entrer. Un autre se mit à danser. Un Dinka, qui connaissait leur langue, nous dit qu’ils nous demandaient du grain, que leurs vaches étaient loin et qu’elles ne reviendraient que le soir. Il nous affirma que ces Kyks ne tuaient aucun animal, et ne se nourrissaient que de grains et de lait. Cependant on m’a affirmé qu’ils mangeaient les bestiaux qui mouraient de mort naturelle. C’est un usage assez généralement répandu dans le Soudan. A Khartoum, je vis un matin deux chameaux étendus sur la place publique. Des hommes en coupèrent des morceaux pour les faire rôtir ; le reste fut abandonné aux chiens. Moi-même j’ai eu, au Caire, un rôti de la belle girafe de Clot-Bey, qui avait péri pour avoir mangé trop de trèfle blanc. Sa chair était blanche, délicate, sa langue excellente. Mais je n’ai jamais pu prendre goût à la rude chair
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des chameaux, même lorsqu’ils étaient jeunes. L’Afrique est le pays des estomacs robustes. Les Arabes mangent les sauterelles, et quelques tribus de nègres dévorent le fruit de l’arbre de l’éléphant, espèce abominable de citrouille, convoitée par les éléphants mais rejetée par les Arabes. Je ne pouvais user d’un tel aliment, bien que je me fusse fait une règle de chercher à apprécier toutes les productions du pays. Le 12 janvier, pendant que j’étais en proie à une lièvre qui me permettait à peine de continuer mon journal, j’entendis un coup de fusil et appris que Soliman-Kaschef venait de tuer, avec une seule balle, un gros crocodile. Gomme les hommes de l’équipage avaient assez de provisions, ils négligèrent de couper la queue de l’animal. Mais mes domestiques, qui se rappelaient m’avoir vu manger à Khartoum un mets de cette nature, et au Taka un morceau de v serpent préparé par un derviche, m’apportèrent un lambeau de chair de crocodile. En pleine santé, la forte odeur qu’il exhalait m’aurait empêché d’y toucher, malade comme je l’étais, je ne pus pas même le laisser près de moi, et je le lis jeter à l’eau. Lorsque j’arrivai pour la première fois dans le pays des crocodiles, je ne comprenais pas comment les bateliers sentaient de loin ces animaux. Mais, dans mon voyage du Caire au Sennâr, quelqu’un étant venu m’olfrir d’acheter un jeune
crocodile, mon organe devint très-sensible à l’odeur de ces monstrueux amphibies. Lorsque nous entrâmes dans le fleuve Blanc, je pouvais, sans le voir, reconnaître à six cents pas de distance la présence d’un crocodile. Ses glandes, renfermant une sécrétion semblable au musc, se trouvent dans la partie postérieure de son corps, comme celles des civettes du Soudan, que l’on garde en cage à cause de leur parfum.
« A mesure que la flottille remontait le fleuve, ses relations devenaient plus fréquentes avec les tribus indigènes qui , se trouvant plus éloignées de l’Égypte, redoutaient moins des hostilités de la part des étrangers. Le capitaine Sélim avait une cargaison de chemises de couleur et de chapelets avec lesquels il eût pu acheter les bestiaux, les villages , les terres et même les membres de toute une famille. Ces sauvages du Nil Blanc attachent un si haut prix aux plus petits objets de fabrication européenne que, pour quelques chapelets en yerre, j’obtins une collection d’armes, d’ornements et d’ustensiles de ménage, exposée maintenant au musée royal de Berlin. La simplicité de ces indigènes est incroyable. A peine peut-on les considérer- comme des hommes. De même que l’ambak forme l’anneau intermédiaire entre le bois et le roseau, de même le Kyk apparaît comme une transition entre la brute et
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la race humaine. Un de ces Kyks, qu’on avait trouvé couché dans la cendre d’un foyer, selon une coutume assez répandue dans sa tribu, fut amené à bord du bâtiment de Sélim. Il pencha la tête en avant à la façon des singes , peut-être en signe de soumission, puis, lorsqu’il fut près de la cabine, il se mit à genoux et se traîna ainsi, manifestant à chaque pas, par ses gestes, par ses cris, son étonnement et son admiration. Il avait aux oreilles une quantité de trous qui, cependant, n’étaient ornés que d’une petite tringle. On lui mit des chapelets au cou, alors sa joie fut sans bornes. Il sautait et se roulait sur le pont, baisait le plancher, posait les mains sur notre tête, comme pour nous bénir, après quoi il chanta. C’était un homme d’une trentaine d’années, aux traits anguleux, aux épaules larges. Son attitude, ses gestes étaient contraints , peutêtre par l’effet de la nouveauté de sa situation. Il avait le dos voûté , la tête penchée en avant , les jambes longues, pareilles à celles d’un veau. Toute sa personne, enfin, présentait l’apparence d’un orang-outang. Entièrement nu, il portait seulement au bras droit des anneaux en cuir. II nous émut par sa joie enfantine, qui nous montrait qu’il était plus heureux que nous tous. Par l’entremise d’un Dinka, nous l’engageâmes à dire à ses concitoyens qu’ils ne devaient pas se reti-
EXPÉDITION FRANCO-ÉGYPTIENNE. 175 rer devant notre honnête flottille. Après s’ètre assez agenouillé, après avoir baisé le plancher et assez crié, il fut reconduit par la main comme un enfant et, sans les chapelets qu’il portait au cou , probablement il eût pris tout ce qu’il venait de voir pour un rêve. On trouve parmi ces tribus des individus d’une taille gigantesque. J’ai voulu prendre la mesure de quelques-uns d’entre eux, mais ils s’y refusèrent. J’ordonnai alors à mes domestiques de se tenir près d’eux avec de longs roseaux et je parvins ainsi à reconnaître que plusieurs Kyks avaient six à sept pieds allemands de hauteur. Près d’eux, les Égyptiens et lés Européens ressemblaient à des pygmées. Les femmes n’étaient, en proportion, pas moins grandes.
« Le 7 janvier, la flottille atteignit un large lac près duquel paissaient une troupe d’éléphants et une multitude d’antilopes à la peau brune. Soliman-Kaschef ne put résister à l’attraction de ce dernier gibier qui appartenait à l'espèce désignée sous le nom à'Ariel, et dont on connaissait la chair excellente. Faute de vent , on naviguait à la rame ; il ordonna la suspension de ce travail et descendit à terre pour chasser. Les antilopes se retirèrent, et comme les bêtes féroces envahissaient alors les jungles , quelques soldats furent envoyés en avant comme éclaireurs. Au retour
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de la chaise, où l’on n’avait tiré qu’un seul coup de fusil, on remarqua l’absence de deux charpentiers. Tous les signaux employés pour les rappeler furent inutiles. C'étaient deux honnêtes Égyptiens qui ne pouvaient avoir eu la pensée de déserter; leurs camarades dirent, en haussant les épaules, que probablement ils avaient été dévorés par Yassad, ou le nimr, le lion ou le tigre. Le mot nimr sert ici à désigner la panthère ou le léopard , car on sait qu’il n’y a point de tigres en Afrique.
« En ce même lieu, à vingt-quatre degrés de latitude au sud d’Alexandrie, le fleuve avait quatre cents pas de largeur. En cherchant à déterminer l’origine d’une telle masse d'eau, je vins à douter que les sources du Nil Blanc puissent alimenter tant de lacs , de baies , et couvrir la vaste terre marécageuse qui les avoisine, surtout sous l’ardent soleil africain qui, sans cesse, pompe l’élément liquide. A cette époque de notre voyage, les pluies avaient depuis longtemps cessé. Quelles sources gigantesques ne faut-il donc pas supposer pour expliquer une telle inondation ! J’en conclus que le Nil supérieur doit avoir de nombreux affluents. Mais il n’était pas possible de songer à explorer ces divers courants avec une flottille chargée de lourds bagages, manœuvrée par des hommes indolents , inhabiles , et commandés par
des chefs bien plus soucieux de boire de l’arack que de remplir leur mission. Il faudrait, pour tenter une telle exploration, trois petits bateaux à vapeur tirant peu d’eau , gouvernés par un bon équipage Européen , commandés par des officiers instruits et expérimentés. Mais transporter ce matériel nautique au delà des cataractes du Nil, au-dessous de la jonction du Nil Bleu et du Nil Blanc, ne serait pas une petite affaire.
« Le plus difficile serait de se procurer du combustible et de former des dépôts de charbon. Il y a, dans la région inférieure du Nil Blanc, des forêts, mais on n’en trouve point sur la plage intermédiaire ou supérieure, puis l’on perdrait beaucoup de temps à réduire ce bois en charbon et l’on serait exposé aux attaques des indigènes. Je crois pourtant que ces difficultés, si considérables qu’elles soient , seraient compensées et au delà par la différence des équipages et du commandement. Quelle différence entre les officiers de marine européens et Soliman-Kaschef, qui passait son temps à courir après les antilopes, à rire des bouffonneries d’Abou-Haschis; qui s’était fait dans sa cabine une espèce de harem , où reposait une malheureuse esclave gardée par un eunuque. Pendant toute la durée de l’expédition , il ne fut pas permis à la pauvre créature de jeter un regard sur la contrée; elle ne pouvait pas même
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monter voilée sur le pont. Feizulla qui , dans ses habitudes de tailleur, oubliait souvent ses devoirs de capitaine , ayant un jour ordonné la manœuvre avant d’en avoir reçu le signal , Soliman- Kaschef lâcha sur lui deux coups de fusil, dont j’entendis siffler les balles à mes oreilles. « Ce n’est rien, ce n’est rien, » dit Feizulla, quoique les balles passassent à quelques pouces de sa tête ; et il tira , dans une autre direction , deux coups , comme pour répondre à une agréable plaisanterie de Soliman. Heureusement que le commodore ne voulait pas la continuer, car il avait l’adresse des Turcs, qui se considèrent cômme d’excellents tirailleurs. Pendant tout le voyage, beaucoup d’entre eux s’exerçaient à abattre à distance, des branches d’arbres, d’un coup de fusil. Ces distractions perpétuelles retardaient les progrès de l’expédition. La brise était souvent calme ou contraire, et les paresseux Africains ne faisaient que peu de chemin avec la rame ou la corde; quand on apercevait une place attrayante, on s’y arrêtait. Malgré le moyen de correction employé par Soliman à l’égard de Feizulla, si le chef d’un bâtiment se sentait disposé au repos, tenté par une partie de chasse ou par le désir de faire une visite à un village , il ne se gênait guère pour , jeter l’ancre. En droite ligne du nord au sud, depuis Khartoum, l’expédition, dans l’aller et le re-
EXPÉDITION FRANCO-ÉGYPTIENNE. 179 tour, parcourut un espace de seize cents milles; en y ajoutant vingt pour cent, pour les louvoiements et détours , nous avons un trajet de deux mille milles accompli en cinq mois; ce qui fait, terme moyen , treize milles par jour, non point sur un fleuve rapide , mais sur une masse d’eau dont le courant n’était que d’un mille à l’heure, quelquefois d’un demi-mille et d’autres fois si faible qu’on pouvait à peine le déterminer. Mais qu'une telle expédition soit confiée à des Anglais, et l’on pourra en attendre un autre résultat.
« La flottille, si mal commandée, finit par arriver dans le royaume de Barry, dont la capitale, Pelenja, située au quatrième degré de latitude, est habitée par une population nombreuse, par des hommes d’une force athlétique, d’une taille de six pieds et demi à sept pieds de France, ce qui équivaut à sept pieds et sept pieds et demi anglais. Quoique noirs, ils n’ont point les traits caractéristiques de la race nègre. Les hommes ne portent que des sandales et quelques ornements ; les femmes, dès tabliers en cuir. Celte tribu cultive du tabac , diverses espèces de grains , et avec le fer qu’elle trouve dans les montagnes , elle fabrique des armes et différents ustensiles. Environ quinze cents de ces noirs se rassemblèrent sur le rivage, armés jusqu’aux dents, mais sans intention hostile. Ces hommes gigantesques, aux
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membres musculeux et bien proportionnés, eussent été, pour un peintre ou un sculpteur, de curieux objets d etude. Aucun d'eux n’avait de la barbe. Il est probable qu’ils se l’enlèvent avec un cosmétique'. Le capitaine Sélim, dont le menton était rasé, leur plut davantage que Soliman- Kaschef avec sa longue barbe, et lorsque celui-ci leur montra sa poitrine couverte de poils, ils manifestèrent une sorte de dégoût. Comme la plupart des tribus qui occupent les plages du Nil blanc, les individus de celle-ci s’arrachent les quatre dents incisives. Étrange coutume! à laquelle ces sauvages se soumettent, disent-ils, pour ne pas ressembler aux animaux. Les Turcs considèrent cet usage comme un rite de même nature que la circoncision pour les musulmans ou le baptême pour les chrétiens. Quoi qu’il en soit des motifs de cette opération, elle s'accomplit avec diverses cérémonies dans la première jeunesse, et les femmes y sont soumises aussi bien que les hommes.
* « Lors de l’arrivée à bord de Lakoua, sultan des Barrys, et de sa sultane favorite Ischock , qui avait la tète rasée et portait deux tabliers en cuir, les Turcs tirent plusieurs tentatives pour obtenir des renseignements sur les mines d’or, principal objet de l’expédition. Un nègre leur dit qu’il n’y avait pas même de cuivre dans la contrée, mais
que Lakoua possédait dans son trésor quelques pièces de ce métal qui provenait d’une région plus éloignée. On lui montra un lingot d’or qu’il prit pour du cuivre, et l’on conclut de cette erreur, que le pays dont il parlait devait renfermer le minerai précieux, qui, dans son esprit, se confondait avec un vulgaire métal. Mais cette contrée était à plusieurs journées de distance du Nil, et lors môme qu’elle eût été près de la plage, on n’eût pu y atteindre. A quelque distance de Palenja, le fleuve était traversé par un banc de rocs. Mon opinion est qu’il était possible de la franchir; mais les Turcs, las du voyage, ne demandaient qu’à s’en retourner. Au temps de la crue du Nil, l’eau monte en cet endroit de dix-huit pieds, ce qui facilite d’autant le passage de la barrière. Mais, à notre arrivée, l'eau était basse, l’expédition expiait ainsi le retard qui, pendant six semaines, avait arrêté son départ. Je proposai en vain de rester là deux mois pour attendre la saison des pluies, personne ne voulut se rendre à cet avis. On m’objecta môme qu’on craignait de manquer d’approvisionnements, quoique la flottille en eût été pourvue pour dix mois, et qu’elle n’eût quitté Khartoum que depuis dix semaines. Les bâtiments saluèrent de vingt et un coups de canon cette région inconnue que j’eusse été si heureux d’explorer, puis virèrent de bord. Le 22 avril 1841 , ils rentraient à Khartoum. »
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11 est à remarquer qu’en s’avançant au delà du point où elle s’arrêta, l’expédition eût trouvé dans le lit rocailleux du fleuve et dans la rapidité du courant de plus grandes diflicultés que par le passé. Il est probable que, sans le secours d’un fort vent du nord, la rame et le halage eussent été insuffisants.
M. Arnaud a écrit à son tour à ce sujet : « Dans les hautes eaux, le fleuve serait encore navigable au moins une trentaine de lieues, c’est-à-dire là où se réunissent différentes branches, dont la plus considérable vient de l’Est, et passe au bas d’un grand pays nommé Berry, à quinze journées à l’Orient de la montagne de Bellénia. C’est du marché des Berrys que viennent des hommes rouges, et qu’ont été apportés les vêtements du roi des Barrys. Je présume que ce sont des Sydamiens qui ont reçu ces vêtements par les caravanes d’inaréa et de Fadassi, et qui les ont apportés jusqu’à ce marché. Ce qui précède prouve d’une manière assez évidente que l’hypothèse généralement adoptée jusqu’à ce jour, que les sources du fleuve viennent de l’Ouest, est mal fondée. »
Ce peu de mots suffirent pour bouleverser pendant longtemps encore les idées des géographes. Des voyageurs français qui se trouvaient alors dans le Sud de l’Abyssinie , en firent la base d’une hypothèse qui, réunissant les uns aux autres
les affluents supérieurs du Saubat, du Yabous tributaire du Nil bleu et du Godjeb qui court à l’Océan Indien, — confondait tous ces cours d’eau, divergeant vers les points les plus opposés de l’horizon, en un courant unique dont ils firent la tète du Nil Blanc. Pendant dix ou douze ans on a pu voir les cartographes placer, d’après ce système, les sources du grand fleuve dans l’Inaréa.
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