CHAPITRE XII Les Voitures
Incommoiiité et lenteur des anciens véhicules. — La litière de luxe et de voyage. — Basternes ou brancards de louage.
— Les chars du xwr siècle, simples tombereaux à quatre roues. — Le a chariot branlant ». — Le coche ou carrosse sous Henri IV. — Chaises à porteurs et vinaigrettes. — Variations des modes et des formes de voilure au xviri» siècle.
— Les calèches, berlines coupées, désoblujeantes. — Invention des ressorts. — Ce qu'on appelait cabriolet sons Louis XVL — Protestations contre leurs excès de vitesse. — Prix des voitures neuves et d'occasion. — La pompe extérieure des voitures disparait avec lancien régime. — Les harnais et les selles depuis le Moyen Age. — Un cheval pouvait porter une fortune au xv<= siècle. — Les figurants volontaires du luxe et le caractère égoïste des jouissances contemporaines.
Peut-être n'y a-t-il pas lieu de faire un mérite aux cavaliers du Moyen Age de ce que, dédaigneux des voitures , ils eussent rougi de « se faire porter comme des corps saints. '> Cette énergie tenait surtout à l'incommodité, à la lenteur des véhicules connus. « Je ne puis souffrir longtemps, dit .Montaigne, ni coche, ni litière, ni bateau et hais toute autre voiture que de cheval, et en la ville et aux champs...; mais je puis souffrir la litière moins qu'un coche. )) En effet cette boîte qu'était la litière donnait au voyageur la sensation d'une mer agitée.
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Elle reposait sur deux brancards, avant et arrière, ceux-ci plus longs pour que le cheval de derrière pût voir ses pieds en marchant. Un valet conduisait l'animal de tète par la bride, un autre poussait de son bâton l'animal de queue. La litière de cérémonie était réservée aux femmes et aux enfants en bas âge. Le duc de Bourgogne entre-t-il solennellement à Paris en 1434 avec sa jeune femme Isabelle de Portugal : le nis, âgé de quatre ans, « qu'il avait eu d'elle en mariage » était en litière ; tandis que « trois fils et une belle pucelle qui n'étaient pas de mariage, et dont le plus âgé n'avait pas dix ans », chevauchaient à sa suite.
La litière de voyage est tantôt une caisse bien close, munie de sièges à coussins, tendue de velours de Gênes, de damas ou de maroquin à clous dorés, avec des rideaux ou même des vitres, tantôt un rustique colTre d'osier garni d'un matelas. C'est dire (ju'il s'en faisait à tous prix, depuis 8.200 francs pour la comtesse d'Artois au xiv" siècle^, jusqu'à 40 francs, comme celle où cahote, dans le Roman comique, le curé de Domfront, ayant pendu au côté droit son chaj)eau dans un étui de carton, et à gauche son pot de chambre de cuivre jaune reluisant comme de l'or. Aux litières de luxe on accédait par des portières, aux basternes ou brancards de louage il fallait enjamber les barres transversales, à moins «jue le muletier, prenant son client à bras-le-corps, ne le déposât dedans comme un paquet.
La litière existait encore sous Louis \V, mais, dès le xvii'' siècle , bien qu'Anne d'Autriche en eût quelques-unes prisées à sa mort de 1.800 à .300 francs, c'était un équipage démodé dont usaient