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ARTICLE I. — LE RYTHME EST UNE SYNTHÈSE

47. — Stérilité d'îine série d'unités simples pour la production du rythme. — Une série d'unités simples, d'ictus individuels, isolés, égaux en durée, en intensité, ne saurait constituer un rythme. Chaque son est identique à celui qui précède, identique à celui qui suit. Entre eux, aucun rapport, aucune relation; ils sont là juxtaposés, sans attraction l'un vers l'autre, sans àme, sans vie, sans rythme : ce n'est qu'une poussière de sons. L'ictus individuel a épuisé son activité dans la création du temps premier. Un fait nouveau est nécessaire pour la production du rythme.

48. — La construction du rythme est une opération synthétique, un effort constant vers la synthèse. — Le rythme ne consiste ni dans la division, ni dans la froide juxtaposition d'éléments sonores isolés. Il est l'art des mouvements bien ordonnés : musica ars hene movcndi, (S. Aug.) ; il est une reconstitution synthétique, large et harmonieuse, des moments au moyen desquels nous divisons et apprécions l'écoulement du temps. Or, toute belle ordonnance de mouvements suppose une coordination, une dépendance mutuelle qui établisse entre eux des rapports étroits de convenance et de proportion.

49. — La première opération qui conduit à la connaissance du rythme a été une opération d'analyse — production des temps simples isolés ; — celles qui restent à faire, au contraire, se résument en un mot : unité ; efforts constants, par tous les moyens propres à la musique, vers la synthèse, vers l'unité.

50. — Nous le savons : pour beaucoup le rythme apparaît comme a la proportion dans les divisions ». Cela est vrai, mais les poètes, les orateurs, les musiciens nous comprendront quand nous

dirons que le rythme est un effort général, constant, vers l'union intime, chaude et active de tous les éléments participant à sa vie, à ce point que les rythmes secondaires ou élémentaires perdront souvent leur être individuel pour se fondre dans les grands rythmes de la phrase. « L'important est la fusion et non la distinction » ( i ).

51. — Sans doute, il faudra distinguer les phrases, les membres de phrase, les incises, établir entre ces divisions une harmonieuse proportion ; mais l'artiste qui se bornerait à ces distinctions, si bien proportionnées soient-elles, n'atteindrait pas le but. Il faut aller au delà: il faut, tout en maintenant les distinctions, tendre à les unir, à les relier, et à faire de toutes une grande, une seule entité rythmique. Uunité, voilà le but.

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