‹ Le Nil, son bassin et ses sources, explorations et récits extraits des voyageurs anciens et modernesChapitre 2 sur 23 · I.E NIL · texte numérisé non relu

I.E NIL

sacre de longues pages au Nil et à ses bords, dont il peut être considéré comme le premier explorateur, les données géographiques recueillies sans aucun doute par les Pharaons au temps de leur splendeur (de la dix-huitième à la vingtième dynastie) n'étant pas parvenues jusqu’à nous.

« Quant à la nature de ce fleuve; » nous

dit le père de l’hisfoire, « je n’en ai pu rien apprendre, ni des prêtres, ni d’aucun autre. J’avais cependant grand désir de connaître par quelle cause les eaux du Nil croissent pendant cent jours, à compter du solstice d’été, et comment ensuite, dans un même nombre de jours, elles se retirent en abandonnant le sol qu’elles ont couvert; enfin pourquoi il demeure, pendant tout l'hiver, sans sortir de son lit, jusqu’au retour du solstice d’été: mais je n’ai rien recueilli de satisfaisant, toutes les fois que je me suis adressé aux Égyptiens, et que j’ai voulu savoir d’eux quelle était la nature de la force qui animait ce fleuve, si opposé à tous les autres dans sa marche. Je les ai vainement interrogés sur ces divers objets; mais j’ai eu occasion de m’instruire de

beaucoup d’autres particularités sur le Nil, soit par ce que j’ai vu moi-même dans le voyage que j’ai fait jusqu’à Éléphantine , soit par les informations que j’y ai prises sur les pays les plus éloignés. Au-dessus d’Kléphnntine, la pente du fleuve

est si rapide qu’on ne peut avancer qu’en tirant la barque des deux côtés par une corde, et si cette corde vient à manquer, la barque est sur-le-champ entraînée en arrière par la force du courant. On met quatre jours de navigation à franchir ce passage. Le Nil l'ait en. cet endroit autant de sinuosités que le Méandre , et l’espace pendant lequel ou est obligé de naviguer de la sorte est de douze schœnes. Ensuite vous entrez dans une plaine unie, au milieu de laquelle le lleuve embrasse une île que l'on nomme Tachompso; et quoique ce soient des Ethiopiens qui habitent déjà le pays situé au-dessus d’Éléphantine , cette île est occupée moitié par des Égyptiens et moitié par des Ethiopiens. Aux environs est un très-grand lac autour duquel vivent les Éthiopiens nomades. Après l’avoir traversé, vous retrouvez le courant du Nil qui se jette dans ce lac; mais on est obligé, à partir de ce point, de faire, en suivant le fleuve, un chemin par terre pendant quarante jours; car le Nil se trouve dans ce long trajet tellement embarrassé de rochers pointus et d’écueils, qu’il cesse d’être navigable. Au bout de ces quarante jours de marche, vous prenez une autre barque, et après une navigation de douze jours, vous arrivez à une grande ville qui se nomme Méroë. Cette ville est , à ce qu’on dit, la métropole du reste de l’Éthiopie. Ceux qui l’habitent n’adorent parmi tous les

LE NIL

dieux que Jupiter et Bacchus (Ammon-ra et (Jsiris), leur rendent un culte solennel, et ont même un oracle de Jupiter établi chez eux. Ils ne font la guerre que d’après ses avis , et seulement là où il leur ordonne de la porter.

« En continuant à naviguer au-dessus de Méroë, vous atteignez le pays des transfuges égyptiens, dans un temps égal à celui que vous avez mis à vous rendre d’Éléphantine à la métropole des Éthiopiens. Ces transfuges portent dans le pays le nom d'Asmach, qui signifie placés à la gauche duioi. Ils descendent de la caste militaire cantonnée autour d’Éléphantine au temps de Psammétique, et qui, négligée par ce prince au profit des auxiliaires étrangers, émigra au nombre de deux cent quarante mille hommes et alla s’établir en Éthiopie, dont le roi s’empressa de les accueillir et leur donna les terres de quelques peuples de ses provinces avec lesquels il était en guerre, et qu’il les chargea de soumettre ou d’expulser. Depuis que ces Égyptiens ont fixé leur séjour en Éthiopie, ils ont adouci les mœurs de ses habitants en y portant les institutions de leur patrie.

« Ainsi donc on connaît la navigation du Nil pendant quatre mois de route, indépendamment de son cours en Égypte : on trouvera , en effet , en additionnant toutes les distances que j’ai indiquées , qu’il faut ce nombre de mois pour aller

d’Éléphantine jusqu’au pays des transfuges égyptiens. Du reste, il est certain que le cours du fleuve vient du couchant; mais au delà de ces transfuges on ne sait plus rien de positif, le pays étant entièrement désert par l’excès de la chaleur 1 . »

Bien qu’avant la visite d’Hérodote l'Égypte eût été ouverte aux étrangers, les indigènes mêmes, ainsi que les Chinois d’aujourd’hui avec lesquels ils ont eu beaucoup de points de similitude, semblaient porter un assez faible intérêt à tout ce qui n’était pas de leur pays. Mais la conquête de l’Égypte par Alexandre, la domination des Ptolémées et plus tard celle des Césars, firent naître un autre ordre de choses et d’idées en Égypte dont la capitale, Alexandrie, devint un centre intellectuel. Avec le progrès des sciences et l’amortissement des superstitions locales, le Nil cessa d’être considéré uniquement sous un aspect sacré et son cours en amont du territoire égyptien devint dès lors un sujet de recherches et de discussions parmi les savants des différentes nations.

Nous sommes loin de posséder tous les écrits des anciens à ce sujet et nous devons nous contenter de ce qui en est parvenu jusqu’à nous.

Notre première autorité pour cette période est

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