Scène IV
GAUTAMA, seul.
A quoi bon révéler au monde
Le secret de la paix profonde Que j'ai conquise après tant de combats ?
Ne sera-ce inutile peine?
Qu'il garde un désir, une haine, Et celui qui m'entend ne me comprendra pas !
Ne sera-ce peine inutile ?
Et pourtant, cette paix fertile,
Ce repos éternel auquel je touche enfin,
Moi qui sais tout ce qu il en coûte Avant d'en découvrir la route,
Dois-je point l'enseigner à tous ces meurt-de-faim ?
Je vois la foule qui se rue
Vers la région que la crue Du fleuve bouillonnant des appétits pervers
Change en un mortel marécage
Exhalant la fièvre et la rage, Et les cclosions vénéneuses des chairs.
C'est Tàme de toute ma race
Qui s'empoisonne et s'embarrasse Dans ces pièges visqueux qu'on resserre en luttant!
Pour moi seul le conserverai -je
Le mot qui desserre le piège, Le mot qui m'a conduit au sommet éclatant ?
Et ce mot, si je le révèle, Pourra-t-il, de son étincelle,
Dissiper le brouillard épais qui traîne en eux?
Eux qui ne cherchent que la cendre.
Comment pourraient-ils te comprendre.
Mot éternel, mot apaisant, mot lumineux ?