‹ Le Nirvâna: poème dramatique en quatre actesChapitre 38 sur 72 · ACTE II. — SCENE III. 6r · texte numérisé non relu

ACTE II. — SCENE III. 6r

Car nul, jamais, ne proféra pareille insulte

Contre les dieux d'en haut, les dieux faits de clarté

GAUTAMA

Nul ninsulte les dieux, s'il veut la vérité

PURNA

Tais-toi! tu n'as cherché qu'un subterfuge immonde Pour déchirer les textes saints, la foi du monde; Tu n'as trouvé qu'un mot de plaisir et de mort, Pour plaire au faible et pour décourager le fort!

Qui donc me vit jamais chercher de vils prétextes

Pour ébranler la foi qu'on a dans les vieux textes,

Les hymnes et les chants sacrés où nos aïeux

Fixèrent leur savoir sur la vie et les dieux?

Ma mémoire est, non moins que la tienne, remplie

De ces trésors divins sous lesquels l'âme plie.

Et c'est dans ces trésors que j'ai pris le devoir

De toujours mieux comprendre et de toujours mieux voir.

De ne pas m'arrêter au sens premier des choses

Et d'entendre un soupir dans le parfum des roses.

PURNA

Puisque tu sais si bien les vieux hymnes, du moins Fais parler devant nous ces antiques témoins Et, pour que ton savoir nous donne sa mesure, Révèle-nous le sens de quelque stance obscure.

GAUTAMA

J'ai dépassé ces vérités depuis longtemps.

Poursuis ta course, ami, sous les soleils ardents.

Et si c'est bien la soif du vrai qui te dévore,

Marche, marche toujours! Plus loin! Plus loin, encore!

Va!... Tant que ton savoir peut tenir dans des mots,

Marche! elle est encor loin la cité du repos!

PURNA

La cité du repos? Dans quel livre infidèle.

Ton âme, espoir de tous les lâches, la vit-elle? Des œuvres, de la vie et non pas du néant.

Voilà ce qu'ont voulu les dieux en nous créant ! Ose me démentir !

GAUTAMA

Alors, de terre en terre.

Recommence tes jours d'angoisse et de misère

Page 1