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ARTICLE 1. — LE TEMPS SIMPLE

28. — Ictus individuel. — Représentons le silencieux écoulement du Temps par une ligne continue, de longueur indéfinie :

Fig. 1

Un coup {ictus) de baguette sur un tambour, un coup de sifflet, un coup de langue dans un instrument à vent, un coup de doigt sur la touche d'un piano, un coup de glotte pour l'émission d'une syllabe, etc., etc. ; tous ces coups ou ictus ont le pouvoir de diviser cette ligne du Temps en deux grandes parties : tout ce qui précède le son, V ictus ; tout ce qui le suit. Nous représentons ce coup, cet ictus sonore par une croche ou une note carrée grégorienne :

Ji

Fig. 2

Voilà une première perception auditive du mouvement sonore et de la division du temps.

29, — Répétition de cet ictus. — Si, après avoir frappé cet ictus sur l'harmonium, vous maintenez le doigt sur la touche, le son se prolonge indéfiniment, et le temps rempli par cette note se trouve de nouveau indivisé, insaisissable dans son écoulement; c'est un interminable point d'orgue :

fig- 3

La ligne ondulée indique la vibration indéfinie du son.

II faut donc, pour rer.dre le Temps appréciable, renouveler \ictus et introduire dans cette ondulation prolongée de nouvelles divisions. Ces ictus ne doivent être :

ni trop éloignés les uns des autres : nous ne pourrions les mesurer ;

ni trop rapprochés, comme des roulements de tambour, ou des crépitations continues de sonnettes électriques : nous ne pourrions les distinguer.

Ils doivent être répétés de telle sorte que la sensation du premier coup ne soit pas encore évanouie qu'un second coup, puis un troisième, un quatrième, vienne successivement la renouveler et comme marquer le temps à l'horloge de nos sens, à l'instar de l'aiguille à seconde sur une montre bien réglée.

Fig-4

30. — Nom et puissance de ces ictus. — Ictus individuels. — A ces ictus nous donnons le nom Ôl' individuels, parce que leur effet ne va pas au delà de ce résultat : produire une série à! individualités sonores* — sons, notes, syllabes, — demeurant indépendantes les unes des autres, juxtaposées, sans autre lien entre elles que celui de leur succession. Ces ictus donnent à chaque note son existence, son individualité, rien de plus. Il était nécessaire de les étiqueter soigneusement afin de les distinguer des ictus rythmiques dont on parlera plus tard.

31. — Temps premier ou temps simple. — Le temps qui, dans les conditions ci-dessus énoncées, s'écoule d'un ictus à l'autre, d'une note à l'autre, reçoit le nom de temps premier ou temps simple. C'est l'unité, l'atome temporel, base de tout le corps rythmique; l'étalon, norme et règle des autres unités dans tout l'ensemble rythmique.

32. — Durée du temps simple. — La durée du temps simple n'a rien d'absolu; elle dépend du mouvement général de la phrase, du caractère du morceau. Dans la musique moderne, cette

durée subit de notables changements ; mais, dans le chant grégorien, objet précis de nos études, la parole chantée qui l'accompagne toujours peut aider à en fixer la valeur ordinaire et moyenne. Là, le temps premier équivaut à la durée normale d'une syllabe brève latine dans le langage métrique (poésie ou prose) ; et d'une syllabe ordinaire dans le langage rythmique ou tonique. 33. — Indivisibilité du temps simple en musique grégorienne. — Le temps simple est divisible ou indivisible selon les époques et les diflerents genres de musique ou de langage. L'art moderne divise et subdivise le temps premier, une croche par exemple, en doubles croches, en triples, en quadruples croches :

.^= Ta - J Jj; = J J j J J J J«

Rien de semblable dans la rythmique grégorienne.

Le temps simple y est indivisible, c'est-à-dire que sa durée normale, une fois déterminée, ne peut être divisée en durée plus courte, pas plus, d'ailleurs, que la syllabe latine qui lui sert d'appui et de règle.

34. — Temps simple condensé. — A la vérité, le temps simple peut, dans le cours mélodique et rythmique d'une phrase, se réduire légèrement, mais sans se subdiviser.

35. — Temps simple élargi. — Il peut encore, dans les mêmes circonstances, s'élargir un peu, mais sans remplir l'espace de deux temps. Nous le notons :

Fig. 6

se doubler : ■ ■ =- •

Fig. 7

se tripler: ■■■ = J.

Fig. s

mais alors il devient temps composé

Rythme Grég. — 3

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