ACTE II. — SCENE III
PURNA
Sache marcher avant de nous parler de vol,
Et brise-nous sous ton pouvoir, nous qui ne sommes,
Quelle que soit notre science, que des hommes;
Malgré mes ans, malgré mes membres presque morts,
J'accepte le combat. Commençons par le corps :
Ton âme a-t-elle assez dominé ta chair basse
Pour la contraindre à l'accompagner dans Tespace?
Devant mille témoins, horizontal ou droit.
J'ai maintenu mon corps à la hauteur d'un toit.
En as-tu fait autant.?
ÇARIPOUTRA, à Ananda.
Vois-tu comme il l'écrase!
KACYAPA
Pense-t-il s'en tirer encor par une phrase?
ANANDA
Il est trop jeune, lui, pour être aussi savant
PURNA
Mon corps se balançait comme une étoffe au vent.
6o LE NIRVANA.
GAUTAMA
Combien de temps ton corps, vaincu par lame austère, A-t-il pu demeurer au-dessus de la terre?
PURNA
Le temps qu'il faut pour boire une écuelle de fiel
GAUTAMA
Combien de temps ton corps, presque immatériel. Par contre a-t-il gardé ton âme en esclavage? Et toi qui sondes tout, toi le savant, le sage. Qui, parmi les premiers, passes pour le premier. Tu crois ton âme libre et ton corps prisonnier; Tu peux prétendre avoir obtenu la victoire Parce qu'en un effort, à coup sûr méritoire.
Tu portas le combat de l'âme et de la chair A quelques pauvres pas de notre sol dans l'air?
PURNA
Donc tout efibrt est vain, tout miracle stérile; Souffrance, chasteté, tout devient inutile!
Où prendre alors le trait qui nous distinguera Du criminel, du jouisseur, ou du coudra?
Yama, dieu des enfers, en t'écoutant exulte,