‹ Le noir de GuinéeChapitre 13 sur 41 · TmiU'. >; 'ii«i · texte numérisé non relu

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i. Traité, »J Wl.

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ INTERNATIONALE

pas détruite par l'élévation d'une tyrannie, d'un principat ou d'un statlioudérat, tant que le maintien du prince dépendra de Tinfluence d'un corps de bourgeois, d'un corps de métier ou de la populace de la ville. Mais, si la tyrannie dure assez, le gouvernement pourra devenir à la lonpu(^ une seigneurie patrimoniale ou une monarchie militaire. En fait, les vraies républiques sont rares et relativement peu durables; car Pa^glomération de populations urbaines est favorable aux agitations et aux révolutions intérieures; et, d'autre part, l'extension nécessaire de la puissance territoriale de la cité entraine un déploiement de force militaire.

Voilà les trois formes normale» d'organisation politique. Cournot signale seulement deux formes anormales j)rocédant des deux principes militaire et ihèocraiique, car aucun gouvernement ne peut se pas- .ser de la force des armes ou de l'autorité de la religion. Mais le gouvernement militaire se fonde essentiellement sur l'existence d'une milice professionnelle, soldée, enrôlée, sans distinction de naissance.

C'est le véritable gouvernement de la force. Le gouvernement thènrratique, qu'il ne faut pas confondre avec une seigneurie ecclésiastique accidentelle, est directement établi sur le principe sacerdotal : « les Hébreux et les Arabes, à certaines époques de leur histoire, ont offert les plus mémorables exemples d'un gouvtîrnement à la fois guerrier et théocratiriue, sans »Mrc précisément sacerdotal. Une communauté de quakers américains ou une mission du Paraguay fournissent l'exemple de gouvernements essentiellement théocratiques et pacifiques * ».

Nous n'avons considéré, jusqu'ici, les trois types normaux qu'à l'état primitif ou élémentaire. Le cours des événements, les principes qui président à la composition et à la décomposition des corps politiques, la confédération, l'assujettissement, la conquête, doivent entraîner des complications sans nombre dans la distribution du Douvoir politique, et engendrer des bigarrures sur lesquelles la théorie n'a pas de

f. Traité, ;', \VJ.

prise. Quand l'agrandissement du corps politique a lieu par voie de confédération ou de colonisation, le principe d'un bon gouvernement, agissant dans l'intérêt commun, prévaut encore. Au contraire, dans les p]tats issus de la conquête territoriale où la nécessité d'un pouvoir fort se fait sentir, cette idée se forme à la longue que les individus existent pour l'accroissement de la force sociale et non la .société pour le bonheur des hommes; les conséquences du principe monarchique sont poussées jusqu'à l'extrême. La confédération des petites puis.sances politiques conduit naturellement à la formation d'une aristocratie de naissance et d'une aristocratie territoriale; mais les véritables aristocrates appartiennent essentiellement au régime municipal, fondé sur la distinction des natifs vt des métèques, et sur l'élection des citoyens riches et influents. L'aristocratie patricienne met en général la sagesse et riiabileté au service du gouvernement, tandis que l'aristocratie nobiliaire ou seigneuriale favorise ordinairement par sa turbulence la cause des gouvernements ab.solus, à moins que, par suite de changement des habitudes sociales, elle ne prenne peu à peu \v caractf'îre d'un patriciat citadin : «Assurément la Chambre des lords, délibérant sur les intérêts du monde, rc^ssemble plus au sénat romain qu'à une diète de gentilshommes polonais ou à un })arlement de barons anglo-normands, du temps de Jean sans Terre, occu])és surtout de défendre leurs droits de classe contre les officiers du suzerain * ». En général, s'il y a un progrès incontestable, au point de vue de la stabilité des institutions politiques, dans la substitution du droit politique territorial au droit politique personnel, il y a un progrès rationnel dans le j>assage du droit politique fondé sur la seigneurie de la terre au droi* politique dérivé du type municipal. De la même manière qu'on peut rapporter aux trois catégories politiques normales trois sortes d'aristocratie : la Xoblease du sang, la Noblesse seigneuriale, le Patriciat, on peut y rapporter trois sortes de monarchie :

± Traite,

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i>E SCIENCE SOCIALE.

V Autocratie, la Souveraineté territoriale, le Principat. Les trois idées politiques fondamentales : la Tribu, le Pays, la CMè, « se trouvent représentées dans une sphère de civilisation supérieure, par trois idées corrélatives, la Nation, la Patrie, VÈtat, qui toutes trois tendent à se rapprocher et à se confondre, sans que pourtant l'identité soit complète. Même aujourd'hui, et chez les peuples les plus civilisés, il y a des séparations et des réunions qu'on proclame dans un intérêt de nationalité et qu'on repousse dans un intérêt d'État. Tel philosophe allemand peut éprouver parfois de l'embarras à définir et à mettre d'accord ce qu'il doit à la nation à laquelle il appartient, à la patrie qui lui a donné le jour et à l'État dont il est le sujet *. »

Les progrès de la civilisation générale ont modifié et modifieront encore plus les institutions politiques dans le sens de l'uniformité, en sorte que les gouvernements les plus différents originairement pourraient finir par se ressembler beaucoup, ou par ne différer que sur des points d'étiquette. Il n'importe donc pas tant de savoir quelle forme politique est destinée à prévaloir ou à devenir la règle commune, que de savoir quelle est la part d'influence réservée aux institutions politiques dans, l'avenir, et quelle est la valeur des principes politiques.

L'idée et la passion politique tiennent à la nature même de l'homme, à ses instincts grossiers d'agression et de pillage.

« Il n'est pas moins naturel aux hommes de combattre que de travailler: partout même l'organisation de la guerre entre peuplades a précédé l'organisation du travail. Les hommes ont peu à peu réformé, adouci leurs idées sur les conséquences du droit de la guerre : ils ne les ont jamais tout à fait abandonnées 2. » Pour chasser la politique du monde, il faudrait que les peuples se dépouillassent de leurs passions et oubliassent tout à fait les traditions de

K TrniO', i. Traii('\

ni.

leur histoire : conditions assurément irréalisables. Néanmoins, le mouvement progressif de la civilisation diminue peu à peu la part des passions et des souvenirs :

« Plus la j)opulation s'accroît, plus l'industrie se déveJoppe, plus le commerce s'étend, plus les entreprises en tout genre se multiplient, et plus il devient difficile que l'entraînement de la passion prévale longtemps sur les besoins réels des peuples et sur le bon sens des masses... (Sans doute) il faut bien encore s'attendre à des changements fréquents sur la scène politique :

mais en revanche on peut se flatter que ces changements n'iront pas jusqu'à altérer profondément la constitution du corps social, et qu'il n'en résultera qu'un trouble passager dans le jeu de ses fonctions essentielles »'^. Après les révolutions, la société marche à peu près de même {il mondo va da se). Les progrès de la civilisation s'accomplissent chez les différents peuples, dans des conditions politiques très di verses : ce qui incline à penser que si un ordre politique quelconque est nécessaire, telle ou telle forme politique est presque indifférente.

• Par les développements de la civilisar tion, par l'extrême division du travail, par l'accroissement de la population et la formation des grands États, surtout par le nivellement progressif des conditions, les

3. Trnttè, 5 .».'i8. Cf. son jugement sur la grande révolution : • Il devait arriver qu'à la suite de la tourmente qui a agité l'Kurope entière durant un quart de siècle, une longue paix permit aux sciences, à l'industrie, au commerce, û toutes les branches de la civilisation proprement dite de prendre partout à la fois une vigueur nouvelle, inouïe jusqu'alors... Les précédentes révolutions avaient brisé des Termes politiques et extérieures, la plupart surannées : la marche ultérieure de la civilisation a modifié dans leurs proTondeurs les conditions mêmes de la vie sociale. De là vient que toutes les nouvdles agt talions politiques dont nous avons été les témoins depuis quarante ans, ont très peu changé le train du monde, ont été toujours dominées par la vigueur de la situation sœiale, par le mouvement général de la civilisation. •

<« On ne supprimera jamais tout à fait les révolutions, pas plus que les tremblements de terre et les épidémies; mais peut-être le temps n'est-il pas éloigne oh les révolutions seront amenées, bien moins par la contagion des idées que par des effervescenrcs populaires. • {Traité, ;; oio.)

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peuples acquièrent des institutions militaires, financières, administratives, souvent plus compliquées, et en tous cas plus régulières et plus savantes; mais, en ce qui concerne la politique, ils reviennent par d'autres voies à la simplicité primitive •... » Quand la politique n'a plus d'autres bases que l'utilité générale, on arrive vite à des formules d'une extrême simplicité et les complications s'évanouissent. Autant la liberté civile est ipremcnit défendue, autant la liberté politique et l'a foi politique perdent de leur prestige.

Cet affaiblissement peut-il aller juscjuVi entraîner la suppression de la politique, € en substituant partout des fonctions à des pouvoirs, l'administration au gouvernement, la sauvegarde des intérêts ;'i la jalousie des prérogatives, l'état de paix et de concorde amicale à l'état de méfiance et de guerre - »? Autrement dit, la raison, non pas la raison individuelle qui subit des éclipses, mais la raison publique finirat-elle par gouverner les sociétés humaines ?

La raison pénètre peu à peu l'organisation judiciaire, le fonctionnement de la police, la levée des impots : doit-elle diriger en fin de compte le plus éminent (les servic(^s publics, bref les divers services communs?

Cournot ne le pense pas, bien qu'il le souhaite : « Cette singulière exception résulte, d'une part, de la nécessité de placer audessus de toutes les institutions sociales un pouvoir souverain, et, d'autre part, de rimpossibilité de donner une; définition de la s(»uveraineté, ou d'assigner au pouvoir souverain une origine et une forme qui résistent à la critique de la raison ^ ». La raison ne peut toucher à la question de la souveraineté sans affronter des contradictions insolubles : hérédité du pouvoir, théorie du contrat, principe du suffra.L^e universel, autant de notions inacceptables pour la raison.

Kien de plus conforme aux instincts naturels que la transmission héréditaire du pouvoir souverain, mais aussi c'est ce ([ui répugne le plus à la raison : « Quoi de moins rationnel que de remettre le sort de

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