ACTE IV.— SCENE I. ii
GAUTAMA, se soulevant sur sa couche.
Tout ce qui meurt est mensonger.
ANANDA
A Tentourer, sa voix sublime nous invite.
Approche, Soubhadda! j'attendais ta visite.
Viens éclairer ton àme à mon flambeau mourant!
Mais hâte-toi ! Je suis déjà hors du courant
Qui vous emporte encor, las et couverts de chaînes.
Dans le noir tourbillon des existences vaines;
Tu devais être le dernier de mes élus;
Mais hâte-toi, bientôt je ne tentendrais plus.
SOUBHADDA
Ne peut-on fuir la loi qui nous force à renaître
Sans augmenter le poids qui pèse sur chaque être ?
Tout en nous dirigeant vers Téternel pardon,
Pourquoi jeter ce que la Terre offre de bon?
Est-ce fuir le salut et fuir la délivrance
Que de donner quelque répit à la souffrance?
C'est contre la douleur que s'élève ta voix;
Pourquoi chasser ce qui rend moins lourds et moins froids
ii6 LE NIRVANA.
Les jours qu il nous faudra passer sur cette Terre ? Tu ne laisses d'espoir qu à Tâme solitaire.
Pourquoi deux cœurs aimants, dans une étreinte unis, Ne pourraient-ils monter vers les séjours bénis?
GAUTAMA
Mes disciples sauraient te répondre à ma place. Vois la corde d'un luth : trop serrée, elle casse; Et trop lâche, de même, elle ne chante plus.
Ainsi lame qui tend au séjour des élus Doit, pour pouvoir vibrer sous la clarté future. Éviter le plaisir autant que la torture.
11 faut^ pour qu'elle prenne à tout jamais son vol. Qu'elle ne garde rien de ce qui vient du sol. Certes, Tamour est bien le cri d'appel d'une âme. Un cri noble échappé de la matière infâme.
Mais c'est l'appel d'une âme esclave du trépas. Qui, ne pouvant monter, vous retient ici-bas. C'est l'appel le plus redoutable à Tâme lasse. Car, un instant, sous le baiser la chair s'efface Et l'âme qui contre une autre âme a palpité Dans un avant-goût large et doux d'éternité.
Poursuit sa délivrance au fond de sa chair blême Au lieu de s'efforcer vers le salut suprême.
C'est l'appel de tous ces esclaves du trépas