CHAPITRE IX
Complication des maisons modernes.
Aménagement contemporain.
iiO substantif « maison » s'applique aujourd'hui à des édifices incomparables à ceux des siècles passés. — Exemples des dimensions médiocres des anciens logements de hobereaux et de bourgeois. — Le type dos maisons change dès le xvne siècle, beaucoup plus à Paris qu'en province. — Preuve par les loyers comparés. — La distribution nouvelle; les appartements de plain-pied. — Bon marché ancien de l'ornement artistique. — Jean Goujon, Germain Pilon, les façades du Louvre. — Dix-huit ans pour installer un salon.
— Les appartements des seigneurs au château de Versailles.
— Le confort. — « Retraits » odorants de Diane de Poitiers et de Catherine de Médicis à Saint-Germain. — Sous Louis XiV, on regarde comme une amélioration la suppression des « privés » à l'intérieur des maisons. — Les nouveaux a lieux à l'anglaise » à la fin du xvni« siècle. — Des sonnettes remplacent les « demoiselles » à appeler les gens. — L'eau; l'idée ne vient pas de canaliser au dedans les fontaines des jardins. — Les bains, les barbiers éluvisles, la machine à feu de Chaillot sous Louis XVI. — 14 mètres cubes pour 72 francs. — Le loyer actuel n'entre que pour deux tiers dans la poche des propriétaires. — Conséquences de la hausse du terrain. — Loyer d'un jardin de 2.000 mètres carrés à Paris sous François !«>•, sous Louis XIV et aujourd'hui. — Le pauvre a des parcs et squares publics qu'il n'avait pas. —
Du seul moyen de faire baisser les loyers populaires. — Comment il serait aisé de construire des habitations à bon marché, donnant un revenu normal.
Puisque l'histoire des matériaux nous apprend que les frais de construction n'ont pas augmenté, et que l'histoire des maisons nous montre qu'elles ont beaucoup enchéri, nous en tirerons cette conclusion naturelle que le substantif « maison » s'applique de nos jours à des édifices fort peu ressemblants à ceux qu'il désignait au Moyen Age ou même sous Louis XIV. Les « maisons » diffèrent autant, dans la suite des siècles, que diffèrent aujourd'hui de celles d'un village des Hautes-Alpes, celles qui sont mises en vente à la Chambre des notaires de Paris.
De là cette autre conséquence : puisqu'on ne pouvait se bien loger avec peu d'argent, le bas prix des immeubles de jadis nous prouvera désormais leur médiocrité relative. Et ceci est vrai pour toutes les classes de la population : un diplomate franc-comtois raillait en 1619 les hobereaux de son pays qui « s'accagnardent de père en fils au foyer d'une chétive cabane façonnée en château... et se contentent de l'abri d'une salle obscure et dépavée où les rats font rage ». Les habitations urbaines n'étaient pas moins modestes jusqu'à la fin du xvi^siècle : à Poitiers, le logis des Herbert, famille puissante et grandement alliée de la bourgeoisie provinciale, se composait au rez-de-chaussée d'une salle unique de 7™,20 sur 11™,50, éclairée par deux croisées à meneaux faisant vis-à-vis à une cheminée monumentale. Au premier et au second étage cette surface se divisait exactement en deux pièces de 5",65 sur 7", 20; une tourelle polygonale, en saillie, renfermait l'escalier desservant les deux étages à l'aide d'un couloir exté-
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rieur en bois, et c'était tout. Par ses pignons élancés, couronnés de fleurons fièrement galbés, par ses ornements multiples, culs-de-lampes et animaux divers, cet hôtel, démoli en 1887, était un morceau exquis d'architecture; mais ses dimensions et sa disposition, de morne les bancs en pierre qui garnissaient les mbrasures des fenêtres et les carrelages en terre cuite qui supportaient le bousillage des planchers, révèlent les mœurs très simples des propriétaires, Albert Diirer, dans son Vuyaye aux J*ays-lias, dit avoir pas vu, dans loule V Allemagne, maison areille à celle du bourgmestre d'Anvers qu'il ppelle une demeure princière. Or, cette maison qm jexiste encore n'avait de remarquable que sa taille, •.alors exceptionnelle, aujourd'hui ordinaire à nos eux. De fort piètres demeures suffisaient à des seineurs qualifiés : à Nancy, l'hôtel des Ludres, sénéhaux de Lorraine, était une maison achetée en 1502 'un marchand dans la grand'rue, pour 7.000 francs e notre monnaie*.
« Il n'en coûte guère plus aujourd'hui, écrivait oltaire (1754), pour être agréablement logé, qu'il 'en coûtait pour l'être mal sous Henri IV... A voir ce nombre prodigieux de belles maisons, bâties dans Paris et dans les provinces, on croirait que l'opu- [Jence est vingt fois plus grande qu'autrefois ». Volaire n'avait pas compté avec les architectes; la richesse s'était accrue, en etfet, et si les maisons étaient mieux bâties et les appartements mieux distribués, les loyers étaient plus chers. C'est même arce que le type avait changé beaucoup plus à Paris qu'en province, que l'on payait au faubourg Saint-
1. Je rappelle au lecteur que tous les prix de ce volume sont Ldes francs actuels, les anciennes monnaies ayant toutes été [traduites en monnaies de nos jours.
Germain, pour nombre d'hôtels, plus de 15.(XX) francs par an et que les immeubles les plus exigus de la capitale rapportaient au minimum 400 francs, alors que l'on en trouvait encore de 70 à 85 francs à Nantes, Limoges, Boulogne, Nîmes ou Soissons, de 36 à 47 francs à Meaux, Evreux ou Clermont-Ferrand. Ceux-là ('■taient évidemment des masures ; ilconsistaient en une simple chambrette.
Au temps de Voltaire, M"' Deschamps, beauté célèbre et « danseuse dans les chœurs » à t'Opéra, avait rue Saint-Nicaise 10 pièces de plain-piod, consistant, d'un côté en salle à manger, antichambre et w pièces de compagnie », dont un « salon à trois fenêtres », le tout « orné de glaces »; de l'autre en <i appartement à coucher » avec les garde-robes et « cabinets de lieux à l'anglaise » (1760).
Ce dernier local était alors une rareté ; tandis qu'on trouvait assez fréquemment dans les Petites Affiches l'offre d' « appartements ornés de peintures de Largillière », en dessus de portes ou de cheminées ; et cela pour des logis assez communs, situés le long de voies médiocres où deux voitures pouvaient à peine se croiser, comme la rue Geoffroy- Langevin. Maintenant qu'un tableau de maître du xviii" siècle se vend à plus haut prix que nombre de maisons du Marais, les peintures et sculptures d'art sont devenues un luxe à portée des seuls richissimes. Simple loi de l'offre et de la demande.
Le bourgeois avait décoré sa façade de moulures à grand relief, de cordons superposés, et de rinceaux de feuillage frisés qui ne lui coûtaient pas cher, au temps oîi un « maître-tailleur d'images » qui s'appelait Jehan Goujon faisait une tète de chérubin pour 36 francs, et une statue de la Vierge avec les quatre Evangélistes « à demi-taille » pour
1.900 francs; où Germain Pilon, autre « imagier », recevait 240 francs pour trois statuettes de marbre, et 2.500 francs pour trois figures d'un mètre de haut, en ronde bosse, sur marbre blanc (1559).
Sous les Valois on pouvait, à bon marché, passer pour un protecteur des arts : la frise de festons, « composée de fruitage avec petits enfants et oiseaux y entremêlés », qui orne le second étage de la cour du Louvre, fut payée 1.300 francs à Pierre L'Heureux et à trois de ses confrères. Deux autres artistes, pour 3.100 francs, se chargent d'une bonne partie des sculptures de la façade du Louvre, « du côté de la rivière », tels que mufles de lions et festons de chêne, K couronnés à l'impériale, enrichis de branches de lauriers, petits enfants nus et trophées d'armes antiques (1565).
Sauf quelques étrangers auxijuels il fallait, pour les attirer, faire des conditions avantageuses — tels étaient alors par exemple les Florentins employés aux ouvrages de stuc, à raison de 320 francs par mois — les « artistes », peintres ou sculpteurs, qui ont décoré les hôtels et les châteaux des derniers siècles, touchaient des salaires un peu plus que doubles de ceux des manœuvres. Leur nombre, par rapport à une clientèle restreinte, ne leur permettait pas de monnayer plus haut leur talent. Aujourd'hui, au contraire, la foule des amateurs millionnaires qui achètent les tableaux et les bustes, se refusent à commander des objets d'art immobiliers en bois, en pierre ou en bronze, parce qu'ils les jugent trop coûteux. Aussi ne s'est-il rien fait, au xix" siècle, qui puisse être mis en parallèle avec des boiseries comme celles de l'hôtel de Penthièvre, dans la galerie fameuse où se tient annuellement l'assemblée des actionnaires de la Banque de France.
Lli NIVELLEMENT DES JOUISSANCES
La mode y est aussi pour quelque chose : nos contemporains sont plutôt bibelotiers que créateurs et, moins sûrs de la stabilité des situations acquises, ils sont plus pressés de jouir que leurs aïeux. Qui voudrait de nos jours mettre dix-huit ans à installer son salon, comme le maréchal duc de Croy sous Louis XV? Il avait loué rue du He;.'arfl un hôtel tout bâti, avec le droit de mettie son nom sur la porte. « Ainsi, dit-il, je me faisais un superbe Hôlel de Croy à Paris, où il n'y en avait jamais eu ».
Après avoir travaillé depuis 1752 à la décoration de son rez-de-chaussée, il se félicite en 1770 que « son salon soit fini à la dorure près. Il était superbe, ajoute-t-il, de bon goût et ce n'avait pas été sans peine, car il avait fallu talonner pour si bien réussir, mon fils et moi, ayant été obligés de faire changer bien des choses. Les tableaux en bas-relief, les médaillons, les portes, furent des objets où nous eûmes honneur. La grande chambre à côté, diiïéremment meublée et l'antichambre achevée furent très admirées, étant à grande perfection. C'était du beau et du cher »...
Ces confidences nous initient à la collaboration intime des grands seigneurs avec les artistes du xviu^ siècle, d'où sont sortis ces hôtels du Faubourg Saint-Germain, déjà en grande partie disparus, vraies merveilles de goût par l'harmonie des proportions, la somptuosité noble et discrète. Le confortable seul y manquait, mais les propriétaires ne s'en souciaient guère : « Mes enfants étaient très haut et pas trop bien logés », dit l'un d'eux.
Qu'importent ces détails à des courtisans, heureux de se replier en des mansardes, s'ils « accrochaient du Roi » ce qu'ils appelaient « un appartement au château de Versailles »? Cette désignation pom-
peuse s'appliquait, pour les plus huppés, à quelques chambres minables qu'ils faisaient peindre et dorer à leurs frais. — Le Roi donnait seulement les lieux clos et couverts. Quelques débours qu'ils eussent faits, leur jouissance était précaire, malgré les « bons du Koi » et les « assurances » toujours révocables, s'il plaisait à Sa Majesté de changer quelque aménagement dans son palais. Aussi ces « privilégiés » tremblent-ils de perdre le logis exigu, souvent malsain et humide, mais qui « fait tout mon bonheur », dit l'un d'eux, parce qu'il resserre et maintient le jontact avec le maître.
Un besoin nouveau, né au xviii" siècle, fut celui les citadins aisés de posséder une villa, une « guinguette » avec jardin extra muros. Vers la lin du règne ie Louis XIV, les rives de la Seine, à 1.500 mètres le Paris, étaient encore solitaires; on s'y trouvait bomme dans un désert. Cinquante ans plus tard les bords du fleuve, presque jusqu'à Marly, étaient ifarnis de plantations et de maisons élégantes. ^ Il se lit alors à Paris des appartements de locaion — spéculation nouvelle — assez grands pour Iffrir une douzaine de pièces de plain-pied, « la blupart parquetées >>. Les parquets étaient l'objet l'une mention spéciale, comme les glaces et les theminées de marbre, parce que le type ordinaire le maison neuve ne comportait encore que des logis ' irrelés et, sur l'âtre des cheminées, des tablettes B bois. La distribution intérieure demeurait assez Barbare : les occupants s'en accommodaient : une kmille demande, par la voie des journaux (1762), un jlogemenl qui ne dépasse pas 6.300 francs et spécifie ju'il devra se composer d'une anlirhambre qui puisse m-vir de salle à manger, d'une salle de compagnie, pambre à coucher, etc.
[.E MVEIXEMENT DES JOLISSANCES
Les locataires actuels ont plus d'exigences, pour des loyers inférieurs : ils ne veulent dirier ni dans leur cuisine, ni dans leur antichambre, et ne se contenteraient plus, comme le bourgeois de Paris sous Louis XV, d'avoir dans la cour, à côté du puits à margelle, un « cabinet et siège d'aisances » adossé au mur et couvert en tuiles. La décence d'alors ne redoutait pas le plein air : dans les cabarets élégants, où la meilleure compagnie se donnait rendez-vous pour souper, les clients qui ont « envie de quelque chose », nous dit le comte de Caylus, vont au jardin et, sans distinction de sexe, se rencontrent dans un coin au clair de la lune.
Un détail assez digne de remarque est que les « privés », intérieurs, qui apparaissent vers la fin du xviii^ siècle comme une nouveauté, sous le nom de M lieux à l'anglaise >> que l'on ne manquait pas de mentionner dans les appartements offerts, avaient été usités durant tout le Moyen Age et jusqu'au xvi' siècle. Au château de Saint-Germain, il y avait des « retraits communs, avec sièges en maçonnerie en brique », dédiés à la foule des courtisans qui, d'ailleurs, négligeaient de s'y rendre, — il avait fallu mettre des cloisons en plâtre, pour empêcher que w des galetas on ne puisse faire ordure au haut des escaliers à vis ».
En outre, dans les appartements du Roi, de la Reine et des personnages de distinction, étaient ménagés des retraits particuliers que nous décrivent les Comptes des Bâtiments : celui de Diane de Poitiers, contigu à sa garde-robe, consistait en une tranchée faite dans le mur, remaçonnée ensuite, et éclairée par une petite lucarne à treillis de fer. Celui de Catherine de Médicis n'était pas plus compliqué. L'entrepreneur insiste toujours sur ce que
la maçonnerie a été bien étoupée elle siège soigneusement « enduit tout à l'entour, afin (Voter la senteur dudit retrait », comme il est dit pour celui que « Monseigneur de Saint-André », — le maréchal d'AIbon, — devait avoir dans sa chambre.
IMais il est vraisemblable que ces « étoupements » étaient vains, qu'ils n'ont jamais réussi à préserver les logis des Valois d'émanations insupportables, et que l'on regarda comme un progrès, sous les Bourbons, la suppression de ces « commodités » intérieures qui empoisonnaient les châteaux. La preuve, c'est qu'elles disparaissent au xvn' siècle dans les habitations les plus somptueuses; Versailles n'en avait pas, non plus que Marly, et il est clair que si les architectes avaient remplacé chez le grand Roi, par des centaines de « chaises » mobiles, les retraits empestés des âges précédents, ce n'est pas qu'ils reculaient devant la dépense, c'est qu'ils estimaient réaliser une amélioration.
A ces meubles de garde-robe de l'ancien régime, les architectes de Napoléon et de Louis-Philippe substituèrent des cabinets réellement « inodores», grâce à l'aération des fosses fixes par l'invention du tuyau d'appel qui s'élève au-dessus des toits. Plus récemment, ces water-closets, à réservoirs de chasse d'eau, ont été multipliés en même temps que les salles de bains. Tel châtelain vient d'eu introduire une vingtaine, annexés à presque toutes les chambres, dans un chef-d'œuvre de Philibert Delorme ; tel autre a trouvé le moyen d'en instituer encore davantage dans la demeure historique d'un connétable de Montmorency.
Avouons-le, chers contemporains : cette noble profusion est la marque distinctive de notre richesse. Aux périodes de force et de magnificence succède
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avec nous la période du confort. Notre style n'a guère chance de passer pour génial dans l'avenir, et nos cages en fer vitré ne susciteront sans doute aucune admiration. Mais nous serons, dans les annales de l'architecture, le siècle des water-closets, des salles de bains et des calorifères.
Les puissants d'autrefois ont eu les peintures, les dorures, les bronzes, les marbres, les sculptures ; mais ils gelaient dans leurs salles mal éclairées; ils ne savaient comment traiter leurs cheminées capricieuses « pour les garder de fumer », et ils n'avaient même pas de sonnettes. Avant cette invention, qui datait de Louis XIV', il y avait chez les riches, derrière la porte, assises sur un tabouret, des demoiselles pour appeler les gens et faire les commissions. M""' de Maintenon, lorsqu'elle était la veuve Scarron, remplit cet humble office à l'hôtel d'Albret où elle logeait dans une « montée ». A la fin du xviii" siècle, on mentionnait encore, sur les offres d'appartements à louer, qu'il y avait « des sonnettes toutes posées ».
Notre confort n'est pourtant pas un bien plus certain que ne l'étaient jadis la magnificence et la force. C'est sans doute aussi une illusion, fondée sur la comparaison, sur l'habitude. Ainsi ce n'est pas le manque d'eau qui empêchait nos pères d'installer des canalisations intérieures dans leurs hôtels ou leurs châteaux, puisque les personnages opulents avaient, grâce à des machines hydrauliques, doté leurs parterres de fontaines qui « jetaient très haut et très gros », parfois jusqu'à la hauteur des combles, et que rien, une fois la dépense faite d'élever ainsi ces eaux pour le plaisir, ne leureûtétéplusfacile que d'en introduire à l'intérieur un peu pour la propreté. Mais la propreté laissait àdésirer, même chez
les princes : « Sa Majesté, dit une ordonnance de Henri III, veut que tous les matins avant qu'elle soit éveillée, l'on fasse balayer et ôter les ordures qui sont dans la cour, sur les escaliers et dans les salles le son logis, sans qu'il y ait plus de faute ».
Depuis la chute des civilisations grecque et romaine où les bains tenaient la place importante [ue l'on sait, leur usage avait été en diminuant. On voyait encore beaucoup d'étuves publiques au [111* siècle; au xv^, bien des maisons, « en lesquelles voulaient avoir étuves à hommes » n'en possèdent )lus. Les 33 « ha.rhiers-étuvistes » de la capitale, au [VU* siècle, s'ils ne se contentent pas « de faire le )oil », aspirent, malgré les « barbiers-chirurgiens»,
(c s'entremettre en l'exercice de la chirurgie », ou s'ils exerçaient le métier de « baigneurs », leurs Hablissements avaient un rôle moins innocent que l'enseigne ne le ferait supposer. On trouvait chez îux, sur les bords de la Seine, des distractions de livers genres, d'où peut-être le sobriquet d' « huis- |liers de la Samaritaine », qui désignait les proxénètes au temps de la Fronde.
Non que les bains fussent totalement tombés en lésuétude : Catherine de Médicis avait des étuves lu deuxième étage de son hôtel, près de Saint-Eusiche. Les baignoires étaient de « grandes cuvelles m bois », comme il en est fourni, pour 133 francs,
la reine de Hongrie dans les Flandres (1533). Anne l'Autriche avait une « cuvette en argent à laver les jambes » du prix de 2.300 francs, et l'on voit même
cette époque une grande cuve d'argent de 20. 000 fr. sous Louis XV, c'était en cuivre que se faisait, chez ^es riches, la baignoire avec sa chaudière et ses robilets, dorés parfois d'or moulu.
Versailles, dans toute sa splendeur, n'eut sous
Louis XI\' qu'une baignoire honoraire, vasque immense en marbre du Languedoc, où personne jamais ne se plongea et qui, déméniig^tc plus lard, sert aujourd'hui de bassin, au milieu dune pelouse, dans la propriété de VErinitage, au bout du boulevard de la Reine. A Chanteloup, chez le duc de Choiseul, en pendant à la chapelle, existait dans la cour un « pavillon des bains » ; c'était un rite nouveau, mais rarement pratiqué, faute d'eau à discrétion.
Ce bien, aujourd'hui banal dans les plus modestes logis des grandes villes, fut ignoré de nos devanciers immédiats : les bains coûtaient 2 francs à Paris en 1825, le même prix qu'en 1525, sous François I". Aussi en usait-on modérément : ils figurent pour 46 francs par an, sous Charles X, dans les comptes de ménage d'un maréchal de France qui payait, en outre, annuellement 100 francs à son porteur d'eau.
Sous Napoléon III, le porteur d'eau coûtait 72 francs chez un grand médecin de la rue des Petits-Champs. A raison de 10 centimes « la voie », — prix usuel des fils de l'Auvergne pour les seaux qu'ils montaient sur leurs épaules, — ces 72 francs représentaient 14 mètres cubes. A 0 fr. 35 le mètre cube, — prix actuel de la Compagnie des Eaux, — ils correspondent à 206.000 litres.
Une gazette humoristique du temps de Louis XIII se divertissait de l'entreprise, amusante à ses yeux par excès d'invraisemblance, d'un « soi-disant ingénieur qui avait installé un moulin à vent au haut d'une maison, en l'île Notre-Dame, pour fournir aux bourgeois un muid d'eau (268 litres) par jour ». Sa machine finie, il n'ose, dit le nouvelliste, la faire tourner, parce qu'elle ébranle tout l'immeuble, « et l'on doit recourir comme auparavant à la porteuse
d'eau ». Quelques puits commençaient alors à être garnis « d'un artilice, afin de tirer l'eau », c'est-àdire d'une pompe. Quant aux sources de Belleville. des Prés-Saint-Gervais et de Kungis (près Berny;, icanalisées jusqu'au Louvre, elles ne servaient qu'à Quelques grands personnages, autorisés à établir sur [la conduite des branchements dont le diamètre variait avec leur dignité ou leur faveur.
Vers la fin de la monarchie (1782), on construisit au bout du Cours la Reine la « grande machine à rfeu », qui devait puiser l'eau de la Seine et la refou- Her, par un tuyau de 0"',GG, jusqu'à un réservoir établi sur les hauteurs de Chaillot, d'où elle serait distribuée dans tout Paris. « C'est bien de l'embarras, pit un contemporain, et je doute que Paris prenne assez à la chose pour que la compagnie concessionnaire puisse en tirer profit ».
La complication moderne des maisons, les jouissances multiples que l'on paie désormais avec le loge- Jment, rendent bien difficile lacomparaison des loyers ledeuxépoques, parce qu'ils ne s'appliquent pas aux lèmes choses : il en coûte plus de faire ou de réparer un ascenseur qu'un pont-levis. Il est admis que, bar suite des charges, — impôts, concierges, assuhrances, eau, gaz, chauffage, etc., — le loyer actuel, le gros loyer surtout, n'entre que pour les deux tiers dans la poche des propriétaires, le 3« tiers étant déboursé par eux en frais. Les constructeurs avisés avouent que ces débours sont très profitables : certains menus détails, certains perfectionnements qui majorent le devis de 10 ou 15 ° „, exercent assez de fascination sur le public pour permettre de louer les appartements avec une plus-value de 50 "/o.
Ici, néanmoins, la hausse des loyers résulte d'un progrès positif; au contraire, elle est accompagnée
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d'une |)erle sous le rapport du terrain, devenu plus exigu. Les habitants ont toutes leurs aises, mais c'est le bâtiment qui n'a plus les siennes. L'enchérissement du sol a eu pour effet de réduire l'espace non bâti, les grandes cours, les vastes communs et les jardins, c'est-à-dire ce cadre d'air indispensable, que des déblaiements onéreux ont rendu depuis soixante ans aux monuments publics : Notre-Dame, la Tour Saint-Jacques ou le vieux Louvre se livrent ainsi à notre admiration plus librement que jadis, parures conservées d'un autre âge, semblables à des curiosités apportées de loin. Mais les édifices privés ont perdu ce cadre, parce qu'il serait trop voyant. Ceux-là mêmes, parmi les richissimes qui pourraient le payer, n'osent avoir assez de terrain pour loger leurs palais d'hier, lesquels, gauchement pompeux, étouffent dans un emplacement étriqué. Rien n'a été omis pour les embellir... sinon le vide étendu que l'importance de leur taille commandait aux alentours et d'où les vieux hôtels tiraient leur dignité, leur gloire.
Le terrain était un élément de dépense dont les seigneurs d'autrefois ne se préoccupaient guère. Dans nos grandes villes quadruplées, quintuplées depuis cent ans, — en 1801, Lyon avait 109.000 habitants, Marseille en 1780 en avait 76.000 et Bordeaux 83.000; — dans Paris surtout, le terrain arrive à représenter une somme égale et parfois supérieure à celle de la maison de rapport qui l'occupe. Valeur bien capricieuse d'ailleurs : dès le règne de Louis XVI un appartement de quatre pièces coûtait six fois plus cher autour du Palais-Royal qu'auprès du Luxembourg. De nos jours, le mètre vaut 1.040 francs dans le quartier Gaillon et 24 francs dans le quartier Saint-Fargeau. Il vaut, dans telle avenue, 600 francs
du côté de l'ombre et 1.000 francs du côté du soleil. Remarquons qu'il n'existe aucun rapport entre le prix et le charme positif des choses : à Paris, la possession d'un jardin de 2.000 mètres carrés, qui représentait un supplément de loyer de 690 francs jjous François P"^ et de 4.000 fr. sous Louis XIV, dans m quartier à la mode, en représente 80.000 aujourl'hui. Or, ce jardin est toujours le même intrinsèvuemenl, et la jouissance relative qu'il procurait à [habitant des rues étroites et tristes de jadis était ipérieure; le contraste était plus grand pour ce privilégié entre la verdure qui lui appartenait en propre ||t la laideur ambiante des voies publiques, qu'il l'est pour le Parisien de 1913 qui se promène dans le larges avenues plantées d'arbres et rencontre un )eu partout des fleurs et des gazons banaux.
La classe riche avait des promenades privées ju'elle n'a plus; le peuple au contraire a des parcs It des squares qu'il n'avait pas; leur total atteint la Centaine. Cette évolution s'est faite librement, par 'accroissement de la richesse gém-rale qui, d'une part, a poussé les détenteurs de terrains à se restreindre volontairement pour se procurer d'autres plaisirs, de l'autre a permis à la Ville de tirer de ces loyers grossis des contributions avec lesquelles elle s'est transformée. Le citadin actuel, qui n'achète plus de lanterne « pour se conduire le soir dans les rues », ignore au prix de quels efforts les cités cloaques, noires et puantes, ont été métamorphosées en une maison où le ménage se fait chaque jour sans que le maître puisse à peine s'en apercevoir.
De cet effort social , de cette transformation urbaine, la masse ayant profité davantage que les privilégiés de l'argent, il semble qu'il y ait eu de ce chef quelque nivellement des jouissances. Cepen-
(Jant, si dans les campagnes, dans les petites villes, le salaire depuis cent ans a haussé plus que le loyer, il n'en est pas de même à Paris, où jusqu'ici, en bien des maisons populaires, le loyer a augmenté plus que le confort.
Entre le riche et le pauvre, au poinj de vue du logement^ il subsiste beaucoup plus de distance qu'il n'y en a au point de vue de V alimentation ou du costume. Pourrait-il en être autrement? Maintes fois, à l'occasion d'ouvrages précédemment publiés, j'ai été accusé de dureté; des critiques charitables m'ont reproché d'ignorer la misère, parce que je refusais de me payer de rêves, de beurrer de sensibilité quelques tartines banales qui ne coûtent rien et ne servent à rien. Les faits, les lois que révèle l'histoire économique ne sont point mes faits, mes lois; ce n'est pas ma faute s'ils sont inexorables. Les l*arlements d'Europe sont pleins de gens qui s'imaginent augmenter le bien-être en majorant le taux des salaires, sans se préoccuper d'abord de multiplier le nombre des côtelettes. On ne saurait assez dire combien cette prétention est ridicule.
Pour faire baisser les loyers ou pour améliorer les logis, il faudrait multiplier les maisons populaires. Cette multiplication est-elle possible? Si impuissante en général à augmenter la production, l'intervention de l'Etat, des communes pourrait-elle être, exceptionnellement, efficace en ce domaine ? Je le crois, mais par une voie où jusqu'ici l'on se refuse d'entrer.. A Paris, l'argent rapporte 10 °/o net et davantage lorsqu'il sert à loger les pauvres, et seulement 4 ou 4 1/2 "/o lorsqu'il sert à loger les riches; en d'autres termes le loyer des maisons populaires procure un revenu plus que double de celui des maisons bourgeoises. Notre territoire est couvert de sociétés
excellentes ayant pour objet la création d'habitations à bon marché; ce qui manque... ce sont les fonds.
En attendant de bâtir, on a légiféré : les hygiénistes ont déterminé le cube d'air minimum auquel chaque créature parisienne avait droit, et il a été défendu de bailler des locaux qui ne contiendraient pas ce cube d'air par rapport au chiffre des locataires. Le résultat obtenu par ces législateurs bienfaisants est de jeter sur le pavé les familles nombreuses et pauvres, qui n'ont pas le moyen de payer des logis réglementaires. Repoussés de partout, les ménages chargés d'enfants dissimulent leurs enfants comme une tare; ils sont réduits à mentir, ils en cachent le nombre pour se faire accepter par les gérants d'immeubles et, quand leur mensonge est découvert, s'ils ne parviennent pas à attendrir les concierges, ils sont expulsés comme des malfaiteurs. Voilà ce que produit un décret maladroit : dans la capitale de ce pays démocratique, si réservé sur le chapitre de la reproduction, les citoyens trop proliliques sont traqués et proscrits.
Paris manque donc cruellement de maisons ouvrières. Pourtant il a suffi que quelques richissimes, qui font charité de leur argent, aient mis à la disposition de ceux qui font charité de leur temps quelques millions de francs en vue de bâtir des maisons nouvelles, pour que l'expérience permît d'affirmer ceci : il est possible de construire aujourd'hui dans Paris, pour le peuple, des habitations hygiéni(iues, claires, aérées, propres et attrayantes par un minimum de confort, de les louer un tiers ou un quart moins cher que les sordides bâtiments d'alentour affectés aux mêmes catégories sociales et de tirer pourtant de son capital un intérêt net de 3 1/2%.
Un pareil résultat n'est certainement pas atteint sans un effort que tous les constructeurs n'ont pas su faire. Il en est <iui ne se sont pas assez préoccupés d'obtenir des sommes mises à leur dis[)Osition un revenu normal. Ceux-là nuiraient grandement dans l'opinion publique à la cause des habitations à bon marché, qui ne doivent être à aucun degré une institution « charitable » où le pauvre se sent plus ou moins entretenu par l'argent du riche. Pour que l'idée soit féconde, il faut que l'argent ne s'aumône pas mais qu'il rapporte; pour que le bienfait soit effectif, il faut qu'il devienne un placement.
Ce but a été atteint par le « Groupe des maisons ouvrières », société anonyme où les bailleurs de fonds, quoique soupçonnés, prétendent demeurer inconnus. De grands immeubles bâtis dans les quartiers des Gobelins, de Grenelle, de Belleville et de Reuilly , où les millions absorbés produisent un intérêt de 3,76 à 3,47 °/o, attestent la vitalité de cette conception d'une façon assez répétée pour qu'elle soit pleinement concluante et mérite d'être développée.
Que peuvent donc faire les pouvoirs publics? Il existe une personne morale qui trouvera demain à emprunter un milliard de francs à 3 " >; celte personne, c'est la Ville de Paris. Elle ne doit pas acheter un mètre de terrain, remuer une brique, ni gâcher un sac de plâtre pour construire elle-même des maisons ouvrières. Encore moins doit-elle exploiter directement, ses locataires ne la paieraient pas. Les millions qu'elle empruntera d'une main, elle doit les prêter de l'autre à toutes les sociétés solvables, — il n'en manque pas et des plus compétentes — moyennant l'obligation de se conformer à un cahier des charges bien défini, dont les agents municipaux surveilleraient l'exécution.
Mais ce n'est pas avec 10 ou 100 millions que l'on
bâtira assez de maisons pour influer sur le taux des
loyers inférieurs à 500 francs, qui s'appliquent aux
^rois quarts des logements parisiens — 736.000 sur
^80.000 — et abritent plus de 2 millions d'habitants.
)n y parviendra sans doute en édifiant 700 immeubles
leufs capables de contenir 100.000 ménages ou
lOO.OOO âmes. D'après les résultats acquis , la
[épense serait de 770 millions et, en ménageant de
rès vastes cours, égales à la surface bâtie, il fau-
ïrait un peu moins de 200 hectares.
Bien que Paris «oit une très petite ville au regard le sa population, sur les 7.200 hectares dont se Compose sa superficie, il s'en trouve encore des cenlines propres à bâtir. Rien d'ailleurs n'empêche de Croire que les propriétaires actuels, par la crainte l'être abandonnés de leur clientèle, se résoudraient prendre part eux-mêmes à ce mouvement de rénovation; mais il appartient à la société en corps de mner le branle par son crédit à cette œuvre d'aslinissement et de progrès, puisque le libre jeu des itérêts privés n'a pas suffi jusqu'à ce jour à l'ac- )mplir.
Contradiction apparente qui domine l'histoire du service domestique. — Le service privé, tantôt corporel et intime, tantôt fonctionnel et ext«!!rieur. — Franrois 1"' « valet de chambre » d'Henri VIII au Camp du Drap d'Or. — Le valet du jeu de cartes. — La vente des emplois domestiques chez les rois équivaut à une émission de bons du Trésor. — C'est un moyen de battre monnaie. — Loffice de porteur de chaises percées vaut 6.300 francs chez le duc de Berry. — A retrancher des anciens trains de maison : fournisseurs, employés, services aujourd'hui publics. — Domestiques disparus; désignations ayant changé de sens. — Fous et « plaisants »; « palefreniers »; concierges dérainente dignité. — Les pages; aux temps féodaux simples grooms: depuis le xvi« siècle jeunes gentilshommes pauvres; les particuliers y renoncent à la fin du xvn° siècle. — Catégories intermédiaires au Moyen Age entre le vassal et le valet. — Maisons de quelques grands seigneurs depuis le xiv« siècle jusqu'au xvni" : « Maîtres d'hôtel » nobles; les « officiers et autres serviteurs ». — Leur nombre et leurs gages. — Au xvni^ siècle il ne se voit plus de gentilshommes-domestiques. — Ascensions éclatantes de quelques domestiques de la plus humble origine : Gilles Ruelland, S"" du Rocher-Portail: Massé Bertrand, S'' de La Bazinière; Antoine Crozat, marquis du Chatel ; le cardinal Dubois. — Un Gil Blas historique : Jean Héraut, Ss"" de Gourville. — Le mot de Pascal : « Il a quatre laquais et je n'en ai qu'un. » — Changements parallèles dans l'état mental et social des Français. — Diminution moderne du nombre des domestiques chez les riches ; augmentation
de leur cliillre (jlolml dans la France contemporaine. — Démarcation ancienne des diverses classes de domestiques.
— La soubrette et le valet de comédie dans la vie réelle. — Leurs protits accessoires et le placement de leurs économies.
— Valets joueurs de violon. — (iages des servantes d'intérieur, des nourrices, des cuisiniers. — Les serviteurs de luxe ne se ressentirent pas de la baisse des salaires depuis le xvr« siècle. — Pasquin et Luette, ce qu'ils sont devenus de nos jours; Scapin exerce vingt professions libérales. — La livrée, ses prix. — Los domestiques inférieurs ne recevaient aucun avantage gratuit en nature. — « Deux chemises et le bois de ses sabots. » — Conseils pour les renseignements à prendre par les ménagères du xiV siècle. — Les domestiques do jadis ne restaient pas plus longtemps en place que ceux d'aujourd'hui.
Deux faits, en apparence contradictoires, dominent l'histoire du service domestique : d'une part, la hiérarchie des classes semble avoir dû maintenir une barrière infranchissable entre ceu.\ qui servaient et ceux qui étaient servis; d'autre part, le service personnel était beaucoup plus estimé dans l'ancienne l'rance aristocratique que dans la France démocrali([ue d'aujourd'hui. Et c'est justement à mesure que le vieux moule social s'est transformé que le service personnel a décliné peu à peu, jusqu'à devenir le )ins recherché de tous après avoir été le plus en ineur. [Il y a dans notre République beaucoup de « séries » fort prisés, tant civils que militaires, mais ce ^nt des « services juibiics » et l'on voit bien que ^s esclaves du Public, qui s'appellent de.s fonctionlires, ne se croient pas trop asservis à leurs concitoyens. Au contraire, le « service privé », c'est-àdire la dépendance d'homme à homme, était la règle et le fond même de la société féodale. Ce service était tantôt cor|>orei, intime et comme fami-
220 I.K MVKM.I.MKNT DES JOI ISSANTES
liai; tantôt extérieur et pour ainsi dire fonctionnel, relatif aux biens et affaires du maître. Longtemps le service corporel fut de beaucouf» le plus noble; le chambellan était très supérieur au chancelier.
Au Camp du Drap d'Or, Franrois P' entre à l'improviste sous la tente d'Henri VllI encore couché; comme ce prince veut se lever, le roi de France lui dit « qu'il n'aurait point d'autre valet de chambre que lui, etlui chauffa la chemise et la lui bailla quand il fut levé ». Quelques bons rapports qui existent entre le roi d'Angleterre d'à présent et notre Président de la République, l'idée ne viendra certainement pas à ce dernier de faire chauffer la chemise de son hôte ; de pareilles politesses ne sont plus de mise entre souverains, fussent-ils proches parents. La mentalité du xvi* siècle est loin de nous et c'est seulement au jeu de cartes que le <« Valet » est un personnage qui vient immédiatement après le Roi et la Dame.
Le dernier vestige de cette domesticité protocolaire a disparu avec la Cour de Versailles, où chaque branche de la Maison royale comportait une liste longue et graduée, qui commençait par un prince du sang ou un duc-pair et finissait par un balayeur ou un marmiton. C'est peut-être ici le lieu de remarquer que cette armée de serviteurs, dont il a été cent fois question et où la plupart des historiens n'ont vu que la satisfaction d'une folie fastueuse, était au contraire pour la Royauté un moyen de se procurer de l'argent, parce que les emplois domestiques se vendaient.
Engager un surcroît de valets et de servantes, c'était, depuis Louis XIV, ce que nous appellerions aujourd'hui émettre des bons du Trésor, créer des rentes sur l'Etat, à taux variables, suivant le cours
IKS DOMESrjglJES LE THAIN DE MAISON 221
(lu papier et le crédit royal. Le gouvernement dressait un tarif où figurait, en face des gages allrilmés aux futurs acheteurs, le capital qu'ils auraient à débourser pour avoir l'honneur de devenir dame d'atours ou sommier des broches, aumônier ou garde-vaisselle, premier-gentilhomme ou palefrenier. Cette liste était [)ubliée officiellement et, lorsque fut créée, au plus fort de la guerre de succession d'Espagne, la maison du duc et de la duchesse de Berry, petit-fils du lioi, comme il était à craindre que les 600 ou 700 offices domestiques, taxés en bloc à 25 millions et demi de francs ^ ne trouvassent pas facilement preneurs, on eut l'idée, pour accélérer l'écoulement, d'envoyer une circulaire comme font nos banques pour placer des actions de mines ou de chemins de fer. Mais il n'en fut pas besoin et quoique précisément à cette date (1711), VFAaiL terriblement pressé d'argent, eût beaucoup de mal à emprunter par les voies ordinaires, ces charges furent rapidement enlevées.
Que l'on trouvât des seigneurs authentiques ou des bourgeois-gentilshommes pour payer 200.0(K3, 300.000 et 400.000 francs une sinécure dorée de secrétaire des commandements, de chambfdian ou de premier veneur, grâce à laquelle ils se pousseraient auprès du monarque, rien de sur|)renant à cela. Ce qui étonne c'est de voir vendre des 7.000, 12.000 et 20.000 francs de simples emplois de valets de pied ou de garde- ;robe, de garçons ou de femmes de chambre, d'aide 'de fruiterie ou d'enfant de cuisine, produisant des gages de 5, 7, rarement 10 "/o du capital versé, lorsque les fonds publics rapportaient tout autant à des rentiers tranquilles.
1. En monnaie actuelle, comme tous les chilîres de cet ouvrage; voir la note de la page 18.
Cette forme d'emprunt constituait, je pense, un assez pauvre système financier; les gages étant mal et irrégulièrement payés, les titulaires se ratlra paient sans doute en grivèleries multi|)les ; \nen (\U' l'on ne voie pas nettement quel genre de revenantsbons peuvent échoir aux porteurs de chaises percées, — oflices de 6.300 francs avec gages annuels de 550 francs. — Seulement, et c'est là ce qui mérite d'être retenu, il fallait que, dans l'opinion populaire d'il y a deux cents ans, ces dignités serviles fussent grandes encore pour que l'ambition d'en être revêtu suscitât des amateurs capables d'y risquer leurs économies.
Le service personnel a d'ailleurs évolué sans cesse de façon insensible et lente, suivant les besoins et les mœurs, de sorte que les mêmes noms ont désigné durant sept siècles des individus très différents et très diversement classés. 11 est admis que le luxe des domestiques est celui peut-être qui a le plus diminué de nos jours ; encore faut-il s'entendre. Le train de maison d'un riche du Moyen Age comprend dans sa liste touffue, beaucoup de « domestiques » indispensables, aujourd'hui remplacés par des « fournisseurs » : boulanger, tailleur, maréchal, pêcheur, peintre, apothicaire, etc. ; il comprend des « employés » logés et appointés à l'année, dont les uns, chevaucheurs et messagers — ont été remplacés par la poste et le télégraphe; dont les autres — aumôniers et médecins — ne sont plus nécessaires à demeure, avec les moyens de transport modernes. Quelques-uns — comme les « écrivains » — étaient de première nécessité chez des maîtres qui ne savaient pas tenir la plume ; beaucoup enfin ont changé de nom, tels les gouverneurs, chapelains, capitaines, écuyers et guetteurs, disparus avec les
« maisons fortes », pour faire place à des régisseurs pacifiques et à des gardes armés pour défendre, non pas leur maître, mais simplement son gibier.
Cette revision qui réduit beaucoup les effectifs Comparables, permet aussi de constater que nos lïeux faisaient difficilement des choses faciles ou îvenues telles avec le progrès : en 1457 arrivait à iris, pour demander en mariage la fille de Charles VII, une ambassade du roi de Hongrie et )hême, composée de 260 chariots bien attelés que irdaient, la nuit, des esclaves enchaînés. Si la Jiplomatie actuelle comportait le même déploielent, esclaves et chariots seraient de trop ; il suffilit d'un train spécial remisé à Bercy.
En fait de luxe purement conventionnel, quelques )écimensont dès longtemps cessé de plaire : tels les )iains et les fous des deux sexes, — la reine avait sa )lle comme le roi avait son fou; — le bon ton ne jrmettait à aucun prince de s'en passer et, si l'on juge par leurs noms, c'est la France (jui paraît les >urnirà toute la chrétienté. Au temps où Triboulet ^nait l'emploi chez François I"", son collègue, iprès de Charles-Quint, était Perrîgnon « plaisant le l'Empereur »; au Vatican même c'est un nommé ^e Roux qui a titre de « plaisant du Pape » (1538). Le Triboulet historique, richement habillé, — son )stume complet, robe, pourpoint et chausses, coûte ~au Roi l.SOO francs (1534 — pourvu d'un gouverneur bien gagé, était un idiot recueilli par charité, fort peu ressemblant au Triboulet dramatique de Victor Hugo. D'autres fous, moins insipides, eussent mieux mérité de passer à la postérité ; Marais, par exemple, qui disait à Louis XI 11 : « Sire, il y a deux choses dans votre métier dontje ne saurais m'accommoder, c'est de manger tout seul et de ch... en compagnie ».
224 I.F, MVi:i,M'.ME\T DES JOLISSANCES
Celui-là fut le dernier bouffon en titre. Avant lu» avait aussi disparu des budgets officiels la « dame (les filles de joie suivant la Cour », qui recevait au XVI" siècle chaque année, « ainsi qu'il est accoutumé de toute ancienneté », 1.400 francs, moitié pour les étrennes de ses... pensionnaires et moitié pour le bouquet qu'elles présentaient au Koiau mois de mai. A la fin de l'ancien régime api)arurent les domestiques nouveaux : le chasseur, le nègre, le suisse, le postillon, le frolteur, celui-ci multiplié par l'usage assez nouveau des parquets. Certains, dont le nom subsistait, avaient changé de rôle et de rang : le palefrenier ou « palfernier », qui avait la charge des palefrois, était au Moyen Age très supérieur aux cochers, sommiers ou charretiers, qui conduisaient « la coche » ou le chariot. A peine le muletier de « litière » était-il son égal. Depuis l'invention des carrosses il descendit au-dessous du premier cocher, mais conserva une place à part, précédant souvent à cheval au xviii* siècle la voiture de son maître. II a fini de nos jours par être le dernier dans l'écurie dont il avait été le chef.
On en peut dire autant du « concierge •>, titre éminent que rien n'annonçait devoir signifier plus tard un portier, lorsque, au temps de saint Louis, la Conciergerie du Palais capétien — seule partie qui, avec la Sainte-Chapelle, soit encore debout — était une vaste demeure. «Concierge» étant synonyme de gouverneur militaire, la dignité était briguée, dans les châteaux royaux et princiers, par de grands personnages; c'est dans ce sens que l'entendait le premier ministre de Louis XIII, lorsqu'on faisant donation au Roi de son « Palais-Cardinal » il « réservait à ses successeurs, ducs de Richelieu, la charge héréditaire de concierges dudit hôtel.
LES nOMESTIOLES LE tn.WS DE MAISON 225
et le logement qui leur sera désigné à cet effet ».
Les «pages», qui existèrent chez les souverains jusqu'à Napoléon I"'' et Charles X, eurent une destinée toute contraire : aux temps féodaux, le page fut un serviteur qui, dans toutes les branches, occupait le dernier échelon. A la guerre, il est subordonné au « pillard » qui accompagne le banneret. Au civil, il figure sur l'état de la maison de Philij)pe le Bel (1285) entre les valets pour la chandelle et les rôtisseurs. Chez la comtesse Mahaut d'Artois (1312) ses gages sont de 233 francs par an, moitié de ceux d'un valet de chiens, le dixième de ceux des veneurs. Chez le duc de Bourgogne (1399) le page des lévriers est aussi beaucoup moins rétribué que le valet. Ces pages n'étaient rien de plus que des grooms.
Il en va tout autrement sous les derniers Valois, lorsque l'on alloue à chacun de ceux de l'écurie du Roi, que l'on met « hors de pages», 1.000 francs «pour s'armer et se monter». Ce sont alors des nobles de familles pauvres; la France en était pleine, l'anarchie du xv" siècle avait fait bien des « nobles mendiants ». Quelques-uns entraient dans la petitejudicalure ou dans des professions manuelles, sans cesser pour cela — au moins dans le Midi — de se qualifier gentilshommes. A Sisteron, les Valavoire, chevaliers croisés au xi® siècle, sont représentés au xvi*" siècle par plusieurs générations de « nobles chaussetiers », puis reparaissent pour exercer de grandes charges sous Louis XIV, avant de s'éteindre au xviii" siècle.
Veulent-ils embrasser le métier des armes avec plus de scrupule que le jeune Lesdiguières, qui emprunte une jument à un hôtelier de son pays et part sans laisser de ses nouvelles, ces prolétaires
220 LE MVEI.LK.MENT DES JOl ISS.WCES
de l'aristocratie « se donnaient» à un riche seigneur, Toiras, qui devint maréchal de France et gouverneur (l'Auvergne, avait ainsi commencé chez le niar(iuis de Courtenvaux, «vivant de son jiain, montant SCS chevaux et faisant chasser ses chiens». Être « nourri page » dans une grande maison et en porter la livrée, qui n'avait encore rien de bas, fut, à cette époque, le début de beaucoup d'illustres fortunes. Albert de Luynes était, de vingt et un à vingt-huit ans, jusqu'en 1606, aux gages de la comtesse du Lude. à 2.130 francs par an: son frère Brantes fut huit ans au même service, quatre ans page et quatre^ ans gentilhomme, aux appointements de 1.42(» francs.
Les seize pages qui composaient, sous les ordres d'un gouverneur, la « grande écurie » de Richelieu étaient tous fils de comtes et de marquis, servis par douze valets et soumis aux leçons de trois maîtres d'escrime, de danse et de mathématiques. A cette ascension des pages royaux et assimilables correspondit, chez les simples particuliers, la fureur de donner cette qualité à des gamins quelconques et tel, qui ne pouvait s'otîrir des pages en chair et en os, imagina d'en avoir en effigie, remplis de foin, attachés derrière son carrosse, pour se montrer au Cours-la-Reine; dût-il s'exposer, comme Chambonnières*, à ce que les chevaux du carrosse suivant, attirés par l'odeur du foin, tandis que la file des voitures lentement avançait, se missent à déchirer les jambes de ce mannequin, à la grande confusion du propriétaire.
Manies éphémères du reste, et lorsque La Fontaine écrit ! 1668), dans sa fable de « La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Bœuf », que tout marquis veut avoir des pages »,il fait allusion à
une mode qui, précisément, va passer; c'est à peine si, vers 1680, les ducs ont un page et à la tin du règne il ne s'en voit plus. Un autre « domestique », comme on disait au xvii" siècle, eut une existence encore plus courte : le gentilhomme <// belle letlere «. L'usage italien, adopté en France, voulut qu'au temps des « Précieuses » et de la « Fronde >> on eût, sur l'état de sa maison, soit sous titre de secrétaire, do maître d'hôtel ou d'écuyer, soit sans titre déllni, un homme d'esprit à ses gages, logé souvent, nourri et voiture toujours.
Au xviii' siècle, il n'y a plus guère, chez les personnes privées, aucun de ces emplois honorifiques, intermédiaires entre le vassal et le valet, qui sont de règle au Moyen Age : chez la comtesse de Bar, dont le train se compose de 54 personnes pour elle-même et de 20 personnes pour ses enfants 1352 1, le « chevalier », le maître d'hôtel, l'écuyer-tranchant, l'écuyer-échanson, et les deux chambellans, (jui viennent en tète de liste, n'ont socialement rien de commun avec des serviteurs comme le clerc de
I cuisine, le huchier ou le bouteiller. Chez Marie de Sully, dame de La Trémoille (1396), où les domestiques sont au nombre de 58, les 3 w dames » ne sauraient être assimilées avec les 8 femmes de chambre de Madame et de ses deux filles; pas plus que les 4 écuyers, ayant chacun un valet, avec le dépensier, les cuisiniers, les valets de haquenée et de char.
Cent ans plus tard (1493) le sire de La Trémoille entretient à la tête de sa maison 5 maîtres d'hôtel, qualifiés de « seigneurs » et de «messires », qu'une démarcation profonde sépare des magister, médecin et secrétaire de Monseigneur, simplement traités de « maîtres », eux-mêmes très supérieuis aux
queux, barliier, fourrier, « pallefranier» et autres subalternes, par le rang sinon par les gages, puisque les muletiers gagnent autant que le précepteur (56<) francs) et plus que le secrétaire (420 francs). 11 est vrai que les clercs d'office et les femmes de chambre descendent à 224 et 112 francs par an, tandis que le seigneur de La Rivière, preujier maître d'hôtel, touche 1.680 francs.
Au xvr siècle (1552), le titulaire de cet office dans la mémo maison, « M. de la Guyonnière », ne recevait que 1.200 francs et quelques autres « gentilshommes », MM. du Fouillou et de la Martinière, se contentent de 800 et de 690 francs. Dans la seconde classe, celle des « gens de conseil », le receveur général « maître Mauger » a 1.000 francs, le sénéchal de Thouars 550 seulement; enfin dans la catégorie des « officiers et autres serviteurs », le mieux rétribué est le brodeur, 090 francs, puis viennent sur le même pied l'organiste et le sommelier 460 francs, l'écuyer de cuisine à 400 francs, les tailleurs à 340, les valets de chambre et le secrétaire au taux identique de 230 francs; ainsi de degré en degré jusqu'aux femmes de chambres des filles à 100 francs, jusqu'au valet de garde-robe à 80 francs.
Entretenir à son service des personnes de conditions un peu relevée n'était pas l'apanage des seuls' richissimes ; ce superflu était caractéristique et de première nécessité pour qui prétendait à un certain rang; c'eût été déchoir que de s'en passer. Richelieu, pauvre évêque de Luçon, ayant à peine de quoi vivre, prend un gentilhomme pour maître d'hôtel : « Cela fait bien, écrit-il, il dirige la maison et reçoit la compagnie ». Deux minces hobereaux, qui vivent à l'auberge, conviennent de passer chacun à son tour pour « gentilhomme» de l'autre.
On voyait encore en 1693 chez le vieux duc de Saint-Simon, père de l'auteur des Mémoires, un écuyer du duc, un écuyer de la duchesse et un gouverneur de leur fils, ces deux derniers détachés en qualité de gentilshommes pour accompagner le jeune vidame, alors simple mousquetaire. Cinquante ans plus tard ce genre de luxe est aboli ; et à la fin de l'ancien régime, dans la plus haute noblesse, chez les descendants mêmes de quelques grands vassaux du Moyen Age, l'intendant est un petit bourgeois et l'état de maison ne comprend que dos serviteurs; les gentilshommes-domesti(jues avaient disparu.
Est-ce par suite d'une même évolution sociale? — les mœurs ont autant changé du xvi* au xvni' siècle que du xviii* siècle à nos jours, — toujours est-il qu'il ne se rencontre plus alors d'anciens domestiques devenus gentilshommes, comme il s'en vit maints exemples notables aux temps antérieurs et jusque sous Louis XIV: Gilles Ruelland, qui mourut baron de Tressan, seigneur du Rocher-Portail et de Montaurin, laissant une grosse fortune à ses cinq
I enfants, dont une fille, devenue duchesse de Brissac avec deux millions et demi de dot, avait débuté vers i585 comme valet d'un marchand de toiles. Longtemps charretier, il n'avait jamais chaussé que des sabots. La première fois qu'il mit des souliers à ses pieds, racontait-il plus tard, il en était si embarrassé qu'il ne savait comment marcher.
Son tnaitre ayant pris la sous-ferme des impôts d'une partie de l'évêché de Saint-Malo, Ruelland qui avait épousé la fille d'une fruitière de Fougères, femme de chambre de M""' d'Antrain, sous-aflerma à son tour quelques hameaux et réalisa un petit pécule, avec lequel il fit, sur les frontières de Bretagne, un trafic d'armes au temps de la Ligue entre
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les deux partis. Il y gagna 100.000 francs et partit de Ità pour l'opulence et la noblesse, grâce ù la taxe des boissons <ju'il s'était chargf^ de recouvrer à forfait dans toute la province.
Un autre domestique, comme celui-là « né aux linances », fut Massé Bertrand, fils d'un paysan d'Anjou, qui, d'abord laquais chez le président Gayan, puis clerc chez un procureur, ensuite commis, parvint insensiblement à être trésorier de l'Epargne (1628) — caissier central du Trésor — seigneur de La Bazinière et mourut riche de 20 millions (1640). Ce La Bazinière était, parait-il, un ladre qui, lorsqu'il eut des valets à son tour, ne les payait point et trouvait moyen de les garder chez lui, K attendant que l'humeur libérale prît à leur maître ». Mais il avait de l'orgueil pour sa race; son fils, marié à une demoiselle d'honneur de la Reine, eut des armes et des couronnes à son carrosse ; le Roi ne dédaigna pas de danser le ballet chez lui; sa fille, mariée à l'intendant de justice eu Anjou, avait un écuyer qui portait l'épée au côté et, pleine de mépris pour la noblesse de robe, traitait de petites gens les parents de son mari.
Gil Blas serait aujourd'hui trop invraisemblable. Le Sage sans doute ne choisirait plus le même type; mais à la date de publication de son roman (1715), l'ascension d'un laquais imaginaire ne pouvait guère choquer les contemporains, puisqu'il y avait douze ans à peine que Gourville était mort. Or, Gourville, Gil Blas de la réalité, dépassait fort celui de la fiction. Jean Héraut savait lire et écrire, c'était son seul capital. Après avoir débuté chez un procureur d'Angoulènie, il entre comme valet chez l'abbé de La Rochefoucauld (1642), y reste quatre ans puis passe au service du prince de Marsillac, le futur
autour (les Maximes. II s'y instruit un peu et ifagne la confiance de son maître qui, ayant acheté le gouvernement de Poitou, en fait son secrétaire.
En cette qualité, bien qu'il porte toujours la livrée, — une casaque rouge à galons d'argent, — il est à môme de cueillir de jolis pourboires. Il suggère par exemple k Marsillac, pressé d'argent, de solliciter du surintendant d'Kmery (1649) un passeport pour Taire sortir du Poitou 800 tonneaux de blé, — la sortie des blés était alors interdite, — et, chargé de présenter la requête au surintendant, « je lui demandai, raconte-t-il, s'il ne trouverait pas mauvais d'en ajouter 200 pour moi, afin que je pusse on avoir le profit. En souriant il me dit qu'il le voulait bien ». Aussitôt il prend la poste pour Niort et vend à des marchands ce permis d'exportation 45.000 francs. Il en garde pour lui 0.000, d'accord avec son maître et, comme ce dernier est toujours besogneux, il finit, avec une générosité diplomatique, par les lui prêter. Héraut est jeté naturellement dans la Fronde, tantôt lieutenant d'une compagnie de bourgeois du faubourg Saint-Antoine, commandée par un charcutier, tantôt détroussant à jain armée le percepteur des tailles de l'Angoumois, |u'il dépouille de 20.000 francs pour le compte des )rinces. Comme eux il sert successivement tous les )artis, est apprécié, s'avance et, pour avoir moyenne la soumission de Bordeaux (1654), reçoit de Mazarin une pension de 19.000 francs sur les bénéfices ecclésiastiques.
Dès lors l'ancien valet fait peau neuve et devient seigneur de Gourville, du nom d'une terre qu'il vient d'acquérir. Il loue « un appartement assez honnête » dans le petit hôtel de Bourbon, achète un carrosse et des chevaux pour son service et, pour le service
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du Roi, il achète des conseillers au Parleinoiil, les « meneurs des Chambres », à prix variés, afifi de faire passer les édits de Fouquet, son nouveau patron : 5,000 francs de gratification « avec la promesse d'autant aux étrennes », étaient le tarif des consciences ordinaires. Les présidents à mortier sont plus chers : à Le Coigneux, « pour l'aider à achever une terrasse à sa maison de campagne », Gourville porte 20.000 francs en lui faisant espérer « que cela aurait de la suite ».
Comment un homme si bien lancé peut-il être mis à la Hastille? Intrigues obscures, mauvais propos colportés par des ennemis pour le desservir. Cet internement s'opère du reste avec tous les égards dus à un homme de qualité : le gouverneur se rend en personne chez Gourville; introduit par un laquais, il le trouve avec son maître à danser, répétant une courante, lui dit en riant qu'il faut remettre la danse à un autre jour, et le conduit dans son carrosse à la prison d'Etat, où il est enfermé dans une chambre du premier, « la plus commode de toutes ». Elargi au bout de quelques semaines, il va le soir même chez M. le Cardinal « pour lui faire la révérence » ; il se justifie si bien que Mazarin, lui rendant peu après toute sa faveur, l'institue son associé dans un de ces tripotages financiers que le grand ministre affectionnait et qui ont jeté quelque ombre sur sa gloire. Il s'agissait du recouvrement des tailles de Guyenne ; le cardinal y gagna 10 millions et Gourville, devenu en même temps commis de Fouquet, ne négligea pas sa propre fortune, puisqu'en 1659 il achetait 3 millions et demi la charge de secrétaire du Conseil tout en s'occupant, — car c'était un homme plein de reconnaissance, — d'arranger les affaires de la maison de La Rochefoucauld et
d'obtenir à ses maîtres quelques remises de leurs dettes.
La disgrâce de Fouquet le force à s'éclipser quelque temps aux Pays-Bas, où il avait mis ses biens à l'abri ; de là, quoique condamné à mort par contumace, il entretient des relations suivies avec la cour de France dont il se fait l'agent à l'étranger. Gracié en récompense de ses bons avis, il finit par être nommé ambassadeur en Espagne, y mène un train conforme à son rang, tient table ouverte et suggôre de Madrid l'idée de placer un Bourbon sur le trône de Philippe IV.
Au retour de cette mission M. de Gourville, conseiller d'Etat, aussi riche que considéré, marié « secrètement », mais au su de tous, avec une des trois sœurs du duc de La Hochefoucauld, demeura jusqu'à sa mort, en 1703, dans la familiarité des plus grands seigneurs et souvent admis à l'honneur envié de faire la partie du Roi.
Tous les parvenus ne publiaient pas, avec l'humilité — Ou l'orgueil — de (Jourville, leur modeste ^.origine : le cardinal Dubois qui, avant de prendre le petit collet et d'être admis par le précepteur du lue de Chartres auprès de cet enfant, pour lui aider ^à écrire ses thèmes et à chercher ses mots dans le dictionnaire, avait été valet d'un principal de collège, puis du curé de Saint-Eustache, lit si bien disparaître toute trace de son premier emploi que des biographes modernes ont pu s'y tromper.
Antoine Crozat, lorsqu'il était devenu marquis du Châtel, qu'il portait le cordon bleu des chevaliers du Saint-Esprit en vertu de la charge achetée par lui de trésorier de l'Ordre, lorsque sa fille épousait le comte d'Evreux, fils du duc de Bouillon (1707), n'aimait pas non plus se rappeler qu'il avait débuté
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comme laquais de Pennaiitier, caissier des Etats de Languedoc, avant de devenir le petit commis, puis l'associé de ce financier qu'il dépassa beaucoup par la suite. Lors de la taxe sur les traitants, en 1709, Crozat dégorgeait au lise sans sourciller 4 millions de francs, ce qui ne l'empêchait pas de dévelopj)er sa banque et ses armements par le privilège du commerce de la Louisiane qu'il obtint en 1712. Héritier de cette opulence, son fils .Joseph Crozat, baron de Thiers, amateur éclairé des arts, réunit l'une des plus célèbres collections de tableaux du xviii* siècle et sa petite-fille, la duchesse de Choiseul, femme du ministre de Louis XV, ne se montra pas moins grande dame dans la mauvaise fortune que dans la prospérité.
A se rappeler ces élévations et bien d'autres moins connues, on se demande si la morgue d'autrefois n'était pas plus apparente que réelle, tempérée par un fonds de bonhomie qui ne cadre peut-être plus avec notre égalité nominale d'aujourd'hui. Les mœurs, sous tous les régimes, tempèrent ce que les lois ont d'excessif et d'absolu. Du moment que tous les citoyens sont proclamés égaux, se soumettre privément à d'autres, c'est accepter une infériorité factice et conventionnelle, par suite plus déplaisante que celle d'une hiérarchie normale, moins volontiers supportée par les uns, plus jalousement accusée par les autres.
A mesure que l'état mental des Français changeait depuis six cents ans, précédant ou suivant les changements à peu près parallèles de leur état social, l'opinion que le public avait du domestique et que le domestique avait de lui-même se modifiait : w Que l'on a bien fait, dit Pascal, de distinguer les hommes par l'extérieur, plus que par les qualités inté-
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rieures. Qui passera (le nous deux? Qui cédera la place à l'autre? Le moins habile? Mais je suis aussi habile que lui. II faudra se battre sur cela. // a quatre laquais et je n'en ai qu'un ; cela est visible, il n'y a qu'à compter : c'est à moi à céder et je suis un sot si je conteste ».
Le laquais jouait donc encore, au temps de Pascal, un rôle qu'il ne joue plus dans l'existence de son maître : il servait à mesurer son rang. Ces laquais, dont beaucoup étaient armés bien qu'on le leur ait souvent défendu, constituaient le dernier vestige de la « seigneurie » féodale, de la force particulière. Ils étaient une dignité, tandis qu'ils ne sont aujourd'hui qu'une commodité; ils ont cessé de porter l'épée; seuls, quelques huissiers officiels conservent ce fer innocent.
Quant aux troupes de serviteurs décoratifs que les riches actuels, aux jours de gala, alignent dans leurs antichambres ou dans leurs escaliers, la plupart sont loués pour endosser un soir des livrées éclatantes et des perruques poudrées qui seront remisées le lendemain dans les armoires ; faits pour contribuer à l'élégance d'une fête comme des flumières ou des fleurs, ils ne sauraient augmenter le prestige de ramphitryon aux yeux de ses hôtes. Chez ceux mômes de nos contemporains qui ont le plus de domestiques, il n'y a guère dans l'ordinaire de la vie de domestiques purement pompeux. Les trois et quatre valets de pied qui se tenaient serrés l'un contre l'autre, accrochés aux courroies derrière le carrosse, ont été réduits d'abord à deux avec les coupés et berlines à housse; puis à un seul, assis sur le siège. Il n'est resté de l'ancien usage que la formule du pluriel, par laquelle on demande « les gens ».
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Tel duc et puir, dont la dépense annuelle en 1788 s'élevait à 3(K).(M)(l francs, avait, sous les ordres de son maître d'hôtel, 3 valets de chambre, 4 valets de pied, i frotteur, 1 chasseur, 1 nègre, 1 femme de charge, 2 femmes de chambre, 2 filles de garderobe, sans parler du personnel de la cuisine, de l'office et des écuries ; son arrière-petit-fils, le duc actuel, bien que sa fortune soit tris supérieure et qu'il dépense davantage, se contente d'un train beaucoup moindre. Si l'on pouvait multiplier de pareilles comparaisons, on verrait que le fait est général.
Sous Louis XVI pourtant ce genre de luxe avait déjà beaucoup décru ; une dame n'était plus suivie à la promenade, comme au temps do la Fronde, d'un groupe de laquais portant qui le carreau, qui le parasol, la coifîe et le mouchoir. Personne ne se taisait plus précéder, comme il était encore d'usage sous Louis XIV, de laquais porteurs de flambeaux, le soir, devant son carrosse ; et l'on avait remplacé par des chandeliers les valets qui se tenaient debout, dans les salles du Moyen Age, la torche à la main. Le dernier vestige de ce cérémonial, qui avait subsisté jusqu'à notre siècle pour les tètes couronnées, obligeait les hôtes honorés de leur présence à les aller recevoir à la descente de voiture, avec un candélabre allumé.
Malgré tout, le chiffre global des domestiques, en France, était bien moindre il y a cent vingt ans que de nos jours, parce que la classe qui se fait servir, fût-ce par une « bonne », est présentement beaucoup plus nombreuse ; tandis que le nombre des seigneurs ou assimilés, qui avaient jadis ce grand train de maison dont je viens de parler, était très restreint. Chiffrer 24 gens de livrée et 10 femmes de chambre chez un fermier général, ou 300 personnes
chez cet ultra-prodigue de Choiseul, tant à Paris qu'à Chanteloui) (1770), voilà des détails qui impressionnent, et ce ministre exilé en pourra retrancher quelque peu sans nous attendrir. Mais combien y avait-il de bourgeois à posséder un « officier en confitures », comme M'"^ Allain qui en fait venir un de Tours et un autre de Rouen pour voir qui des deux ferait le mieux?
Si quelques milliers de familles en vue gageaient deux ou trois fois plus de domestiques que de nos jours, la' noblesse de province et la bourgeoisie aisée ne semblent pas en avoir entretenu davantage que les classes correspondantes d'aujourd'hui : M. de Saint-Chamans, au château de Méry-sur-Oise, a 5 domestiques (1630) ; Racine, avec 55.000 francs de rente, avait à l'époque de sa mort (1(399), un cocher, deux laquais, une cuisinière et une femme de chambre. Même personnel chez le président du bailliage à Dijon (1701); lelieutenant criminel a seulement doux servantes et un laquais. A Paris, un magistrat garçon, noun'i par un traiteur, a son cocher et son laquais ; un frolteur, pour 7 francs par mois, met son appartement en couleur.
Le conseiller Le Rlanc, du Parlement d'Aix, a quatre domestiques dont deux font office de porteurs pour sa chaise, car il n'a pas de carrosse ; à Lyon, chez un négociant en soieries qui dépense 9.000 fr. par an (1769), deux domestiques servent une famille de six personnes dont trois enfants. A Paris même, le Journal de Barbier, qui parle de « repeupler les campagnes par la diminution des domestiques »
1(1743), nous apprend que, dans la corporation la mieux connue de lui. puisqu'il y appartenait, il y a 500 avocats inscrits au tableau qui n'ont pas de laquais.
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En Angleterre, l'impôt sur les domestiques mil» nous fait connaître que leur nombre, depuis 1812, a baissé de 295.000 à 221.000. Si nous possédions une statistique analogue pour la France, je crois que la diminution du personnel de luxe serait beaucoup plus que compensée par l'accroissement d'effectif des servantes de la classe moyenne.
Est-ce l'effet d'une demande plus abondante? Toujours est-il que ces « bonnes à tout faire ». — les « meschines » et » dariolettes » du Moyen Age, — sont la catégorie qui, depuis cent ans, a le plupiV)fité de la hausse des salaires. C'est, par conséquent, l'une des dépenses bourgeoises qui ont le plus augmenté. Il n'est pas question ici de quelques « femmes de chambre » payées 500 francs par an chez la vicomtesse de Rohan (1480), 1.080 franc chez la duchessede Bourgogne et jusqu'à 2.000 francs chez la reine Anne de Bretagne. Celles-là devaientelles leurs gages à un mérite exceptionnel ou à la générosité de maîtres fastueux?
L'écart énorme qui existait autrefois dans la corporation des « femmes serviciales », entre les premières et les dernières, — écart analogue à celui que l'on constatait parmi les domestiques mâles, — laisse supposer, ou qu'ils ne se recrutaient pas dans le même milieu et n'avaient pas la même origine, ou qu'il se formait entre eux, d'après la tournure, le talent et les manières, une sorte d'aristocratie d'antichambre dont nous n'avons plus l'équivalent. Ceux qui la composaient ne se soucieraient pas aujourd'hui d'embrasser la même profession ; ils prétendent à de plus hauts r<Mes.
C'est même ce qui nous explique la soubrette et le valet de l'ancienne comédie. Déjà, vers la fin de l'ancien régime, Mercier dit que ces espèces se font
rares et qu'on les rencontre seulement parmi les « domestiques de place », à 4 francs par jour, loués par les étrangers. Ils ont si bien dis|iaru de notre réalité contemporaine que l'on se demande si ce ne sont pas des personnages conventionnels créés de toutes pièces et conservés par tradition, plutôt qu'observés par les premiers auteurs qui les mirent au théâtre.
Ils ont vécu pourtant ailleurs que sur la scène, ces valets et ces soubrettes, non contents de prendre le nom de leur maître lorsqu'ils étaient entre eux, mais aussi son geste et son ton, orgueilleux de son état et du leur propre, vains de noblesse chez le marquis, jaloux des droits de la robe chez le président et superlx^s d'opulence chez le fermier général. N'est-ce pas un valet de comédie que celui de Bassompierre qui, voyant une dame traverser la cour du Louvre sans que personne lui portât la robe, s'en va la [irendre en disant: « Encore ne sera-t-il pas <lit qu'un laquais de M. le maréchal de Bassompierre laisse une dame comme cela î » Peut-être ne se voyait-il pas beaucoup de porchers d'aussi bonne compagnie que celui de Choiseul, répondant au duc qui s'enquérait de la santé de ses jeunes |iorcs : « Monseigneur leur fait bien de l'honneur, ils se portent tous à merveille ».
Mais il ne manquait pas de gens de livrée capables (le dégainer pour la préséance de lew- carrosse, de se l)attre avec la livrée rivale et de couper au besoin les harnais des chevaux qu'ils veulent arrêter, comme en usèrent en plein Paris les gens de M"" de Bouillon envers ceux de M""' de Hanovre (1693). Ces querelles entre carrosses risquaient de finir er iliame; M. de Tilladet fut tué ainsi par les gens du duc d'Epernon. Est-il, dans le vieux répertoire,
réponse plus tragi-comique que celle de M. d'Angoulème, connu pour son humeur d'escroc, à ses gens auxquels il conseillait, en guise de gages, de détrousser les passants : « C'est à vous de vous pourvoir, disait-il, quatre rues aboutissent à l'hôtel d'Angoulème, vous êtes en beau lieu, profilez-en si vous voulez ».
Que ces laquais épiques fussent un peu fripons, on s'en doute en les voyant donner 350 francs au maître d'hôtel pour entrer chez certains financiers. S'ils savent attendre des cinq et six ans parfois leurs salaires en espèces, nul doute qu'ils s'en découvrent d'autres en nature : « Mon sommelier, disait le grand prieur de La Porte, dit que le vin lui appartient dès qu'il est à la barre (au milieu de la barrique); le piqueur prétend que le lard est à lui dès qu'il en a levé deux tranches , le cuisinier n'est pas plus homme de bien qu'eux, ni l'écuyer, ni les cochers, sans parler du maître d'hôtel qui est le voleur major-, mais ce qui me chicane le plus, c'est que mes valets de chambre me disent : Monsieur, vous portez trop longtemps cet habit, il nous appartient ».
Grâce à des grappillages fructueux et tolérés , ceux-là peuvent se constituer un magot, surtout s'ils ont la prudence de ne pas acheter des fonds publics, parce qu'une de ces banqueroutes officielles, que la morale indulgente du temps permettait à l'Etat d'opérer de temps à autre sous le nom de « réduction de la rente des effets royaux », risque de les dépouiller d'une partie de leur avoir. Ce fut le cas en 1770 où pareil retranchement rapporta 12 millions au Trésor en faisant le désespoir des laquais de Paris qui presque tous avaient ainsi placé leurs économies.
Entre ces valets prompts de la langue, de la main