‹ Le Nirvâna: poème dramatique en quatre actesChapitre 69 sur 72 · ACTE IV. — SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV. — SCÈNE I

Qui vous déroute et qui vous enchaîne ici-bas,

Et cet appel jaillit vers vous des moindres choses,

Des tiédeurs du printemps et du parfum des roses,

De la chaleur du feu, du regard dun ami.

Car tout cela ce sont des fragments d'infini.

Prisonnier, comme vous, dans la mortelle trame,

Où chacun reconnaît la voix de sa propre âme.

Et c'est pourquoi, loin de répondre à cet appel.

Il faut le fuir, il faut s échapper vers le ciel,

Et quand on plane enfin, dans la pleine lumière.

C'est alors qu'à tous ceux qui rampent dans l'ornière,

On doit jeter enfin le cri libérateur.

Mais tout espoir donné sur hi terre est menteur :

Comment aider quelqu'un à s'évader de l'ombre.

Si soi-même on demeure au fond d'un cachot sombre ?

Et comment fuir à deux vers le séjour d'en haut.

Puisqu'on n'est jamais deux dans le même cachot?

SOUBHADDA

J'ai honte de troubler le terme de ta route.

Maître, mais je voudrais n'avoir plus aucun doute; Et je sens qu'en toi seul je puis trouver la paix. Loin des bas-fonds où, chaque jour, je retombais. L'âme, pourquoi ne pas faciliter sa tâche, Alors, en la jetant dans tout ce qui détache

ii8 LE NIRVANA.

Du goût de vivre, dans les actes douloureux Des ascètes?

Le Nirvana n est pas à ceux Qui voient dans le dégoût le fond de la science; Le dégoût nest souvent que preuve d'impuissance, Le dégoût nest souvent quun regret déguisé.

Le Nirvana ne reçoit pas Têtre épuisé Par la joie ou les pleurs; il ne s'ouvre qua letre Puissant que la lumière éternelle pénètre; Qu'aux esprits clairs qui, vérité par vérité, Font de leur âme une sereine éternité.

L'àme de l'ignorant est comme l'eau bourbeuse Qui, même en plein soleil, demeure ténébreuse. Le dégoût survit-il à ce monde charnel.'^ Or, j'ai dit : « Rien n'est vrai qui n'est pas éterneL » Prends cela pour flambeau, quand le doute te mine. Car dans ces quelques mots tient toute ma doctrine.

SOUBHADDA

O Maître! un autre point rend mon cœur soucieux : Pourquoi ne nous as-tu jamais parlé des dieux?

GAUTAMA

Mais toi-même, malgré ta vaste connaissance, Me les dépeindras-tu, ces dieux que Ton encense ?

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