Publié en 1872, mais écrit plusieurs années auparavant
BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ INTERNATIONALE
dont la devise est « vivre en travaillant ou mourir en combattant* ». En 1875, le ton est encore plus énergique : « On doit craindre que les futures convulsions de la politique, en remuant les sociétés à de plus grandes profondeurs, ne provoquent de plus violents et de plus aveugles appétits, n*aboutissent à de plus terribles désastres. Aux orages de notre zone tempérée succéderaient les typhons des tropiques; au lieu de nos chétifs volcans nous aurions des Cordillères, ce qui n'empêcherait pas les philosophes de deviser dans les intervalles de calme sur la cause des ouragans, ni les voluptueux de s'ébattre sur la lave refroidie, ni même les sciences, l'industrie, le luxe d'aller leur train là où les sociétés seraient moins troublées, mais ce qui porterait un rude coup au mysticisme humanitaire. Lavenir en apprendra plus long à nos successeurs : nous savons seulement que le mal a ses bornes comme le bien, que l'excès du mal suggère souvent le remède, que tout expédient est bon quand il s'agit du salut de la société 2 ».
Cournot ne croit pas, en elfct, au triomphe final du socialisme, bien qu'il constate sa marche ascendante dans l'organisation des États modernes qui multiplient les monopoles et entreprennent de grands travaux d'utilité publique : « Chaque jour les esprits se familiarisent davantage avecla police légale du travail, avec les idées d'impôt sur le revenu, de suppression ou d'abonnement des octrois ou des taxes de consommation, de subvention de l'Etat aux caisses de secours et aux associations ouvrières, c'est-à-dire avec tout ce qu'il y a de plus substantiel dans les systèmes socialistes-* ». Mais il n'y a pas lieu de s'alarmer outre mesure, parce que la raison prévaudra en fin de compte sur les passions collectives, et que les conditions de la science économique font échec aux prétentions socialistes : « Le socialisme ne comporte que des applications par-