‹ Le nombre géométrique de PlatonChapitre 2 sur 12 · TEXTE DU LIEU. — OPINION DE VICTOR COUSIN · texte numérisé non relu

TEXTE DU LIEU. — OPINION DE VICTOR COUSIN

Voici, d'après Bekker, le texte du lieu (i) qui a été bien inutilement corrigé, c'est-à-dire altéré, par divers commentateurs. Toutefois nous transportons entre tyj et Tcpoii.TjXsi (ligne 8) la virgule mise avantTt) dans le texte de Bekker, et nous ajoutons deux virgules (ligne 9), l'une après SiajjLéxpwv pY)Twv 'jceii.^dSoç , Vautre après

(1) Bekker, Pîaionis scri;pta omnia graeca, Londres, 1826. Ce texte se trouve aussi dans les Œuvres de Platon, traduites par Victor Cousin, t. X, p. 32:?.

i^fïJTwv 8é, Les manuscrits ne font pas foi pour la por.ctuation qui varie souvent de Tun à l'autre.

TéXsioç, àvôpo)xs((A> 3è èv & 'xpi^'Hs^ aù^ifj^etç Suva(i.evai ts xtxl SuvaŒTSuopLsvat Tpeïç à'soa'càasiç, TSTxapaç Se 5pouç Xa6ou5at 6|ji.oiouvTWV Te xat àvoii.otouvT(i>v xai aùÇivTWV xal çôtvovtwv, 'iràv'ca xpooifjYopa xal ^r^Tà Tzph^ àXXvjXa àiuéçiQvav oiv è'^uiipiTOç m)0[jLY)v x£[JL'rcaBi (TuÇu^eiç 5uo àp[JLOviaç xapéxexat Tpi; au^Yj^stç, TYjv [Jilv XoTjf'f îaaxtç, éxaTOV TO^autàxiç, tyjv Bè iao|Jt.Y)xir) |j!.èv Tî^, TCpojjnfixei Bè, exaxbv [JLev àpiôjjiwv àxb ôiaiAéTpwv pr|Twv W£[jn:aBoç, âeoiJieywv évbç éxaaiwv, à^pilÎTCov Se, SueTv, éxaTOv 8è TtuSwv TptaSoç. SuiJiTuaç Bè cSxo; àpiO^bi; Y£«»>l''£'fpi^0Ç? TOtouTOu xupto?, à[jLetvov()i)v ts xai y^etpdvwv Yevécrewv.

Dans ce passage, il est question de deux nombres, l'un relatif au divin engendré (les astres), Tautre relatif à rhumain engendré. Platon ne s'occupe que de la formation du second.

La phrase qui définit le nombre devait être claire pour les contemporains de Platon, d'autant plus qu*Aristote nous apprend que, sur quelques points, renseignement oral du maître dépassait ses écrits. Il est d'ailleurs probable, comme le pensent Schleiermacher et Cousin, que, quand Platon écrivit la République^ il avait déjà développé tout son système dans ses leçons orales.

Cependant le lieu n'est commenté d'une manière suivie ni par Aristote, qui n'en a paraphrasé que les deux motSTpiç aùÇiQOeiç, ni par aucun des autres auteurs anciens qui en font mention. Ils se bornent en général h philosopher sur le passage, et, comme aucun d'eux ne désigne le nombre final, résultat des opérations, on peut se demander si ces auteurs, plus philosophes que géomètres, étaient initiés aux spéculations arithmétiques de l'école pythagoricienne et s'ils comprenaient bien tous les termes scientifiques de la phrase de Platon.

Parmi les commentateurs modernes, depuis le xv^ siè-

cle jusqu'à nos jours, les uns refusent tout sens au passage de Platon. Leur conclusion est presque toujours celle-ci : atque de sensu quidem desperandum vïdetur. Les autres, après avoir trouvé un nombre qui satisfait à l'explication de quelques termes du texte, sont prisonniers dans le cercle de leur pensée et torturent le sens des autres termes.

M. Cousin, dans sa version française des Œuvres de Platon, n'a pas traduit le lieu, n'y trouvant pas un sens qui le satisfasse. Il renvoie le lecteur à une excellente note dont voici le début :

a Ce qui me confond le plus dans cette phrase, d'une obscurité devenue proverbiale, c'est qu'elle n'ait pas plus tourmenté les philosophes grecs, venus après Platon, et qu'ils la citent, la critiquent, la commentent, en n'ayant pas l'air de n'y rien comprendre. » Puis, s'adressant à ceux qui pensent se tirer d'affaire en affirmant qu'il y a là quelque extravagance mystique, et que Platon ne se comprenait pas lui-même, il dit : « Je déclare humblement que cette manière d'interpréter les passages difficiles des grands penseurs de l'antiquité est au-dessus de ma portée, et je demeure très convaincu qu'une phrase écrite par Platon et commentée par Aristote est fort intelligible en elle-même, alors même qu'elle ne le serait plus pour nous. Il n'y aurait à cela, en effet, aucune contradiction. D'abord, les manuscrits peuvent avoir été altérés à cet endroit, oii la plus petite erreur de copiste suffit pour tout embrouiller, et où il était si aisé à des copistes de commettre quelque erreur. D'un autre côté, la langue de la géométrie ancienne ne nous est point assez bien connue pour que nous ayons une idée exacte de la valeur précise de tous les mots techniques de la phrase de Platon

et du résumé d'Aristote Il n'appartient donc qu'à

des hommes qui ont fait une étude particulière de la géométrie ancienne d'aborder la présente difficulté

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avec quelque chance de succès ; et, comme je ne suis nullement dans ce cas, l'inutilité de mes efforts n'est pas une raison pour moi de désespérer qu'avec le temps et une connaissance plus approfondie de la géométrie des Grecs, de plus habiles ne viennent à bout de résoudre ce nœud embarrassé. » (Œuvres de Platon, Irad. par Cousin, t. X, notes, p. 324.)

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