Le coeur tuberculeux et le coeur des tuberculeux
Pour situer notre sujet il est nécessaire tout d’abord de procéder à une classification des lésions que le bacille de Koch ou ses produits peuvent occasionner dans le myocarde, à l’exclusion du péricarde et de l’endocarde.
Plusieurs auteurs depuis Ravwiart (1906) se sont occupés de ce problème et ont cherché à englober dans leurs classifications toutes les altérations du myocarde chez le tuberculeax. Basées sur l’étiologie et la morphologie des lésions, ces classifications pèchent en général par manque de clarté quand nous arrivons aux lésions limites où il est souvent difficile de faire la part de ce qui étiologiquement est encore tuberculeux d’avec ce qui morphologiquement n’a plus aucun caractère spécifique. Pour notre part nous leur préférons une classification beaucoup plus simple basée principalement sur l’étiologie. Nous distinguerons donc:
1. Les lésions tuberculeuses histologiquement spécifiques du myocarde.
2. Les lésions inflammatoires secondaires à la tuberculose ou sans spécificité histologique.
Alors que dans le premier cas nous avons à faire à des lésions autonomes de l’appareil cardiaque dont l’étiologie est garantie par la spécificité histologique et bactériologique, nous rangerons dans notre seconde classe les altérations inflammatoires dépourvues histologiquement de caractère spécifique et dont les relations primaires avec les bacilles tuberculeux ne semblent pas évidentes. Nous pouvons en effet opposer à la tuberculose proprement dite du myocarde, les lésions réactionelles du coeur vis-à-vis de l’infection tuberculeuse d’autres organes et principalement des poumons. Ces dernières lésions, nous les réunirons sous la dénomination de ,,coeur du tuberculeux“* pour les distinguer de la tuberculose da coeur proprement dite.
I. Tuberculose du coeur (lésions histologiquement spécifiques).
Si l’on fait état des statistiques, la tubercalose vraie du muscle cardiaque est une lésion rare. Cette rareté ne réside pas dans une immunité particulière locale comme on l’a volontiers admis, mais bien dans le fait que le tissu musculaire en général est difficilement tuberculisäble. Hübschmann dans son traité d’anatomie pathologique de la tuberculose publié en 1928 divise la tuberculose du myocarde en trois classes:
72 de Courten, Le nodule d’Aschoff-Klinge
1. La tuberculose miliaire semblable à celle que l’on peut rencontrer dans tous les organes au cours des tuberculoses hématogènes aiguës, des septicémies tuberculeuses. Il ne croit pas à une prédilection pour un compartiment quelconque du coeur. Il admet toutefois que les tubercules siègent plus volontiers dans le tissu sous-endocardique.
2. La tuberculose solitaire dont le tubercule peut atteindre la grosseur d’une noix et même d’avantage. Localisation rare, elle a été le sujet de nombreuses publications précisément du fait de sa rareté (environ 120 cas). Il s’agit en général d’une petite tumeur isolée ou multiple, née apparemment par propagation bacillaire le long des vaisseaux lymphatiques à partir des ganglions médiastinaux.
3. La myocardite tuberculeuse dans laquelle nous ne comprendrons que les infiltrations tuberculeuses diffuses constituées par les éléments habituels du granulome tuberculeux: cellules géantes, cellules épithélioïdes, lymphocytes. Ces éléments peuvent quelquefois se grouper par champ et former de vrais follicules. Raviart, parle alors de myocardite tuberculeuse folliculaire. D’autrefois on ne trouve que quelques petits foyers de caséification, quelques cellules de Langhans isolées dans un tissu scléreux, qui signent la nature tuberculeuse de l’infection. Nous pouvons sans aucun doute ranger ces cas dans le cadre de la myocardite tuberculeuse; mais nous ne sommes plus d’accord avec beaucoup d’autres comme Bruckner, Lüscher, Sanger, quand ils mettent sur le compte de la tuberculose certaines inflammations banales, trouvées dans le myocarde des tuberculeux, que nous mettrons dans notre seconde grande classe, celle des lésions banales du coeur des tuberculeux.