ACTE IV. — SCÈNE I. nq
Ouvre tes souvenirs! Ne retrouves-tu pas
Le doute qui remplit les plus anciens Veddas?
« Lui, qui donne la vie et donne la puissance;
« Lui, de qui tous les dieux ont tiré leur naissance;
« Lui, dont Tombre est Téternité comme la mort;
<c Letre en dehors duquel il n est âme, ni sort,
« Ni ténèbres, ni jour, ni rien qui s'accomplisse,
« Qu'est-il ce Dieu vers qui monte mon sacrifice ? »
Or je suis revenu du Nirvana lointain
Pour vous porter non le douteux, mais le certain ;
Je nai jamais prêché que ce qui reste utile,
Pour guider votre effort et le rendre fertile.
Il faut, hélas! fût-on le plus puissant mouni,
Homme, marcher à pas humains vers Tlnfini.
Que vous importe un Dieu multiple ou solitaire.
Si vous ne savez pas comment fuir cette Terre?
Et qu'importe ce qu'est le séjour des heureux.
Si vous vous résignez au monde ténébreux ?
Au lieu de définir la lueur inconnue.
Je me suis contenté de vous donner la vue;
Au lieu de disserter sur les divinités,
Je vous ai déliés et vous ai dit: « Montez! »
SOURHADDA
Quand l'homme quitte enfin ce monde d'infortune
Sa voix va dans le feu, sa pensée à la lune.
Son souffle dans le vent, son œil au soleil clair, Son corps va dans la boue et son « moi » dans 1 ether. Quand est mort tout cela, que reste-t-il de Têtre ? Qu'est ce néant qui dans le Nirvana pénètre?
GAUTAMA
Au lieu de définir vainement les clartés.
Je vous ai déliés et vous ai dit: « Montez! »
Montez, amis, ainsi que j'ai monté moi-même;
Car nul ne peut savoir la vérité suprême
Tant que le souvenir de sa chair le poursuit.
Vous naissez dans la nuit, vous vivez dans la nuit ;
Qu'étiez-vous donc avant qu'un Dieu créât le monde ?
Le terme et le départ, la même nuit profonde
En interdit la vision à l'œil humain.
Montez! mais sans vous égarer hors du chemin
Que je vous ai tracé, car la cité sublime
Du repos, où plus rien enfin ne vous opprime,
La sublime cité resplendit devant moi ;
Ni coudra, ni guerrier, ni brahmane, ni roi...
L'âme!... L'âme dans la sérénité féconde
Qui fleurissait avant qu'un Dieu créât le monde.
SOUBHADDA
O mon Maître! ô Bouddha! tout mon être, à jamais,