ACTE III. — SCÈNE VI
« Avec les mêmes droits, chacun de vous est né; ce Prends au riche ta part terrestre de richesse! » Non! c'est pour vous ouvrir les yeux à la détresse De ce monde, au contraire, et pour vous enseigner Que tout trésor est vain, tout pouvoir mensonger; Que loin de les vouloir disputer à personne.
Il faut plaindre tous ceux que la terre emprisonne. Car les riches, les grands, de tous les prisonniers, Seront ceux qui seront délivrés les derniers, Peut-être, puisque hélas! leur rang et leurs richesses Font les murailles de leur cachot plus épaisses.
ANGOULIMATA
Hélas! Maître! comment alors, le criminel Oserait-il prétendre au repos éternel?
GAUTAMA
On laboure son champ, on arrose et Ton sème
Sans savoir à quel jour, à quelle lune même,
On tiendra la moisson en gerbes dans ses bras :
Tôt ou tard, cependant, moisson, tu mûriras.
Mais si tel grain fleurit à la saison prochaine,
Quel temps faut-il au gland pour te donner un chêne ?
Quel temps faudra-t-il donc à Tàme, en vérité.
Pour pousser ses rameaux jusqu'à Téternité.'^
loo LE NIRVANA.
ANGOULIMATA
Je suis découragé, Maître! Tu ne prépares Qu'une cité lointaine où les élus sont rares.
GAUTAMA
A qui veut, ma cité s'ouvre : délivre-toi En imprégnant ton cœur de Téternelle foi; Et dès que tu seras debout sur Fautre rive.
Au lieu de t'endormir dans la joie inactive, Pense à tous ceux qu'étreint encore le souci,. Et souviens-toi des jours où tu souffrais aussi. Conduis Taveugle alors; soutiens Thomme qu enivre Le poison de la terre et, délivré, délivre!
ANGOULIMATA
Maître, m'apprendras-tu des hymnes et des chants Pour saluer laurore et les soleils couchants?
A quoi bon rechercher des phrases qu'on murmure Trop souvent d'une lèvre ou distraite ou non pure ? Devient-on roi quand on redit les mots d'un roi? Les mots appris rendraient paresseuse ta foi; N'apprends qu'à bien penser! Il faut que la prière