‹ Le Nil, son bassin et ses sources, explorations et récits extraits des voyageurs anciens et modernesChapitre 5 sur 23 · Lucain, Pharsale, livre X · texte numérisé non relu

Lucain, Pharsale, livre X

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Les géographes anciens. 11

des auteurs anciens ou modernes simplement pour en démontrer les erreurs.

Les hypothèses fantastiques de Mine sont d’autant plus extraordinaires que nous devons à l’un de ses contemporains, au philosophe Sénèque, le récit d’une expédition envoyée par Néron pour découvrir les sources du Nil. Les vers du neveu de ce philosophe , cités plus haut , prouvent surabondamment combien le fleuve égyptien captivait l’attention publique du temps de Néron. On comprend parfaitement comment cet empereur, qui prétendait à l’érudition comme à tant d'autres choses, voulût connaître, lui aussi, les secrets de la géographie africaine. En conséquence il envoya deux centurions à la découverte des sources du Nil. On ignore l’itinéraire suivi par ces officiers, ainsi que les voies et moyens qui leur furent accordés pour remplir leur mission, Tout ce que nous savons, c est qu’après un long voyage, où ils furent assistés par le roi d’Éthiopie et d’autres princes auxquels ils étaient recommandés par ce monarque, ils arrivèrent enfin à d’immenses marécages dont aucun indigène ne connaissait l’étendue et qui étaient si encombrés de joncs et d’herbages qu’on ne pouvait les traverser que dans de petites pirogues à une seule place.

Cette description s’applique si bien au fleuve

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Blanc en amont du lac Nu que l’on peut considérer les deux Romains comme ayant devancé de dixhuit siècles les explorateurs modernes sur le vrai chemin des sources du Nil.

Ainsi il résulte des écrits d’Ératosthène et de Sénèque, qui sont parfaitement confirmés par les récentes explorations, qu’avant le premier siècle de l’ère chrétienne le principal bras du Nil avait été remonté jusqu’au 9» degré de latitude nord et que ses deux grands tributaires de l’Abyssinie, l’Astaboras ou Atbara et l’Astapus ou fleuve Bleu et probablement aussi l’Astasobas ou Sobat. étaient déjà connus. Dès lors aussi les bords du Mareb bifurqué et du Khor-el-Gash, affluent temporaire de l’Astaboras, étaient parcourus et décrits par des expéditions envoyées d’Égypte à la chasse des éléphants. D’après les inductions hypothétiques qu’Hérodote puisa dans le voyage des Nasamons, on doit supposer que le cours du Keilak ou Balir-el-Ghazal n était pas ignoré de ses contemporains *. En d’autres termes, les connaissances que les Grecs et les Romains ont possédées sur la partie supérieure du Nil au commencement de l’ère chrétienne, étaient plus étendues que les nôtres ne le furent jusqu’à l’époque actuelle.

Au deuxième siècle après Jésus-Christ le géo-

1. Hérodote, livre II, ôh. 32 à 34. Voir aussi Le Niger, Introduction, p. 3 à 5.

graphe Claude Ptolémée plaçait les sources du Nil dans deux grands lacs situés au delà de l’équateur sur les versants des montagnes de la Lune. Une étude approfondie du texte de Ptolémée, un examen minutieux de ses cartes les plus anciennes ne laissent guère de doute qu'il n’y ait dans les énonciations du premier et dans le tracé des autres des allusions positives aux montagnes neigeuses du pays de Zanguebar et aux deux grands lacs Yictoria et Albert. Toutefois on pourrait affirmer avec certitude que les connais* sances du géographe grec, à cet égard, étaient moins le résultat d’explorations ou de recherches antérieures que celui de simples renseignements obtenus sur la côte orientale d’Afrique et semblables à ceux que les Portugais ont recueillis aux seizième et dix-septième siècles, et qui, renouvelés de nos jours, ont provoqué les expéditions de Speke et de Baker.

Peu de générations après Ptolémée, la nuit se fit sur la carte du globe. Des ruines du vieux monde gréco-romain, bouleversé par les invasions, s’élevèrent de telles ténèbres, que toutes les conquêtes scientifiques des âges précédents s’y abîmèrent comme dans un nouveau chaos.

L’humanité perdit la notion de la terre, son domaine, et, avec cette notion, la conscience de son passé. Pendant de nombreuses générations, au-

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cun des groupes épars, entre lesquels elle était tronçonnée, n’étendit ses regards au delà de son horizon borné. La demi-civilisation arabe, avortée en pleine floraison, les croisades mêmes ne réveillèrent dans la mémoire des hommes aucun souvenir de cette grande et antique civilisation de Thèbes et de Méroé, dont le Nil, pendant un parcours de plus de six cents lieues, dispute aux sables du désert les vestiges et les tombeaux; et il faut descendre jusqu’au siècle de la renaissance européenne pour voir agiter de nouveau dans le monde de l’érudition la question des sources du Nil : — Caput Nili quærere.

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