‹ Le Nirvâna: poème dramatique en quatre actesChapitre 35 sur 72 · ACTE II. — SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE II. — SCENE III

Et ce qui nous retient, et ce qui nous emporte; Elle est tout. La douleur, jamais nul plus que moi Ne mit en mouvement sa rigoureuse loi :

Mon corps nest quune longue ornière de sa roue.

(Montrant ses cicatrices.)

Vois mes mains! vois mon front! ma poitrine! ma joue!

(Les disciples examinent avec admiration.) CARIPOUTRA, à Gautama.

Le voilà le vrai saint!

KACYAPA, de même.

Voilà le vrai puissant!

PURNA, satisfait.

Pas un point de mon corps doù n'ait coulé mon sang! Mon triomphe, c'est ma blessure suppurante Que, depuis trente hivers, j'ai pu garder béante.

KACYAPA, fasciné.

Pourrions-nous voir.?

PURNA, montrant une large plaie sur sa jambe.

Regardez-la, je le permets.

Nul n'en put garder une aussi longtemps, jamais!

56 LE NIRVPANA.

ÇARIPOUTRA

Quels grands trésors de pénitences tu possèdes!

PURNA

Je vous enseignerai quelques-uns des remèdes

Que je ne voudrais pas emporter dans la mort,

Car je sens approcher le terme de mon sort;

J'en sais qui, sans tuer, donnent des douleurs telles

Qu'ils domptent, d un seul coup, les corps les plus rebelles.

Je fus le seul qui pus en reprendre trois fois!

J en fis rhommage à des disciples un peu froids

Et je les ai vus tous depuis — j'en compte treize! —

Presque avec volupté se rouler dans la braise,

Ou livrer leurs deux mains à de lentes cuissons,

Eux qui n osaient courir pieds nus dans les buissons.

ÇARIPOUTRA

Crois-tu qu'en renonçant à souffrir on atteigne Les sommets éclatants où la vérité règne?

PURNA

Quel blasphème oses-tu formuler?

ÇARIPOUTRA, désignant Gautama.

Cest le sien!

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