Scène V
GAUTAMA, YADARA, MARCHANDS
(Yadara s'avance du fond de la scène précédant une caravane de
marchands.)
YADARA, aux marchands.
Le voilà triste et seul, écrasé par Toutrage ! J arrive à temps pour lui redonner du courage Et lui dire : Je viens panser tes sens meurtris.
(A Gautama.)
S'ils ne font pas compris, eux, moi je tai compris; Et tandis qu eux, les saints, te jettent Tanathème Moi je ne sais qu aimer, ô mon Maître, et je t'aime!
GAUTAMA
Quelle voix me rappelle au terrestre séjour ?
YADARA
Ma voix n'est plus la voix de ce profane amour Que tu fuyais ! Je viens te demander, ô Maître, Ce qu'il faut que je sois, ce que l'amour doit être !
GAUTAMA
Approche-toi du bord embaumé de Tétang !
Vois les roses des eaux, lotus bleu, lotus blanc,
Naissant au fond de Tonde et grandissant dans Tonde :
Les unes ramperont sur la vase profonde;
D'autres roses des eaux, lotus blanc, lotus bleu,
A Tappel des clartés chaudes montent un peu,
Balançant sous le flot vainqueur leur tête lasse;
Vois enfin, dans un fier efibrt, à la surface.
Et désormais victorieuses de Tétang,
D'autres roses des eaux, lotus bleu, lotus blanc!
YADARA
Oui ! je m'élèverai pour peu qu'on me soutienne
Et que ma main tendue enfin trouve la tienne.
Nous nous élèverons ensemble si tu veux.
Tu n'auras qu'à parler! Docile à tous tes vœux,
Je ne serai que la servante qui se plie
Aux gestes de son maître et que rien n'humilie,
Et mon âme sera comme un écho vibrant
De tout ce que la tienne a de doux, a de grand!
Vois Teffort que je fais pour sortir de la vase
Et pour monter vers la lumière de Textase.