Quels seront les facteurs de cette unité
a) Tous les phénomènes qui accompagnent les sons, et aussi les relations multiples qui s'établissent entre eux ; car le rythme musical ne peut s'établir que sur quelque chose de musical. Ce sont les éléments objectifs ;
b) Les facultés rythmiques, physiques et morales, passives et actives, de tout notre être : ce sont les éléments subjectifs.
53. — Les sons. — Il ne faut pas chercher ailleurs que dans les sons et leurs qualités les éléments du rythme : durée ^ force, mélodie, timbre, harmonie, tels sont les agents qui produisent le rythme : en premier lieu la durée et la force, parce qu'elles suffisent à la formation du rythme. Dans la première partie de ce travail, ces deux ordres seuls sont en vue.
54. — Nos propres facultés rythmiques. — Tous ces éléments sonores ont une réalité objective ; mais ils ne serviraient à rien, si nous n'avions en nous-mêmes les idSivMi't's, pJiysiques, intellectuelles, esthétiques, qui nous font percevoir, juger, apprécier et goûter le rythme ; plus encore, des facultés qui nous permettent de créer subjectivement des rythmes, qui objectivement n'existent pas. En effet, nous possédons en nous-mêmes le Rythme à l'état vivant. La vie qui est en nous et s'écoule dans le Teynps, se manifeste par une suite de mouvements ordonnés avec une admi-
(i) Hugo Riemann, Musik Dynamik... p. 98.
rable régularité. Le battement du pouls, les pulsations du cœur, la respiration à trois temps, la marche binaire de l'homme sont autant de faits physiologiques qui révèlent en nous l'existence constante d'un rythme spontané et vivant.
Mais notre intelligence elle-même n'est-elle pas rythmée, pour ainsi dire, par les lois harmonieuses de la logique et du raisonnement ?
55. — Ce rythme intérieur, à la fois physique et spirituel, est si puissant, qu'il peut soumettre à ses lois tout ce qui frappe nos sens. Nous rythmons en nous-mêmes les sons, les bruits qui parviennent à notre oreille dépouillés de tout rythme; par exemple, le tic-tac d'un moulin, le bruit d'un balancier, les oscillations du métronome, etc. . .
Dans tous ces cas, les sons tombent dans notre oreille un à un, divisés, sans cohésion d'aucune sorte ; nous ne percevons qu'une suite indéfinie d'unités. Mais grâce à cette puissance rythmique qui vit en nous, nous avons la faculté de grouper ces sons, comme nous le voulons, par deux, par trois unités ; nous leur supposons ce qui leur manque objectivement : la durée, la force, l'élan et le repos, tout ce qui fait le mouvement rythmique.
Cette aptitude développée par l'éducation est à la base de toutes nos impressions rythmiques. Les rythmes extérieurs et objectifs qui s'emparent de notre âme, de tout notre être, ne font que se substituer à notre rythme intime, à moins qu'ils n'en soient la simple continuation. C'est à cette association des rythmes objectifs et de nos facultés intimes que revient la création du rythme sonore,
56. — Il va de soi que cette aptitude naturelle, innée, ne peut suppléer à l'absence de rythme objectif. Il fallait la signaler comme la base de toute impression rythmique, perçue par notre sentiment. Il n'est pas impossible toutefois d'entrevoir certains cas, où, exceptionnellement, l'oreille, le sens rythmique, usant de son pouvoir subjectif, précise le rythme indécis et flottant de certains passages des mélodies grégosiennes. (')
(') Sur le Mouvement sonore, sur sa perception, sur le rythme purement subjectif, cf. P. SOURIAU : L'Esthétique du Afotcvement, p. 316. Félix Alcan, Paris.