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le prix moyen de la pierre à maçonner » — aux environs de 4 francs le mètre cube — était égal à ce qu'il est présentement sur l'ensemble du territoire français, soit que le transport, soit que l'extraction elle-même, plus onéreuse avec des outils moins fbons et la poudre de mine plus chère, aient com- ^pensé le taux modeste des anciens salaires.
Il existait des briques à bon marché — depuis ;30 francs le mille — mais si mauvaises et si mal 1 cuites, que leur emploi n'offrait aucun avantage et, [de fait, leur débit est insignifiant. La brique de bonne qualité valait de 80 à 100 francs le mille au Moyen Age; elle diminua aux temps modernes, sur- [tout dans les ports de Boulogne à Nantes, où était importée par mer la brique de Hollande. Paris faisait venir la sienne de Bourgogne et la payait une cinquantaine de francs sous Louis XV. Dès le règne de François I"" avait commencé la mode des murs en fonds de bricjues, avec encoignures et croisées de pierre blanche, qui caractérisèrent le « style Louis XIII 1) ; mais cette construction, propre aux châteaux, n'avait rien d'économique et ne fut jamais populaire. Elle exigeait un mortier trop lin.
Or, la chaux, la simple chaux grasse des campagnes, que rei)Oussent nos architectes et que remplacent chaque jour davantage la chaux hydraulique et le ciment, se jiayait jadis le double de son prix actuel. Pour les bâtisses vulgaires on se servait exclusivement d'argile délayée dans l'eau. Dans les villes mêmes, on se contentait souvent de « terre à maçonner » payée de 5 à 9 francs le mètre cube. Pour la chaux, d'ailleurs, on constate des écarts incroyables d'un lieu à un autre, depuis 1 fr. 50 l'hectolitre à Tours et en Lorraine, jusqu'à 8 francs à Dunkerque, 11 francs à Nîmes et 22 francs à Mar-
seille. Aux dernières années de la Monarchie, où la chaux était plus répandue et à bien meilleur marchf'' qu'aux âges antérieurs, les prix variaient encore du simple au double à Paris et du simple au triple entre l'Auvergne et le Berry.
A défaut de bons mortiers on faisait les murs plus épais; ils tiraient la solidité de leur masse et. comme le mur de i mètre ou l'°,50 n'exigeait pas deux ou trois fois plus de travail que deux ou trois murs de 0"',50, puisqu'il ne comportait que deux parements au lieu de quatre ou de six, on obtenait des maçonneries à G fr. 25 le mètre cube en des localités où les matériaux étaient en abondance et où la façon n'était pas comptée plus d'un franc le mètre.
Les prix anciens de la maçonnerie dépendaient beaucoup de celte différence d'épaisseur : à Fontainebleau (1528) où les murs du château de 1",45 de large, ne se payaient que 12 fr. 35 le mètre superficiel, le mur des jardins, bien que quatre fois et demie moins épais, — 32 centimètres, — valait cependant 4 francs, chiffre d'ailleurs modique, puisque La Trémoille payait sur le pied de 6 francs le mètre la clôture de sa vigne, à La Ville-l'Kvêque (1396) et Marie de Médicis 11 francs celle de son parc du Luxembourg (1625).
Le prix courant, en bonnes pierres, était de il à 12 francs le mètre cube en province; à Paris (1703) les murs de 55 centimètres seulement étaient cotés 12 fr. 50, presque aussi cher que nos entrepreneurs de la capitale demandent, en 1913, pour une bâtisse de moellons ou de meulières avec mortier de chaux hydraulique.
Il se faisait du reste fort peu de murs à Paris : « La construction des maisons particulières en pans de bois y est presque universelle », dit le Mémoire
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des Intendants (1701). Pour les préserver du feu on les recouvrait de 2 à 3 centimètres de plâtre, en dehors et en dedans; la charpente était à bon marché et le bon plâtre était fort cher, de sorte que l'éco-
^nomie par rapport aux moellons était mince, mais le )ropriétaire gagnait ainsi du terrain; or, il y avait à *aris bien des maisons qui n'avaient pas i mètres de )rofondeur. C'est même à celles-là que l'édilité prélendit au xviu' siècle restreindre l'usage des pans de )ois, tout en leur permettant de s'élever jusqu'à 16 mètres de hauteur.
Vers 1675 les plafonds recouverts de plâtre rem- )lacèrent les grosses poutres apparentes, sans que
[■pourtant le plâtre eût beaucoup baissé : l'hectolitre, lont le prix actuel est de 1 fr. 70, coûtait sous l'ancien régime 4 à 6 francs et l'on ne s'en procurait
[pas toujours à discrétion : le comte de Provence, [ui en manquait pour son château de Bruno) (1781) 5'adressait au lieutenant de police afin d'obliger les ^oituriers à marcher de force et payait 624 francs la laréchaussée qui escortait ces convois.
Dans l'ensemble de la France, au Moyen Age, le )lâtre s'était en général vendu le triple de ce qu'il iraut de nos jours; mais le bois était à moindre prix, suivant l'abondance des forêts dans la région, suivant sa qualité, son essence et l'usage auquel il était lestiné, le mètre cube de bois d'oeuvre pouvait lépasser 100 francs ou descendre jusqu'à 20 francs. Il avait beaucoup diminué au xv' siècle par rapport lux prix antérieurs, — de 60 à 40 francs — pour remonter au xvr" siècle. Les fûts superbes, d'où l'on lirait ces charpentes de cathédrales ou de châteaux,
lencore intactes aujourd'hui, dont nous admirons le
[savant édifice, n'étaient pas si communs que la vaste surface du sol boisé permettrait de le supposer. La
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preuve c'est le haut prix qu'atteignaient certaines forêts bien aménagées, comme celle de Clermont (Oise), où la coupe rajjportait 3.000 francs l'hectare en 1533, chiffre qui passerait pour très avantageux de nos jours. Nous ne savons combien de terrain représentent les 100 pieds d'arbres que le cardinal de Bourbon obtient de [)rendre dans la futaie de Coucy pour son château d'Anisy ; pour la charpente des Tuileries, Catherine de Médicis se fit octroyer 10 hectares de la forôt de Neuville-en-He4 dans le Beauvaisis.
Là où le bois ordinaire équarri valait seulement 40 à 50 francs, les grosses poutres de chêne montaient à 90 francs. Le boisd'œuvre demeurait toutefois le meilleur marché de tous les matériaux; son prix ne dépassait pas en moyenne la moitié de ce qu'il est de nos jours. II en fut ainsi du moins jusqu'au dernier tiers du xvm* siècle ; car à Paris, sous Louis XVI, les poutres pour les constructions de luxe valaient 200 francs le mètre cube, les solives, les bois d'escalier et de lucarne de 130 à 160 francs, c'est-à-dire un taux supérieur à celui de 1913.
Les autres éléments indispensables de la confection d'un immeuble, les autres chapitres dun devis, même du devis le plus humble, étaient de valeur égale ou supérieure à ce qu'ils sont de nos jours. Je n'ose faire passer sous les yeux du lecteur les prix de la toiture, de la menuiserie, serrurerie, vitrerie, plomberie ; j'ai scrupule de le rebuter par la longue énumération des chiffres, dont j'ai déjà peut-être abusé, et je préfère renvoyer les personnes soucieuses du détail aux tableaux où ces chiffres, classés et traduits en mesures et monnaies modernes sont publiés in extenso, pour le logement, comme ils
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l'ont été précédemment pour d'autres dépenses i. Suivant les révolutions de l'industrie ou des transports, les oscillations de ces chiffres furent parfois énormes : pour la toiture la plus courante jadis, celles de tuiles clouées sur lattes, les clous à lattes, fau lieu de 3 ou 4 francs le mille, comme sous Louis XV, ou môme 6 et 7 francs comme au Moyen jAge, ne coûtent présentement que 0 fr. 50 le mille, )arce qu'ici la profusion du fer combinée avec le )rogrès du machinisme ont réduit à presque rien ;ette marchandise naguère précieuse.
Les lattes ont elles-mêmes diminué, bien que le )ois ait augmenté, parce que son débit est plus écolomique. C'est ce que l'on remarque aussi pour le îhevron, qui valait au temps de la Renaissance le idouble du bois moins façonné, tandis qu'il coûte aujourd'hui le même prix; sans doute à cause des frais minimes du sciage à la vapeur. Dans la menuiserie on ne saurait expliquer comment nombre d'articles étaient aussi coûteux que de nos jours, sinon par ce fait que la part plus grande de main-d'œuvre [.compensait autrefois le bon marché de la matière. On est surpris de voir qu'au château de Fontaine- )leau (1531) les « planchements faits sur les aires les salles, chambres et cabinets» se payent 18 francs le mètre carré, plus cher que nos planchers lodernes à point de Hongrie les mieux soignés. Paris, en 171i, d'après le tarif de l'Âlmanach loyal, les parquets avec leurs lambourdes étaient îotés 29 francs le mètre, et les planchers communs Bordeaux, à Bourges, à Soissons, se payaient au Lviii^ siècle de 3 fr. 50 à 9 francs; prix qui ne sont
1. Voyez le lome VI de mon Histoire économique de la pro- Ipriélé, des salaires, des denrées, et de tous les prix, de 1200 " 1800. (Chez E. Leroux.)
pas inférieurs aux nôtres suivant l'essence des frises que l'on emploie. Le travail n'était d'ailleurs pas mieux exécuté, puisque d'opulents seigneurs, comme le cardinal de Richelieu, se croyaient obligés de commander à Paris le plafond de bois du cor[)S de garde [)onr son château de Touraine. «< parce que, dit-il, je désire qu'il soit beau et bien fait ».
Il était naturel qu'on ne couvrît guèro en ardoise lorsque même dans le voisinage d'un centre de production comme Angers, sur les bords de la Loire, à Nantes ou à Orléans, le mille d'ardoises valait moitié plus et dans les localités moins favorisées, trois fois plus que de nos jours. Les riches couvraient parfois leur château en plomb, en lames de cuivre comme à Marnay (Franche-Comté), ou en pierre de liais de 10 centimètres comme à Saint-Germain, dont la toiture ressemblait à une pyramide.
Ces particularités offrent peu d'intérêt pour l'histoire des classes moyennes et populaires qui nous occupe ici ; tandis qu'il est fort curieux d'observer que les toitures en chaume ont coûté depuis six cents ans, à peu de chose près, tout autant que de nos jours : au prix de 5 fr. 50 le quintal, année moyenne, les trente kilos de paille, au mètre carré, qu'absorbe ce genre de couverture correspondent aujourd'hui à 1 fr. 65; somme qui.peutètre regardée comme identique à celle que représenta d'ordinaire, du Moyen Age au XIX'' siècle, le mètre de toit des chaumières françaises.
Suivant que tels ou tels matériaux ont baissé ou enchéri, leur usage s'est naturellement développé ou restreint : un officier de marine, médiocrement fortuné, ne pourrait sans doute plus s'offrir à Brest, ainsi que le commandant de Balleroy, en 1781, des boiseries à 5 fr. 50 le mètre; mais la peinture à deux
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couches de son cabinet lui coûterait beaucoup moins de 1 fr. 80 le mètre carré que payait ce chef d'escadre sous Louis XVI, et surtout on ne lui compterait pas le vitrage à raison de 25 fr. OU par croisée.
IAu XVI'' siècle, le petit carreau de 32 centimètres yalait 2 fr. 60 en verre blanc, quatre fois plus en *verre peint et le panneau de verre neuf, en gros blomb, représentant des armoiries, devises ou « hispires », coûtait environ 400 francs. Si les vitraux ont peu baissé depuis la Renaissance, les vitres sont devenues vulgaires; elles ne sont plus un privilège de l'aisance et l'on ne répondrait plus au bachelier de Limoges, qui demandait où il devait déposer des exemplaires de sa thèse : « Allez dans toutes les maisons où vous verrez des vitres aux fenêtres». C'est une des conquêtes de la Science que d'avoir fait pénétrer le jour dans les plus humbles demeures, dont les châssis de papier sacrifiaient jadis la clarté à la chaleur.
Ce progrès n'est pas le seul et si, comme je crois l'avoir montré par les chiffres, il n'en coûterait pas plus de nos jours que jadis pour bâtir une maison analogue à celle de l'ancien type; si, tout en doublant le salaire effectif des ouvriers du bâtiment, notre iècle est parvenu à ne pas augmenter les frais de la âtisse elle-même, c'est que notre industrie guidée ar la Science a su réduire le coût des matériaux. Le loc de grès, mécaniquement découpé en tranches, oli au fil tordu, semble n'avoir plus rien de sa ureté indocile, lorsqu'on voit le perforateur à cou- 'teau circulaire isoler dans son sein une colonne cylindrique qui laisse, une fois retirée, un trou à sa place. Ces pierres taillées ou dégrossies, tel gros marchand de Paris en fait venir, de trentetrois centres de carrières, deux millions de mètres cubes par an.
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La l)ri(|uo. })ar la compression et la (jualilé iJ».' la terre; le plâtre, par la cuisson dans les fours coulants à feu continu; la chaux hydraulique et le ciment, par le perfectionnement de la moulure qui ramène les matières à une complète homogénéité; l'ardoise, dont une seule maison d'Angers extrait et façonne 180.000 millions par an, sont devenus ou meilleurs ou moins chers. Dans la charpente, où le fer depuis cinquante ans se substitue au bois, où le bois lui-même vient de l'étranger, le sapin de Norvège, le chêne de Hongrie; dans la menuiserie où les portes, découpées en masse, assemblées par des femmes, n'exigent plus que quatre heures de travail au lieu de quinze, de nouvelles substances, une main-d'œuvre transformée, tendent à abaisser le prix de revient.
Pour l'édification des murs, depuis les plans inclinés que montaient patiemment la hotte au dos, les ouvriers du Moyen Age, jusqu'aux treuils actuels, mus électriquement à Paris au moyen d'un branchement sur le secteur, quelle suite de révolutions accomplies! Pour transporter et ériger les deux blocs qui forment le fronton de la colonnade du Louvre, les cordages seuls coûtèrent 5. 200 francs. Et quoique, cent ans plus tard, l'architecte Soufflot, au Panthéon, eût employé, dit un contemporain, « la plus belle grue qui ait jamais été faite, capable de porter des pierres immenses, au moyen de deux hommes, à la plus grande hauteur », l'usage des appareils élévatoires était encore bien peu répandu.
Sous Louis-Philippe, pour monter chaque pierre à la chèvre, on devait fixer dedans, au préalable, un anneau de fer, « la louve», enfoncé de 8 ou 10 centimètres, longuement serré et scellé, dans lequel on passait le filin de chanvre. Il n'est pas
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besoin d'être bien vieux pour se rappeler ces interminables échelles que gravissaient les limousins, r « oiseau » — auge — de mortier sur la tête, ou le long desquelles ils faisaient la chaîne, les moins vigoureux roulant les moellons sur leur poitrine, les autres, à bout de bras, les haussant jusqu'à leur camarade. Avec les pratiques d'il y a cinquante ans, on mettait trois mois pour une farade que l'on monte aujourd'hui en (juinze jours. Il est vrai que
|,ces innovations ne s'appliquent pas à la maisonnette rurale d'un étage et que l'on ne dispose, aux champs, d'aucune force électrique.
Pour les métaux, l'abaissement de prix moderne n'est pas moindre des trois (juarts; le plomb valait 150 francs les 100 kilos, le cuivre 800 francs, le fer 80 à 100 francs à l'état brut. Façonné en « gonds à pendre huis », en croisées ou barreaux de fenêtres, il se payait jusqu'à 280 francs. Aussi le paysan n'employait-il pas le fer et usait-il même de serrures en bois, bien que la fonderie fût demeurée œuvre purement agricole et non manufacturière,
[jusqu'à la fin du xvni« siècle. C'était, en pays de minerai, une occupation d'hiver : le haut fourneau s'allumait à la fin des vendanges pour s'éteindre à la récolte des foins. Il suffisait à une consommation insignifiante : le Roussillon, qui passait au Moyen Age pour exportateur de minerai, expédiait en réalité,
j d'après les comptes du péage, une moyenne de 40 tonnes par an dans les provinces voisines. Sur le territoire qui correspond à notre ancien département du Haut-Rhin, la vente du fer, qui constituait un monopole, était d'environ 100 tonnes au début du xvn" siècle. Dans la France contemporaine, un district de même étendue en exige 150 fois davantage.
Comme il fallait environ 1.70() kilos de bois pour un rendemont de ICMJ iiilos de fer, une forge moyenne absorbait à elle seule la production de 2.0<M) iiectares de forêts. A mesure que les défrichements augmentèrent, beaucoup de hauts fourneaux disparurent. La main-d'œuvre contribuait à l'élévation des prix : Messarge, dans l'Allier, pour produire 150 tonnes de fer en 1794, employait, au dire du commissaire de la Convention, 500 personnes; le dixième de cet effectif serait aujourd'hui suffisant pour une pareille quantité.