ACTE II. — SCENE II. 5i
Car j ai franchi d'un bond Tinfranchissablc abîme Qui nous refoulait tous vers le pays du crime, Et mes yeux et mon cœur sont encore éblouis.
Venez! Vous jugerez si je vous ai trahis!
Je suis si loin de vous! Ma voix est si lointaine! Approchez! Approchez! Je vous entends à peine. Venez tout près du bord; vous verrez le chemin Qu'à défaut de ma voix, indiquera ma main.
Ah! ne découragez ni ma voix, ni mon geste!
Si vous saviez Teffort qu il faut pour que je reste Parmi vous à sonder la vanité des mots, Au lieu de gagner seul la cité du repos!...
Parler nest un secours qu'aux âmes en enfance; Les mots sont un bruit vain quand tout est évidence
(II va s'asseoir un peu à Técart, absorbé dans sa pensée.)
ANANDA
Dans sa voix que d'espoir!
KACYAPA
Oui! mais sa vérité Contredit celle dont nous avons hérité.
Et qui vint jusqu'à nous de Tancêtre à lancêtre. On ne peut supposer que Gautama puisse être Plus savant que les saints et que les dieux, pourtant !
CARIPOUTRA
Vois ce vieillard qui suit le chemin de Tétang
ANANDA
Allons le saluer au nom de notre maître
Et surtout, évitons de lui faire connaître
L angoisse qui retient nos esprits en suspens,
Car nous devons laisser à Gautama le temps
Ou de se repentir, ou de chasser le doute
Qu'il a fait naître en s'éloignant de notre route.
CARIPOUTRA
Il faut voir, en tout hôte, un envoyé des dieux. Si ce vieillard est un ascète, il vaudra mieux. Au contraire, qu en sa présence tout s'explique. Et que nous acceptions son avis sans réplique.
(Ils vont à la rencontre de Purna.)