‹ Le Nirvâna: poème dramatique en quatre actesChapitre 23 sur 72 · ACTE I. — SCENE VIII. 3i · texte numérisé non relu

ACTE I. — SCENE VIII. 3i

GAUTAMA

Tu ne peux rien de plus, en effet.

Car tu m as tout donné : femmes, trésors et joies, Tout donné, tout! Pourquoi faut-il que tu me voies Plus malheureux pourtant qu aucun de tes sujets. Pourquoi, si tous ces biens ne sont pas mensongers? O mon père! Comprends le mal qui sur moi pèse; Le banquet achevé, toujours la faim s'apaise; Pourquoi, mais pourquoi donc, au contraire, mon cœur, Plus on Taime, plus loin se croit-il du bonheur? C'est que tu ne peux rien me donner, pauvre père. Que ce que peut donner Thomme le plus prospère. C'est-à-dire des biens qui ne sont pas à lui. Des biens prêtés hier et repris aujourd'hui Par ces tyrans jaloux de la moindre liesse.

Ces trois tyrans : la mort, la douleur, la vieillesse.

LE ROI

Résignons-nous au sort du commun des humains!

GAUTAMA

Pourquoi se résigner, s41 est d/autres chemins Qui conduisent peut-être à des cités plus hautes. Où nous ne souffririons enfin que de nos fautes?

LE ROI

Et s'ils n'existent pas, ou s'il est trop ardu

GAUTAMA

En cherchant, même en vain, qu'aurai-je donc perdu ?

(Au vieillard.)

Que regretteras-tu de ta longue existence?

LE VIEILLARD

D'avoir vécu! c'est tout.

GAUTAMA, au roi.

Entends cette sentence!

(Au vieillard.)

Même au pays natal aucun regret laissé?

LE VIEILLARD

Le pays d'où je viens se nomme le Passé,

Jeune homme! et c'est, hélas! la commune patrie

Où nulle âme ne trouve, heureuse ni meurtrie.

Un abri pour l'amour ou contre le péril;

On la voit à travers les brouillards de l'exil,

Car on la voit toujours, car c'est toujours vers elle

Que palpite tout cœur, que palpite chaque aile;

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