‹ Le Noeud gordienChapitre 3 sur 6 · LE SCEVD GORDIEN. JI · texte numérisé non relu

LE SCEVD GORDIEN. JI

curer que le plnmaj^e liii-mêiiiu ne cache pas quelque vi- Ihiiio pailed • pauii. Il lu'a semblé que son cou n'était pas nUaché h ses épaules d'un^ manière fort logitpie.

Tout en rumintnl, le jeune homme s'étiiit placé sous le péristyle, au militui des groupes qui, à la sortie du '»àtre-ltalien, forinent sur le passage des fenuTies, une j plus épineuse que fleurie, à liiquelle les blanches jis elles-mêmes n'échappent pas toujours sans y laisser Iques-uiiS de ces flocons dont s'empare la médisance >tocratique pour en tisser sa chronique de chaque jour. 6uurd aux propos plus ou moins irrévérencieux de ses voisins, Mornac ne tarda point à voir poindre au retour de l'escalier m.'.'lemc/iselle de Passerot^ niaichant à côté de sa mère, qui sappuyait elle même sur le bras de son neveu; il put alors se convaincre que celle qu'on lui destinait en mariage possédait une taille en harmonie avec sa figure» et que le fût de la colonne était digne du '; ipiteau.

— Vraie Normuide, pur sang! se dit-il, sans trop se rendre compte de sa satisfaction intérieure ; droite conmie un peuplier et fiaîehe comme une poche. Mon oncle a raison; ce serait une magnifique bouture à grefler sur la souche des Mornac.

De plusen plus alléché par cet examen, le jeune honnne ^Q disposait à sortir du péristyle, à la suite de; mademoi-

:1e de Passerot, afin de la voir monter en voilure, lorsqu'une main saisit furtivement la sienne, tandis qu'une voix vibrante quuitpie contenue jetait à son oreille ce seul mot :

— Ingrat î

Edouard se sentit troublé dans l'Ame, coitjme un voleur pris en flagrant délit; avant qu'il eut fait un ï>eul mouvement, la main qu'il avait reconnue pour l'avoir pressée

n des fois sur ses lèvres s'échappa de r*;lreinlc dans

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laquelle il cherchait à la retenir; exailé par ^e refus, comme il arrive d'ordinaire^ il se retourna vivement. Eudoxie avait passé; au lieu des longs yeux bleus dont il s'apprêtait à désarmer le courroux, il rencontra les prunelles verdâtres de M. de Pomenars, qui lui disaient aussi lyranniquementqu'un regard d'oncle peut le faire :

— Va-t-en.

Madame de Flamareil continuait de marcher sans tourner la têle, entraînant par une sorte de saccade nerveuse le sournois vieillard qui s'était emparé de son bras et constitué son gardien en dépit d'elle-même; derrière eux s'empressait Léon de Boisgontier, à qui, véritable bonne fortune de lycéen, était échue mistriss Lawington, caparaçonnée, par-dessus ses autres atours, d'une palatine dont les fourrures simulaient le pelage d'un zèbre Le débutant se dédommageait de sa corvée en caressant du regard les blanches épaules de la dame dont il rêvait les couleurs, et il était tellement perdu dans cette contemplation, qu'au passage il n'aperçut pas celui qu'il détestait de toute l'aversion qu'inspire un rival préféré.

— Comme le petit bonhomme prend feu ! se dit Edouard, qui, tout en courant deux lièvres à la fois, n'était pas d'humeur à permettre qu'on vînt chass(ir sur ses terres; au lieu d'être jalouse comme une Italienne et de venir me crier dans l'oreille des mots de mélodrame, il me semble qu'elle pourrait fort bien se débarrasser de cet adolescent (jui finira par lui donner un ridicule.

l'entre la jeune fille et la femme encore jeune dont son esprit était presque également occupé, Mornac, qui, par une com(!licatlon assez fréquente parmi les hommes de vingt-ci". I ans, se trouvait en même temps chevavalier d'am«jiii' et poursuivant de mariage, resta plongé dans une irrésolution à laquelle mit fin le départ succès- Ji sif des deux voitures où étaient montées d'une part la fa- l

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mille des Passerot, de l'autre la mélancf)lique Eudoxie, toujours escortée de son chaperon d'outre -Manche, de renaniouré Boi^gonticr, et du sexagénaire dont la cravate à l'incroyable ne cachait qu'à demi le malicieux sourire. Edouard alors ^e dirigea tout pensif vers le passage de l'Opéra, et pendant la demi-heure qu'il y passa en attendant Garnier, trois idées assez disparates se partagèrent ses réilexions. D'abord, une scène de reproclies, de larmes, peut-être même d'évanouissement (juc lui ménageait, selon toute appai-eiice, madame do Fiaman'il, dont il connai.^sait Tirritabilité nerveuse et la despotique jalousie; en second lieu, une paire de soufllets qu'il se promettait d'octroyer au petit Boisgontier à la première occasion favorable; enfin, la jambe de Diane chasseresse que lui avait révélte U* marche pied de la berline où mademoiselle Loïde s'était élancée avec une élourderie de campagnarde.

Cette méditation à trois parties à chaque msfant enchevêtrées comme les fds d'un peloton, fut interrompue par le commandant, qui s'avançait d'un pas lapide, en porteur de boimcs nouvelles.

— Mon cher, dit ce dernier, il fait beau ; prenons des cigares et allons sur le boulevard, où nous serons plus libres pour notre colloque; il s'agit de traiter la matière à fond.

Les cigares allumt*s, Garnier prit le bras de celui qu'il regardait déjà comme son cousin ; ils soitirent du passage et tounicrcnl a droite; arrives devant Turtoni, l'oflicier de chasseurs entama la discussion.

— Sachez «1 alM)rd, dit-il, que j'ai réparé votre petite équip«'c au movud'un duel, qui vous a retenu jusqu'à neuf hiiMcs, cl dans lequel je vous ai fait jouer un rùle héroïque. Fi*u noblement essuyé, et couj) lui* en l'air de la manière la piu> magnanime! Les ItMunn's aiuicnl assez

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les brettours, ma taii(e surtout, qui avait pour mari le plus grand poltr.)ii âc (oute laNormandic. Elle a donc pris l"liistoriotte le mieux du monde, et une lois rassurée sur le chapitre de sa dignité compromise, elle s'est déridée à vue d'oeil. Décidéiu. nt, vous avez fait sa conquête, ce qui n'est pas peu d^ jliose. — M. de Mornac a tout à fait l'air d'an homme comme il faut, m'a-t-elle dit à l'oreilie; et C( la veut tout dire, car le comme il faut est son dada de prédilection : elle a refusé dix partis, parce qu'ils avaient l'air bourgeois, selon elle. Quant à Loïde, elle ne sonnait mot, comme vous pensez bien ; mais l'avis de sa mère est toujours le sien, et d'ailleurs vous aurez le temps de lui faire votre cour. Bref, l'entrevue a été favorable, vous avez plu. Je joue cartes sur table, n'est-il pas vrai? Maintenant c'est à vous de décider s'il vous convient d'aller en avant et de charger votre oncle de la demande officielle.

— Mon cher commandant, répondit Edouard, la bonno grâce et la loyauté que vous apportez dans cette affaire captivent toute ma confiance et m'obligent à une franchise égale à lu vôtre. J'abats donc aussi mon jeu. Je n'ai pas besoin, je pense, de vous assurer de ma respectueuse ostimo poiu" votre famille, ni de vous dire que je regarderai toujours comme un honneui' une uiliance avec elle; mais je dois vous expliquer ma position personnelle, afin que vous n'inter[)rétiez pas défavorablement l'h.ésitalion que vous avez pu remarquer en moi. Je n'ai pas de lurtune ; ainsi je snis entièrement dans !a dépendance de mon oncle ; il veut (jiu je me marie, et il m'a déclaré quo si dans trois mois j'étais encore garçon, il se remarierait lui-même ; ce qu'il li-niit ainsi qu'il l'a dit, j'en suis parfaitement convaincu. Or, mon oncle a soixante-cinq ans^ Age auquel on a toujours des enfants, comme vous savez. Donc, il faut qnr; je me marie ; sinon je m'expose à devenir, peul-élre avant un an, le parrain d'un cousin ou

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d'une cousine qui m'enlèverait net quarante-cinq mille livres de rrnte dont je suis en ce moment l'hérilier présomptif. D'un autre côté, je vous le répèle, je n'imagine, pas un mariage j>lus avantageux et plus lio ^orable que celui dont il est question aujourd'hui. Et cepr-ndant, au lieu de l'empressement que vous êtes en droit d'attendre de moi. vous me voyez plongé dans une mer d'irrésolutions, de perplexités, d'inquiétudes de plus en plus pénibles et cruelles.

— L'histdire de votre princesse des Italiens! dit le commandant.

— De grâce, mon cher Garnier, comprenez ma position, et ne blessez f)as, môme par une plaisanterie à vos yeu\ inofténsivc, un sentiment sérieux pour moi, trop sérieux sans doute si je songe à mon avenir. Cotte personne à qui vous faiies allusion, je 1 tiiine depuis plus de cinq ans; je lui suis attar-hé par tendresse, par reconnaissance, peut-être aussi par habitude, enfin par tous les liens que peut créer iu)e intimité sans interruption et sans partage. Hompre cetu* cliaiiu', car j'en conviens c\'st un»; cliaîne, répudier ce pa^sé si [»Iein de souvenirs, dire im éfernel adieu à cet amoiu- dans lequel j'ai mis mon iltne tout entière, depuis qur je suis un homme, c'est là un sacrifice qui m'etlraye. En y songeant, je doute de mon courage; je crains pour nmi, mai> je crains pour elle davantage. Elle m'aime, (iarnier. ««Ile m'aime; mon mariage serait un coup de poign ni (pii la tuerait p<^^'ut-étre.

— Dah! fit rnKiiirr do chasseurs, en poussant vers le ciel une énorme bourtée de tabac, conune un marsouin souffle fv»r soscNenls l'eau salée.

— Ne pensez pa^ ({n'une ridicule fatuité me lasse p:n 1er ainsi, rej>rit E'!<»nanl avec chaleur; pnissé-je me tromper î Mais je conn:ii> trop ce cœur dévoué, celte lai>i;neur maladive, celte âme enthousiaste; celte femme enrin, doq

.•« OKUVUIiS DE CIL DE BEuI^ARD.

moins fièie que sensible, et qui, blessée par moi, ne se plaindrait point, mais....

— Mourrait, n'est-il pas vrai? interrompit Garnier. Vous êtes veune, mon cher; mais croyez-moi, tranquiiiisez-vous. — Les femmes se rendent et ne meurent pas.

A cette impertinente parodie du mot attribué à Cambronne, Edouard jeta son cigare par un geste dédaigneux auquel le prosaïque ofticier ne fit pas attention.

— Commandant, dit-il ensuite d'un ton légèrement ironique, je m'aperçois que nous ne nous comprenons pas. Je conçois du reste que vos conquêtes de garnison vous aie^'i peu disposé à apprécier ce qu'il peut y avoir de noble, de passionné, de sublime dans l'âme de quelques femmes d'ciite.

— Mes conquêtes de garnison! qu'entendez-vous par là ? s'écria l'olficier piqué à son tour; depuis quinze ans que je suis au service, sachez que j'ai connu vingt dames, je dis dames, plus jolies et plus aimables que toutes vos pies-grièches de ce soir. Que diantre ! discutons sans personnalités. Nous traitons de votre mariage, auquel je m'intéresse fort, et voilà qu'à propos d'une ancienne passion, vous vous envolez jusqu'au septième ciel ; ne dois-je pas, en homme raisonnable, vous ramener à terre, rétablir la question dans ses termes véritables, et la résoudre par le calcul des probabilités? Or, je vous soutiens que sur cent mille femmes, pas une ne périt d'amour. Voyez -vous, mon cher Mornac, ces métaphores-là sont connues. Nous autBcs nous leur disons : Si vous ne m'aimez pas, je me tuerai; plus tard elles nous disent : Si vous ne m'aimez plus, j'en inoMrrai. A la fin, tant tués que mortes, on n'enterre personne. Je vous parle comme tout homme de »ens le ferait à ma place, continua Garnie-J' m changeant subitement d'intonation; je vous le répète, il y a cent mille à parier contre un que vos craintes sont chiméri-

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qiies. Après cela ne vous figurez pas que je sois un souflard sans âme, comme vous paraissez le croire; si, au lieu de vous tenir le langage de la raison commune, j'interrogeais mes souvenirs et ma propre expérience, peutêtre serais-je de votre avis; mais on ne doit jamais prendre l'exception pour règle.

— Ccnjment, dit Edouard intrigut' par ces paroles, avez-vous donc éprouvé dans votre vie quelque sentiment sérieux qui démente la philosophie incrédule que vous alFectiez tout à l'heure ?

— Peut-être, répondit le chef d'escadron en jetant à son tour son cigare, et il laissa passer entre ses lon-iues moustaches un de ces soupirs péniblement bruyants, nn'exhaient les ca'Uis depuis longtemps rouilles.

— Confidence pour confidence, reprit Mornac, qui. passé le premier monirnt d'humeur, désirait rester en paix avec son interlocuteur.

lY

L'officier secoua la tête d'un air m. lancolique, étran- ""iueiil (!e[iaysi'' sur sa tigure pleine et colorée.

— C'est une histoire à laquelle je pcise le moins possible et dont je ne parle à personne, dit-il enfin; ni.iis je ne refuse pas de vous la raconter, car, à vous entendre, on dirait que je n'aie jamais connu que lesvivandiènMlf mon r''giinent , et cependant j'ai éprouvé dans ma vif une pa^sioIl d un numéro égal au moins a < elui <ie U. vôtrn. il y a un» dizaine d'années de cela , j'étais alors lipv.ti'iiant ail 1* chasseurs, en garnison h Lyon. Lyon est unt' sotie ville, comme vous savez [)eul-êlre, et lu société de B<*llecourl, (|ui avait accueilli (|uel(|ues-uns de nous.

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est bien la collection de salons la plus insipide où rofficicr puisse perdre son argent à la bouilloire contre de vieilles femmes. Pom' moi, qui aime à ni'amuser, je commençais à en avoir assez ; ça me fatiguait d'être plumé tous le^ soirs par des contemporaines du roi Louis XV, et j'étais décidé à chercher fortune dans le petit commerce où il y a des minois soignés ; lorsqu'un jour, au milieu d'un de ces salons de Bellecourt, avec lesquels je voulais divorcer, j'aperçu? «'ne femme que je n'avais pas encore rencontrée dans le monde. Une femme ! un ange ! mon cher ami. Grande et faite à peindre, des épaules magnifiques, des yeux bleus dont le regard vous caressait le cœur comme avec un gant de velours, des cheveux blonds...

— Elle était blonde! interrompit Edouard; je l'aime déjà.

— La vôtre est blonde aussi ? Ce n'est pas qu'en général je préfère cette couleur ; il y a des brunes furieusement séduisantes; mais cette fois-là, toutes les Andalouses et toutes les Africaines eussent été obligées de baisser pavillon. Je ne peux pas vous décrire ce que j'éprouvai ; ce ne fut qu'un frisson depuis la plante des pieds jusqu'à la racine des cheveux. J'étais assis à une table d'écarté, où je jouais une centaine de francs , je crois, quand ce diable de regard langoureux s'arrêta sur moi: J'avais ri jusqu'alors de ce qu'on appelle au collège les flèches de Cupidon ; mais en ce moment, je me convainquis de la justesse de l'allégorie, en me sentant percé de part en part comme par un trait d'arbalète. J'écartai stupidement un ou deux atouts, et sourd aux criailleries de la galerie, je me levai pour suivre cette sirène qui venait de passer dans un autre salon.

J'î n'ai pas besoin, n.on cher Mornac, de vous raconter in détail les progrès ei les incidents de ma passion; ces folies-là se ressemblent +<oules; vous verriez qu'à vingc-

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cinq ans je n'élafs pas plus raisonnable que vous ne l'êtes aujourd'hui. Q.j'il vous suffise de savoir que j'étais amoureux comme un lion : depuis ma soitie de Sainl- Cyr, je navais rien éprou^*^ de pareil; Elise demeurait...

— Elise ! c'est un des noms de la femiiie n<ie j'aime, dit Edouard avec une sorte de componclion.

— Un joli nom, n'est-ce pas? Celait i'élé; Elise habitait une campagne à quelques lieues de Lyon, tandis que son mari était retenu à la ville par la place qu'il occupait à la léte d'une des admiiiislraliuns. Je lus bit'Ulùt au courant et je commençai sans retard une des vies les phis enia géos que puisse mener un amoureux. Dix lit ucs à fran" étrier presfjue tous les jouis ! Et notez qu'il ne fallail pn^ llAner en route, car le colonel ne plaisantait guère, cl jo n'avais point envie de me faire mettre aux airèls. J ai rrevé deux chevaux dans cette campagtu', sans compter que je n'airivais pas toujours à lenq)s au (juailier,et que, devant passer adjmlant major, je me vis souiller ma nomination sous j)relexle de négligence dans le service. Miis j'avais la cervelle à l'envers, et je me moquais de la double épaulette connue de mon sabre de I ecule militaire. D'ailleurs (pieile agr(;al)le indemnité! ce que je [)erda;.en avancement d'i:u côté, ma belle bloi»de me le rendait de l'autre; il est vjai que chaque grade «ne causii un tniirmenl d'enler : j»* mis sept mois à gagner mon bAton de Uiaréchal de l-iauce. Mais songez que c'était nue I*. îiiiiie du tiiaud «iioiide, spirituelle coniue un «lémon. Mère eonmie un « liii.itre d'Allemagne, et allant tous les jours a la mes -4 : • n»* \érilal)le duchesse.

A me voir Ji>.j > ■ : but, Mornat , vous ii'* devineriez jamais ïpeH.r ( .'lais alors ; cette Iriiiuic m'avait tait sid)ir II I» MU'., ' i.»se dont je reste .vil. '.rît r|uaud j'y Songe. Moi, qiu aivais pas regarder uim • • ..i..iitî lii.s

3i> CEl'VRÏCS DE C!I. D5v BKUNARD.

avoir la mi,m\ûno, jo lui improvisais des lettres de douze pngosàcalcinor un rocher. Vous avez lu laNouveile Kcloise, cil l)icii î ma parole d'honneur, c'est de la neige fondue à côté ilc mon iiyle de ce temps-là. Et puis, réforme coip. « plcte dans iiv.'s habitudes. Phis de café, plus de billard. plus de cigares. À la pension, mes camarades, qui n'y con> prenaient rien, m'appelaient mademoiselle Garnier; maie tout m'éîail é^al, pourvu qu'Elise fût contente; elle avait quelques années de plus que moi, et cela lui don nait une sorte d'autorité dont elle aimait à faire usage ; ellG m'inipo>ait ses goûts, ses volontés, quelquefois ses caprices; toutme plaisait. Elle était jalouse, j'aimais jusqu'à sa jalousie.

— C'est cependant un défaut qui cause bien des ennuis, observa M;,r:;ac, en se rappelant les épreuves auxquelles le soumettait journellement madame de Flamareil.

— Oui; mais ça flatte. Le mari ne pouvait presque jamais quitter Lyon ; il n'y avait pas de voisins de campagne, et, en y mettant de la prudence, nous jouissions d'ime certaine liberté. Quand je n'étais pas obligé de rentrer pour mon service, je restais fort tard, quelquefois tout à fait. La maison était près de la Saône ; le soir, nous nous pro'jienio.ns en bateau, surtout quand il faisait de la lune. Elise aimait beaucoup le clair de lune, et moi, j'y prenais <:iablement goût aussi. Elle était si jolie, assise au gouvernail, avec sa gentille capote de paille et son cachemire bl< u quf' je vois encore ! Elise n'avait que des cachemires. Quand j'étais fatigué de ramer, jcdéclamaisles Méditation:do Lamartmc, qu'elle me faisait apprendre par cœur; oui, mon (lier, les Méditations de Lamartine. Vous vous figr-rrz (vk^, je n'ai [)as été romantique tout comme un autre! Je crois que si elle S'avait voulu, j'aurais fait des vers. Ah! (■ctaieat là des moments qu'on n'oublie pas; non, sacrcflieu! t»n ne îes oublie pas.

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Le commandant Garnier se tordit la moustache à plusieurs reprises, et garda, pondant queloui's secondes^ un silence d'attendrissement respecté par son compagnon. — Toiît (loil tliiir dans le monde, rcpril-il eijsuiu;^.;'un !'''lancolif]ue : il y avait cinq mois à peine que durait mon bonheur, lorsqu'une catastrophe inattendue lu vint dcliulre. [jii matin, j'étais dans ma chambre, précisément occi:pc à écrire uuf* de ces épîlres brûlantes dont je vous parlais tout à I he;irp; on frappe. In porte s'onvre, et Je vois entrer un homme de quarante* ans, droit, sec, poli, sérieux. Je vous l'avouerai, j'eus peur. C'était le mari, et j'aura-s mieux aimé receviVir la visite d'un loup iVamé. !)<» chariiabtps amis lui avaient appris ma liaison avec sa fenmie : il savait tout. (ît v( rinit me proj^o-er, Iv.* \!Ï:i:> iioi::.L\cmer.l lî'.i monde, ùalier nous couper ia gorge. Je; fis d'abord de .ilficullés; car mes principp5> sur celte malirre sont bien cirêtés : tromper un époux, ' n' qu on voudra; le tuer, merci! Pourtant, il n'y eut ; as D i.c* reluser : il cxi-;caiL unu réparation, et j uùiis 1 {f)rt. Nous pri. : s donc chacun un témoin, et L. ai..imes nous battre dans un jx'tit rhcmin creux, Liiière l'ourvières. J'ai ele prévôt de salle à Saiiit-Cyr, . je me croyais sûr de Uion iaii; je ih'clais jure de ne \ù\s • tuer, j ni le r. ou, ton! au

' ' : an bras, jujnr le mettre iiors

vvyii.i'.ii. .»^ .. c .^w. mj^-vS passes, j engage donc soilde- .eut e.. quarlj, en ciiercliant à lier son fer, que je imptais fr.ire sauter h dix pas d'un revers de poi. ! e". .stt ! voilà celte chienne d'ép«H\ (\\\c je croyais bien ter^ qui se dégage, et tretilie cuinme une anguille autour • la m.e;;;;f; Ui;e, dei::»; fcihle de s<Monde; puis, land j«} ! . chen lie en lif-rce, \\n second d"gagemcnt, iiqud je ne vois que du leu, et une botie qui m ar« rivu à lo!:d, oh! nniis à :ond : six pouces de ter dans lo

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côté, rien que cela. Avant d'avoir pu me rendre compte du coup, je me trouvai par terre, étendu comme un mouton qu'on vient de saigner. Mon diable d'homme, tuajours avec le plus beau sang-froid du monde, me dit que nous aurions le plaisir de recommencer dès que je serais guéri ; puis il me tourna les talons après m'avoir salué fort poliment.

Je restai six semaines dans mon lit, blasphémant le ciel et la terre, sans nouvelles d'Elise, à qui je ne pouvais pas écrire. Je savais seulement qu'elle était tombée malade le lendemain du duel, et que son mari Tavait ramenée à Lyon. Enfin, j'entrai en convalescence ; ma première visite lut pour mon colonel, à qui j'avais été recommandé par un de mes oncles, et qui me témoignait de rintérôt.

— Garnier, me dit-il dès qu'il m'aperçut, je suis bien aise de vous voir sur pied. Vous ne faites plus partie du septième ; vous passez au régiment de chasseurs qui va en Morée, et vous partez demain pour rejoindre voire corps à Toulon. Pas d'observations; il y aura là bas des coups de sabre à donner, ça doit vous aller ; c'est une bonne occasion de regagner la double épaulette que vous avez niiinquée ici par votre faute. Vous ne pouvez pas rester à Lyon. Votre aventure a fait trop de bruit. On est bégueule à Bellecourt; je sais qu'on y a déjà parlé dans plusieurs salons du danger de recevoir des militaires; votre séjour ici ferait du tort à vos camarades ; et pour moi je n'ai pas envie qu'on mette mon corps d'officiers en interdit Ainsi donc, soyez en route demain à sept heures, et jusque-là pas de folie sentiinenlale ; là- bas, faites honneur au scplicrne et revenez-nous capitaine.

Il n'y avait pas le plus petit mot à répondre, car quand le colonel avait commandé : En avant ! il fallait partir du pied j.uucii(;, comnic disent les fantassins. A moitié fou, j'allai chez Elise. Son mari était sorti, heureusement^ ( t

je pus entrer. Ah! mon cher Moniac. quelle scène! je vivrais mille ans que ce tableau ne sortirait jamais de ma mémoire. Figurez-vous une femme élendui sur un diva:;, pûle, amaigrie, brisée; plus changée parle chagrin que moi par six semaines de soulfrances; et des soupirs, dt^s étreintes, des sanglots, -c« désespoirs à briser le cœur quand je lui appris mon départ.

— Mon Théoduie, me disait-elle en m'étoulTant dans ses bras, c'est ma raison ou ma vie que tu emportes, car si je ne meurs pas, j'en deviendrai folle.

Ce fut en etîet une mourante que je laissai loi'sque j'eus le courage de m'arraclierà cette scène cruelle. Sans \oix et sans coimaissanct' , elle n'entendit [)as mon dernier adieu, elle ne sentit pas mes derniers baisers 11 n'y avait plus d'ûme dansée corps, et quand la porte se ferma sur lîioi, il me sembla que c'était le couvercle de sa bière dont j'entendais le bruit.

Il y a dix ans de cela, Mornae. reprit le commandant après une seconde pause causée par son émotion ; et je crois vous parler d'hier. Ces dix anncL' , je les ai pas.-ees presque tout entières hors de Fr.uice, en Morée, à Alger, p.irtont où il v avait des coups à donner et à recevoir; ce souvenir est un ver rongeur qui ne m'a jamais quille.

entraînes par l'intérêt de leur conversai ion, le deux amis étaient arrivés à la Madeleine. Le connnandant Carnier, dont le ver rongeur avait respecté l'embonpoint, •aiareheur assez mauvais d'ailleurs, en sa qualité d'oflieier lie cavalerie, s'arrêta im peu essoufflé ; et, levant les yeux au ciel, comme par réminiscence de la^^jd'or où iiava»t su \)ur cœur les Méditations de Lamaitine ;

— Je- veux vous avouer un dernier enfantillage, dil-ij avec un sourire timide, destiné à désarmer la raillerie. Levez la léle. Voyez-vous celte étoile au-dessus du fronton, ià gauelie de la giande Ourse?

SI ŒLVRES DE CH. DE IJERNAP^D.

— Eh bien ?

— C'est la nùîre. celle qu'Elise, dont rimagination était fort exaltée, avait choisie pour emblème de notre amour. Vous ne me croirez peut-être pas. Eh bien! en Grèce, en Atriqi^8, où les nuits sont presque toujours sereines, il m'est arrivé bien des fois de passer des heures entières à contempler celte étoile. Et rnaintenaiit encore, au bout de dix ans, je ne puis pas la regarder saL3 éprouver 1 envie de pleurer comme un enfant.

Edouard écouta cette sentimentale confidence plus sérieusement qu'on n'eût pu Taltendre d'un jeune hoinme de vingt-cinq ans, portant des moustaches, des gants jaunes, un lorgnon dans la poche de son gilet, et sortant des Italiens.

— C'est une douce superstition, chère à toutes les âmes tendres, dit-il le nez en l'air à son tour. Mon cher Garnier, ne rougissez donc pas d'un noble sentiment, parce que son exaltation ne saurait être comprise du vulgaire. Jai aussi mon étoile, moi.

— Bravo! répondit le commandant, heureux d'échapper à la moquerie qu'il redoutait. Et où êtes-vous logé là-haut? sommes-nous voisins?

— Va, au couchant, cette belle étoile isolée, plus loin que la fi.'che des Invalides. Ce qu'il y a de bizarre, c'est que j'avais envie de votre étoile, à vous ; mais na mai-' tresse n'en voulut pas, et choisit celie-ci.

— Avouez (jue les femmes ont des idées crânement geiîtillfs lorsqu'elles aiment, dit Garnier d'un air attendri.

— Cette étrange coïncidence accroît encore FinicriH que votre récit m'inspire ! répondit Mornac, qui, doniiis qu'il avait dérouvert dans le gros commandant un frère vu souffrance amoureus(î, s'affermissait dans ses so-;;raeiiUi de lijjlilé, et se livrait plus résolùm.crt '. la noîiie

é^lé^iaqne de la conversation. — Ainsi, elles ont le mênie cœur n«hle et enthousiaste.

— Elles ont, ifit«*rro;npit Tofficier de chasseurs avec un accciil douloureux; je donnerais ma croix et mon épaulette de .ti 1 d'escadron pour pouvoir dire comme vous. Mais, quan<i je songe à ma pauvre Elise, j'ai raison de regarder là-haut notre étoile ; car sur la terre...

— Elle est morte ?

— Elle doit l'être, j'en ai la triste persuasion. Privé de ses nouvelles pendant lon^em[)S, je n'osai plus chercher à en avoir à mon retour en France. Un de ces pressentiments qui ne trompent pas me disait que je ne la reverrais plus. Jamais son nom n'est sorti de ma bouche devant les personnes qui auraient pu me parler d'elle, tant je craignais de xoir mes craintes contirinées ; je n'ai pas remis les [)ieds à Lyon, et j'ai préféré le doute du malheur a la certitude. Depuis dix ans, j'ai aimé d'autres femmes, et des plus distinguées, ajouta Garnier du ton imposant dont fiiiy Goinez dénombre à Charles-Quint ses portraits de îamille; mais aucune autant (juc celle-là. On ne trouve une Elise qii'mic fois.

Involontairement, Mornac jeta sur son compa^mon ce regai'd oblique, par lequel les jeunes gens se déprécient mutuellement comme le font les femmes entre elles. La conclusion de l'examen fut que le cornmamlant Garnier était bien irros, bien rougeaud, bien florissant, et de tournure bien martialement bourgeoise, pour qu'une femme dii monde se (ùl ainsi laissée aller de vie à trépas, par lo ^eul fait de son absence.

— Et vous pensez que cette dame n'a pu survivre à votre dépari? dit le jeune homme, en passafit subitement de la .sym[>atlii' au [)ersinage, car il avait sur le cœur pliisieuiN paroles échappées à son interlocuteur, au commencement de la cuuvcrsalion.

1$ CK' VIll'.S DE CM. DE IJFUNARD.

L'ofticier s'arrela et roula de gros yeux, comme un tmirpaii qui reçoit au flanc le dard d'un picador.

— Vous prétendez bien, vous, que votre mariage donnerait le coup de la mort à votre princesse ? dit-il en faisant sonne" sa voix de basse.

— Je suis» logique dans mes sentiments; mais vous, n'avez-vous pas dit que les femmes ne meurent pas?

— 11 y a femme et femme ! dit Garnier d'un ton sec.

— Comme il y a homme et homme ! pensa Mornac, en faisant entre son compagnon et lui-même une comparaison dont le résultat fut que si Tun d'eux pouvait nourrir la prétention de mettre une femme au tombeau, c'était à coup sijr l'élégant Parisien et non le gros dandy n graine d'épinards.

— Avec tous ces bavardages, reprit le commandant, dont l'attendrissement avait été subitement glacé par Tair railleur d'Edouard, nous avons fait une étape et nous sommes tout ù fait sortis de la question. Permettez-moi d'y revenir; nous avons changé de rôle, car j'ai pris l'initiative, et c'était à vous de le faire. Je vous ai dit que ma tante paraissait bien disposée en votre faveur; à votre tour, quelles sont vos intentions?

— Mon cher commandant, répondit Mornac, qui sentit se réveiller à cette question toutes les irrésolutions de son caractère; en ce moment je sais si peu moi-même ce que je veux... je redoute tellement les suites d'une détermination précipitée... c'est une cho r si grave qu'un niaria;;e... Mou oncle m'accorde trois mois pour me décider: pensez vous qu'un pareil délai?...

— Je vous ae^corde, pour tout délai, ngt-quatre heures, répondit Giruierduton d'un gén( i .1 assiégeant qui impose une rapiiulation; car, depuis l( .mrire moqueur que s'était pcrui s Kdouard, il tenait bcinroup moins à l'avoir pour cou.^in. Vous devriez pense- que ma familic

LE NÛtL'D rjOI.Dir.N. 87

n'est pas l'aile pour aîlcndic pendant trois mois le bov» plaisir de qui que ce soit. Ma tante s'est mariée à dix-huit ans, et elle a décidé que sa fille se marierait à di\-l:uit ans; si ce n'est pas avec vous ce sera avec un autre. Faute d'un moine l'abbaye ne chôme pas. Nous dînons demain ensemble chez monsieur de Pomenars; au dessert vous me forez part de voire résolution définitive,

— Soit, à demain, répondit Mornac, empressé de souscrire à cet arrangement qui laissait un jour de plus à son indécision.

— Il est minuit et demi, reprit l'officier. Voici la rue de la Paix : c'est votre chemin ; bonne nuit, mon cher.

A CCS mots, il prif, sans la serrer très-cordialement, la main que lui offrait son compagnon, et s'éloigna d'un pas belliqueux.

— Voyez donc ce beau-fds, se disait-il en faisant sonner ses éperons sur les dalles du trottoir; ne se figure-t-il pas qu'on va mourir pour ses beaux yeux; je gagerais que son infante est une vieille femme.

— Le chasseur d'Afrique est adorabl^ avec ses allures de lord Byron, pensait Edouard au même instant; quel mangeur de cœurs s'il faut l'en croire! C'est dommage qu'il soit un peu gras pour jouer le rôle d'un vampire. Cette duchesse de Lyon qu'il a tuée est, je le parierais, quelque marchande de modes qui se porte à merveille.

Va les deux hommes s'allèrent coucher, chacun de son cAté; mais non pas sans avoir conlemplé une dernière fois, Mornac, l'astre d'Eudoxie qui brillait au coucliant comme une étincelle jaillie de la flèche d'or des Invalides; et le couîmandant Garnier, l'étoile d»' la défunle Elise, vois'^e éternelle de la grande Oui se.

AS (TAVRES ni: eu. DU BEkNAHD.

Le Icndc.îiain matin, M. de Pomeiiars et son neveu déjeunaient en tête à tête, le vieillard avec un appétit de jeune homme, le jeune homme avec ce dédain des jouissances animales qu'inspirent les soucis d'une passion contrariée. Lorsque le domestique fut sorti, après avoir servi le thé, le sexagénaire, qui jusqu'alors avait gardé le silence, comme pau égard pour la tristesse de Mornac, remplit la tasse de cemi-ci, la sucra lui-même, et la lui présentant avec une prévemmce assez insolite d'oncle à neveu :

— Mon ami, lui dit-il d'un air gracieux, je suis trèscontent de toi. Il paraît qu'hier tu as fait des merveilles sans le vouloir ; notre agent diplomatique, madame de Lordes, m'écrit ce matin que ton maintien et ta figure ont également eu le plus grand succès. Quant à ton esprit, qu'on est,^à ce qu'elle me dit, impatient d'apprécier, je ne suis pas inquiet; je sais que tu es aimable quand tu veux l'être. Tu vois donc que tout va pour le mieux, et que le succès dépend de toi seul. Ce soir, nous terminerons les préliminaires avec le gros commandant ; je tâcherai de couler à fond la question financière ; en cas de discussion, j'aurai meilleur marché de lui que de la belle mère, que je crois quelque peu rapace, comme le sont du reste toutes les belles-mères; et demain, sans plus d&, retard, j'irai demander à madame de Passerot la permission de le présenter à elle.

— Ainsi, mon oncle, vous tenez toujours à ce mariapc, répondit le jeune homme d'une voix dolente et en repoussant la tusse tic thé, comme si elle eût été l'emblèrae du calice conjugal.

LE NCECD GORblEN. 19

— Hein? fit M. de Pomenars, dont les vertes prunelles s'allumèrent soudain.

— Vous m'aviez donné trois mois pour réfléchir, reprit Edouard.

— Propos de peureux ; trois mois ou trois jours, qu'importe, puisqu'il faut finir par sauter le fossé?

— Mais, mon oncle, vous oubliez qu'il ne s'agit pas de moi seul. En supposant que je vous obéisse, puis-je le faire avant d'avoir préparé à l'idée d'une rupture une personne digne d'égards, et que je n'ofîcnserais pas sans me rendre coupable d'ingratitude, une personne dont je vous ai entendu faire l'éloge souvent. Car enfin, vous n'avez pas toujours cherché à me séparer d'elle, permettez-moi de vous le dire. Dans le commencement, j'ai pu interpréter votre silence comme une approbation et non comme un blâme. 11 y a plus, rappelez-vous le bal du ministre de l'intérieur, en 1830. a Edouard, me dilfs-vous, au moment où je venais de valser avec elle, si j'avais vingt ans, et que je voulusse avoir une passion dans le monde, je n'aimerais pas une autre femme que madame de Flamareil. » Eh bien ! mon oncle, j'avais vingt ans, moi; ce que vous pensiez, je l'ai fait. Et maintenant vous abusez de votre autorité pour me faire rompre, avec une précipitation cruelle, une liaison qui, après tout, est votre ouvrage : sans vous je n'aurais jamais été admis dans son salon.

— Vous m'accorderez du moins, répondit M. de Pomenars avec un sourire moqueur, que je ne vous ai introduit que jusqu'au salon. Si, dopuis, vous avez obtenu vos entrées dans les pt tits appartemeiHs, cela ne me regarde plus. Edouard, est-ce sérieusement qtie vous parle z? Vous av»'Z vingt-cinq ans; vous êtes dans le monde depuis longlem|)s et vous n'avez pas lionte de tenir en ce moment un langage d'écolier! Ecoutez-moi, je vous prie,

L't dites ensuite si je ne me suis pas conduit dans toute celte affaire comme s'il se fût agi de mon propre fiîs. Il y a dix ans, /orsqu'après la mort de votre mère, je vous appelai à Paris, vous arrivâtes un beau matin de Toulouse, gauche, dégingandé, ne sachant ni entrer, ni sortir, ni vous asseoir; exhalant en revanche, par tous les pores, en vrai légiste de province, une abominable odeur de cigare, et parlant gascon à faire frissonner les roseaux de la Garonne. Je ne vous le cache pas : vous me fîtes peur. Vous étiez trop jeune pour vous marier, et la révolution de juillet, qui survint, vous ferma la carrière des places. Je n'avais donc qu'une seule chose à désirer pour vous, c'était votre métamorphose en homme. CiviHser Tours mal appris que vous étiez alors, était une bonne œuvre à laquelle une femme seule pouvait prendre goût et s'appliquer avec succès. Aussi, dès que j'eus deviné les dispositions charitables de madame de Flamareil, je m'en réjouis dans votre intérêt. Vous prêcher un sermon eût été le fait d'un anachorète ou d'un chartreux; et, à mon âge, j'ai le malheur de n'être encore qu'un homme du monde. Je ne mis donc aucun obstacle à une liaison dans laquelle je voyais pour vous beaucoup d'avantages et peu d'inconvénients. Madame de Flamareil m'offrait par sa position sociale, par la distinction de son esprit et de ses manières, par la maturité de son âge. . . — ^Ne renversez pas la théière; je conviendrai, si vous voulez, que c'est une maturité pleine de fraîcheur, de grâces, de séductions, el que vous êtes un heureux coquin ; — madame de Flamareil m'offrait, dis-je, toutes les garanties que Ton doit exiger de l'instituteur à qui Ton confie son enfant. Une femme plus jeune qu'elle vous eût fait faire beaucoup de folies, peut-être sans bénéfice; une plus vieille vous eût rendu ridicule ; avec une bourgeoise, vous auriez perdu les traditions de la bonne compagnie; enfin, avec ces..., —

LE NOEID GORDIEN. 41

comment dirai-je... avec ces courtisanes dont je vois plusieurs de vos amis si ridiculement occupés, vous auriez escompté raa succession chez des juifs... ; autant d'écueils dangereux pour un jeune homme, dont vous êtes sorti sain et sauf, grâce à Dieu, et je dois dire aussi grâce à elle ! Oui, certes, Edouard, vous devez de la reconnaissance à cette femme ; car c'est elle qui a fait de vous ce que vous êtes aujourd'hui, un homme assez rare par le temps qui court, un homme bien élevé et que je puis aNoncr pour mon neveu. Par attachement, peut-être par prudence, elle ne vous a inspiré que des goûts simples et modérés quoique élégants. Son intelligence exquise de tout ce qui convient à son âge... — ne froncez pas le sourcil..., — a été pour vous, et par conséquent pour moi, une source d'économies, dont vous ne vous douiez peutêtre pas. Forcée de renoncer à la danse, ne montant pins à (;heval, ne jouant pas encore, elle vous a interdit insensiblement le bal, les chevaux, le jeu, en un mot tous les plaisirs dont elle ne pouvait pas prendre sa part; et, quel qu'ait été son motif, tendresse ou calcul, je lui en suis fort reconnaissant. Depuis cinq ans, je n'ai qu'à me louer de votre conduite. Vos six mille francs de pension vous ont sufli ; je ne connais pas un de vos fournisseurs ; enfin, vous n'avez pas cherché à me faire jouer une seule fois le rôle ridicule d'oncle de comédie ; et, en cela, vous avez agi fort prudemment. Aimez-la donc, vous le devez; et je S' rais le premier à blAmer votre ingratitude. Oui, vous avez contraclé une dette envers elle. — Mais, à votre âge, poursuivit M. de Pomenars avec une ineffable raillerie, on ac(|uitte facilement ces dettes-là ; les fenuiies sont de 8i indulgents eréauciers pour ceux qui peuvent payer quelque chose comptant! J'ai trop l)onne opinion devons pour croire que vous ayez manqué à cet engagement M( •"'•. Suyez franc. Pour prix de votre éduealiun, dont elle

4 5 CELVRES DE Cil. DE BEIîNARD.

a bien voulu se charger, vous faites son bonheur depuis cinq ans, n'est-il pas vrai? Eh bien, il me semble que voilà un compte facile à liquider, et que, mutuellement, vous pouvez vous donner quittance.

Edouard assistait avec une résignation monie à cette dissection de son amour , et, chaque fois que le scalpel de l'ironique vieillard fouillait une fibre déUcate, il serrait les dents, comme un patient qui craint de trahir par un cri sa souffrance. Le roué à cheveux gris prit le silence de son neveu pour un commencement de conversion, et continua son opération en versant sur chaque plaie, en guise de baume, quelques gouttes de ce matérialisme élégamment impitoyable, par lequel les élèves du dix-huitième siècle flétrissent toutes les croyances du cœur.

— Vous craignez, dites-vous, les ennuis qui accompagnent une rupture. Eh! qui vous parle de rupture? Je ne vous comprends pas, vous autres jeunes gens ; vous apportez dans toutes vos liaisons quelque chose de cassant et de brutal. C'est votre littérature romantique qui vous fausse l'esprit. Il vous faut du mélodrame en amour ; de mon temps, nous nous contentions de la comédie. C'était plus amusant et de meilleur goût. J'ai aimé plus d'une femme, je n'ai rompu avec aucune, et j'ai conservé pour imies toutes celles dont j'avais été l'adorateur. Voilà tomme doit se conduire un galant homme. On ne rompt pas, on dénoue, sans froissement, sans irritation, sans brouille. On modifie les termes d'une intimité, d'après les exigences nouvelles qui se rencontrent à chaque pas dans la vie. Autrefois, hommes et femmes entendaient cela à merveille. Mon mariage, par exemple, a été^ arrangé par une personne qui me portait un intérêt'aussi tendre que celui dont vous pouvez être aujourd'hui l'objet. Si madame de Flamareil vous aime réellement, loin de s'op-

LE NOEUD GOUDIEN. 4S

poser au vôtre, elle doit en comprendre la nécessité et vous y engager la première.

— L'amour véritable est toujours égoïste, s'écria Blornac, fort peu convaincu par en raisonnement.

— Couiment ! reprit le vieillard d'un ton de supériorité presque méprisant, lu ne te sens pas de force à enlever son consentement par une argumentation paisible î Si j'étais à ta place, mon garçon, je voudrais que ce fût elle qui vînt me dire : Marie-toi, et qui en cela crût me faire violence.

Le jeune homme secoua la tète sans répondre.

— Eh bien ! sYcria M. de Pomenars, à la fin irrité de semer dans une terre stérile le grain de son expérience, puisque vous ne savez pas mieux vivre l'un que l'autre, rompez donc, pour Dieu! et que cela finisse.

— Mais je n'ai aucun prétexte, répondit Mornac avec l'accent de détresse d'un homme près d'amener son pavillon.

Le sexagénaire se renversa sur son siège comme pour lire plus à l'aise, puis il regarda son neveu en afi'tctant l'ébahissenient qu'eût pu lui faire éprouver la vue de quelque mammouth antédiluvien.

— Un prétexte ! mon pauvre Edouard ; ah ! il te faut des prétextes?... Tu me permets de rire, n'est-ce pas? C'est qu'en vérité nos quinze ans d'autrefois étaient moins candides que vos vingt- cinq ans d'aujourd'hui... Ecoutemoi; tu vas aller chez elle, n'est-ce pas? Eh bien! si elle a mis une robe blanche, voilà ton prétexte trouvé. Si la robe est bleue, autre prétexte! si tu la trouves à son piano, prétexte ! si elle est gaie, prétexte ! si elle est tribte, prétexte! s'il y a des fleurs sur la cheminée, prétexte ! s'il n'y en a pas, prétexte ! Enfant que lu es, tout n*esl-il pas prétexte pour qui en a besoin? un ruban fané, une boucle de cheveux dérangée, une uiouche qui vole !

"t'i OEUVRKS DL CH. DE BEUNARD.

Lesduellistesquiontenvied'unequerellesaventfoitlûcn se faire coudoyer ou marcher sur le pied. Un prétcxtcl lu n'as donc jamais lu la fable du loup et de l'agneau?

— C'es* ')n rôle odieux que le rôîe du loup^ dit Edouard avec un soupir.

— Quelles fadaises sentimentales vas-tu encore me bêler? s'écria M. de Pomenars^ en se levant par un niouvcnient de colère; eh bien ! à la bonne heure, choisis le rôle de Tagneau; c'est moi qui me charge de tondre la laine. Ecoute-moi bien : si ce soir tu n'as pas tout tern"!iné avec ta déesse, si tu n'engages pas ta parole au co^imandant, tu peux être sûr de ne pas toucher une 'jbolo de ma succession. Non, morbleu! dussé-je épouser moi-même la petite Passerot, et lui assurer tout mon bien par contrat de mariage. Eh ! eh ! qui sait?

Sans expliquer sa pensée, le vieillard sortit de la salle à manger, la tête haute et le jarret tendu plus encore nue de coutume.

— Vieux despote ! se dit Edouard en se voyant seul, si je ne craignais que tes enfants!., mais la cour des aides...! Il faut en finir; c'est avoir trop longtemps le poignard sous la gorge : ma fortune ou mon amour ! Voilà la question.

Mornac passa une partie de la matinée à débattre le pour et le contre de cette question qu'il venait de poser d'une manière si précise. Pour la millième fois, il prit la balance dans laquelle les caractères faibles pèsent leurs irrésolutions: sur l'un des plateaux il mit la succession de son oncle et la dot de mademoiselle de Passerot, qui, réunies, faisaient un total de près de quatre-vingt mille 'ivres de rente, il plaça sur l'autre la reine de son. cœur entourée des souvenirs et des espérances de leur amour^ comme une Cérès mélancolique assise au milieu des jjerbes d'un champ à demi moissonné. Pendant longtemps

LE NCEL'D GORDIEN. 4&

l'argent et la passion s'enlevèrent alternativement, comme faisaient jadis les destinées des Troyens et des Grecs, soupesées par la main du maître de l'Olympe; à la fin le métal l'emporta, et le plateau dEudoxie, lancé presque aussi haut que son étoile, ne redescendit plus.

Il y a toujours dans l'accès de courage d'un poltron quelque cliose de brutal, de cruel même et surtout de pressé. Une lois décidé à sacrifier l'amour à llntérét, Mornac voulut mettre à profit sa résolution et brûler ses vaisseaux afin de se fermer le chemin de la retraite. Il entra donc chez son oncle, lui fit part de sa soumission, qui désarma le courroux du vieillard; puis il sortit pour aller jouer chez madame de Flamareil la dernière scène de ce drame à péripéties trop longtemps prolongées.

Four les caractères faibles, exécuter une détermination est plus difficile encore que de la prendre. Malgré ses efforts pour s'échauffer la tète et se glacer le cœur, Kdouard ne se sentait pas de force h pratiquer dans cette circonstance la rouerie transcendante dont M. de Pomenars venait de lui exposer la théorie toute pacilirpie. Il 8*en tint donc au système de provocation querelleuse, ressource grossière des gens inhabiles ; et faute d'adresse pour dénouer le itœud gordien, il se promit d'imiter l'expédient d'Alexandre. Tout en cheminant de la rue Bellechasse aux boulevards, il essaya de justifier sa conduite à ses propres yeux. Mécontent de lui-même, il chercha des torts h Eudoxie, afin de pouvoir s'absoudre des siens; il déprécia sa maîtresse pour s'enhardir à la frapppr ; il lui fit payer alors l'adoration soumise et fidèle

4 6 (EUVRES DE.CB. DE BEftNARD.

qu'il liH avait prodiguée pendant cinq années; il fut pouf elle injuste, cruel, ironique, impitoyable. Il flétrit Tune après l'autre des illusions jusqu'alors sacrées, comme on effeuille un bouquet après en avoir épuisé les parfums. Ces taches légères dont l'amour n'est pas plus exempt que le soleil, il les chercha, les étendit, les accrut, les noircit^ en fit un masque qu'il appliqua sur la face de sa passion, et cette dérision accomplie, il rougit d'avoir aimé ce masque. Les croyances du cœur ressemblent aux grains d'un chapelet : qu'une seule se détache, les autres la suivent. Honteux d'abord de ses pensées, Edouard s'y livra bientôt avec une audace de plus en plus profanatrice. Les insultes qu'il n'eût souffertes de personne, il se les permit à lui-même. Dans son enivrement blasphématoire, aucune des qualités de madame de Flamareil ne trouva grâce devant lui, ni son esprit, ni l'élégance de ses manières, ni sa beauté si remarquable encore, ni le charme de sa conversation, ni la sincérité de son attachement ; il lui créa des défauts imaginaires, il inventa des mensonges; enfin, dernier outrage, le plus sanglant de tous! il ne contesta plus la vérité.

— Après tout, se dit-il, elle a quarante ans !

En se faisant pour la première fois cet aveu désenchante ur, en formulant nettement une pensée sous laquelle il se débattait naguère les yeux obstinément fermés, Mornac se sentit soulagé comme un homme qui, dans un rêve pénible, désarçonne son cauchemar. 11 lui sembla que sa jeunesse, car lui était jeune, verdissait soudain par l'ascension d'une sève vivace trop longtemps :omprimée; l'existence régulière et monotone dont il devait l'habitude à la prudente tendresse d'Eudoxie, lui parut un déclin aussi prématuré qu'humiliant. — Ne pouvant se faire jeune, pensa-t-il, elle a voulu me vieillir. Il se promit, en brisant les chaînes de son servage, de dépouil*

!K NCECD GORPIE^J. M

1er en même temps cette maturité factice et ridi'nile. En voyant passer sur le boulevard plusieurs jeunes gens qui se remJaient au bois, montés sur des chevaux de prix, il iura de les éclipser bientôt, acheta en imagination ua coupé pour sa future, un tilbury pour lui-même, et songea aux moyens de se faire admettre au jockey-club. Plus loin, ayant rencontré une jeune femme qui lui avait adressé, quelques jours auparavant, une invitation de bal, il l'arrêta pour solliciter la promesse d'une contredanse; se réintégrant ainsi par anticipai ion dans ces plaisirs frivoles, privilèges de son âge, dont, au dire de M. de Pomenars, la politique de la feumie de quarante ans l'avait despotiquement sevré.

Mornac arriva sur le boulevard de la Madeleine où demeurait madame de Flamareil, dans la disposition héroï- (jue d'un soldat qui, sur le point de monter à Tassant, s'est grisé d'eau-de-vie et de poudre à canon. A quelques p;i5dc la maison où il allait entrer, il aperçut le jeune Boisgontier, qu'on eût pu prendre , de son côté, pour le factionnaire chargé de garder une forteresse, car il se promenait devant le logis, allant et venant d'un airgrave, et, à chaque tour, lançant un regard enlîammé aux fenêtres du second étage. A sa vue Edouard éprouva une satisfaction féroce.

— Mon oncle, se dit-il, n'a pas le sens commun lorsqu'il prétend (ju'une robe bleue ou blanche est un prétexte suffisant pour une rupture ; mais un rival dont les extravagances comproniettent la femme qu'on aime, un rival sans doute autorisé à se conduire ainsi, par quelque trahison que j'ignore, c'est là un prétexte ! oui, c'est là un prétexte !

Mornac ne s'apercevait pas qu'il argumentait dans le genre du héros de la fable contre lequel il s'était si fort indigné auolqnes heures auparavant, et que, condamner

4 8 a.'JVRLS DE Clî. UK BEPxKARD.

une femme parce qu'un amoureux de vingt ans contemplait poétiquement les rideaux de sa chambre, était une aussi mauvaise action de la part d'un homme du monde, que pouvait l'être de la part d'un loup à jeun le fait de croquer un mouton. Chantonnant, avec une affectation ironique, Tair de Chérubin des Nozze di Figaro, il passa devant son aspirant rival, lui jeta, du bout des doigts, un de ces saints qui ont Tair de souffleter celui qui les reçoit, puis il entra majestueusement sous la porte cochère, tandis que le petit Boisgontier, rouge jusqu'aux oreilles, et serrant sa canne à la briser, se roidissait sur les pointes de ses bottes, comme se dresse sur ses ergots un jeune coq humiUé par le sultan de la basse-cour.

Sur l'escalier, la superbe contenance d'Edouard se moditia subitement à la rencontre d'un homme d'une cinquantaine d'années, droit, sec, grave, vêtu de noir, décoré du ruban rouge, et portant dans les plus petits .détails de son costume, dans les moindres linéaments de son visage ce cachet politico-administratif commun aux habitués des salons ministériels. Ce personnage répondit au salut empressé, quoiqu'un peu contraint, du visiteur, avec une politesse à laquelle un sourire ambigu donnait une indéfinissable expression d'amertume ou d'ironie.

— Madame de Flamareil est un peu souffrante, dit-il, et je crois qu'elle a lait fermer sa porte; mais, sans doute, la consigne n'est pas pour vous.

Le jeune homme ne supporta pas sans embarras le coup d'œil qui servait de commentaire à ces paroles banales en apparence.

— Je venais de la part de mon oncle, répondit-il prétipilammenl; il a reçu d'excellentes lettres de Périgueux : à l'heure qu'il est, votre élection paraît assurée.

A cette nouvelle, lancée à l'instar des gâteaux par les-

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