ACTE I. — SCENE IX
Comme un éleveur qui, dès qu'ils peuvent marcher. Pousse, devant lui, ses agneaux vers le boucher.
LE ROI
Quels adieux, avant quel départ, veux-tu nous faire? De quel droit trouves- tu l'existence sévère. Toi, toujours entouré des soins les plus jaloux? Cest une ingratitude envers les dieux et nous.
GAUTAMA
O mon père, peux-tu voir une ingratitude Dans cette soif que j'ai d'un peu de solitude. Et mérité-je bien tes sentiments amers, En souffrant quand je vois souffrir tout l'univers?
LE ROI
Si l'univers gémit, d'où, mieux que de mon trône, Peut-on lui prodiguer la sagesse et l'aumône?
GAUTAMA
Je sens trop que ces biens dont disposent les rois Ne sont rien que mensonge et vanité!
YADARA
Tu crois?
Tu l'oses croire encor, quand ce drame t'enseigne Que Ton meurt pour ces biens que ton âme dédaigne, Pour ces biens qu un roi peut répandre à pleines mains, Ouvrant aux plus meurtris de joyeux lendemains! Ces biens, tu les hais? Soit! nen jouis pas toi-même; Mais jouis du bonheur de celui qui les aime!
GAUTAMA
Tu te trompes! Ce que je hais, en vérité, Ce ne sont pas ces biens, mais leur brièveté Qui rend 1 âme de plus en plus inassouvie.
Éternise un baiser, jy fixerai ma vie!
YADARA
Sache l'éterniser en le renouvelant!
Un bonheur fuit? Vers un autre prends ton élan! Marche et tu trouveras, comme le flot du Gange, Mêmes fleurs et parfums, bien que la rive change
GAUTAMA
Et de cette poursuite, et de ce long effort.
Que me restera-t-il à Tinstant de la mort?
Fleurs, parfums, en est-il quand le moment arrive Où le fleuve se perd dans l'infini sans rive? Où les trouver alors? Sur quels bords les saisir.